Surviving Jack ? Faudrait déjà survivre à la saison 1…

 

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C’est peu dire que le principal attrait de Surviving Jack est son acteur principal Christopher Meloni, et non pas son créateur Justin Halpern, qui après avoir adapté en série son compte Twitter de citations (plus ou moins parodiques) de réflexions ronchons, réactionnaires ou à côté de la plaque de son père dans $h*! My Dad Says il y a quatre ans (la série n’a d’ailleurs vécu qu’une saison et s’est fait descendre en flèche), et avoir lancé une série originale (How To Be A Gentleman) qui s’est spectaculairement plantée à la rentrée 2011 (annulée au bout de quatre épisodes), revient donc ici avec une nouvelle adaptation. Surviving Jack est en effet l’adaptation de I Suck At Girls (littéralement « Je suis nul en Filles », et non pas « Je suce les filles ») (enfin peut-être, hein, mais bon là ce n’est pas le sujet retenu), son deuxième livre.

Bon, vu les références de Justin Halpern et sa schkoumoune de malade quand il s’agit de sitcoms, on ne part pas forcément très bien, hein, et l’atout-maître de la série devient donc le seul Chris Meloni, transfuge de New York Unité Spéciale, de Oz et (on l’oublierait presque) de True Blood, l’un des quinquagénaires les plus sexys du petit écran américain, qui n’hésite pas à donner de sa personne avec dérision pour qu’on parle de sa série. Il y a aussi Bill Lawrence (Scrubs, Ground Floor, Cougar Town), pour donner aux personnages gentiment dingues de Surviving Jack un semblant de street cred’.

 

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N’en demeure pas moins le problème qui vient probablement de Justin Halpern : Surviving Jack n’est pas très drôle. Plus grave, chacun de ses épisodes semble perdre des téléspectateurs, faisant d’ores et déjà moitié moins bien que Glee à ses débuts sur la même case horaire il y a cinq ans, et semant presque 3 millions de ceux qui, juste avant, regardent American Idol sur la Fox le jeudi soir. Autant dire que ce n’est pas gagné pour un renouvellement.

Le pitch avait pourtant un atout : la série raconte « l’histoire d’un garçon qui devient un homme et d’un homme qui devient un père, à une époque où les règles pour devenir adulte n’étaient pas trouvables sur Google… ». Ou comment Jack Dunlevy, un père médecin autoritaire au passé glorieux dans l’armée, qui dit non à tout, devient père au foyer à plein temps pour que sa tendre épouse ait l’opportunité de reprendre ses études de droit. Survivre à Jack, pour ses deux enfants, et plus particulièrement pour son fils Frankie, un benêt qui pourrait être pas trop mal s’il s’habillait et se coiffait correctement, c’est donc avant tout survivre à une douloureuse et (espère-t-on) comique période d’apprivoisement et de leçons de vie au contact de ce « nouveau » parent qui les emmène à l’école ou leur prépare les repas. Le tout en situant (très) ostensiblement l’intrigue au début des années 90 : Frankie nous raconte l’histoire depuis le futur (enfin, depuis 2014, quoi), à la Ted Mosby.

 

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Cet ancrage « vintage », déjà exploité depuis quelques mois par la série The Goldbergs (qui s’est plutôt concentrée sur les 80’s) est a priori une bonne idée, réveillant chez les trentenaires une certaine nostalgie de ce que fut leur enfance ou leur adolescence, cette étrange et naïve période où les premières images porno auxquelles on était exposées étaient à la fois tardives et figées, dans un exemplaire froissé de New Look qui tournait en salle de techno, où nous savions tous sans trop comprendre pourquoi que Parker Lewis ne perd jamais, et où Jurassic Park n’était encore qu’un livre. Sauf que la série appuie sur cette particularité avec trop peu de subtilité (et une B.O. pas très maline qui balance du hit mainstream de l’époque , oubliant pour le moment de donner à ses personnages plus qu’une seule dimension : Frankie est malchanceux et pas dégourdi, sa sœur est blasée et a des mœurs « légères » (enfin, elle a un petit ami niais avec qui elle couche probablement, quoi, la catin) (booooouuuh jetez-lui des pierres), Jack est autoritaire et pète-sec, balançant des refus à tout bout de champ en meublant son propos d’un argument comico-condescendant à la Sue Sylvester (mais sans sous-entendu sexuel, ou crade, ou politiquement incorrect). Je suis convaincu que Christopher Meloni peut être drôle, mais là, il est clairement mal servi par les dialogues, quand ce n’est pas carrément par le scénario, qui ne semble pas trop savoir où se situer entre sa volonté de réalisme et son incapacité à restituer une dynamique crédible de relation parent-adolescent. Quant à la mère qui reprend ses études, pour le moment elle ne sert pas à grand-chose, au point qu’on se demande si faire de Jack un père veuf n’aurait pas apporté un cliché supplémentaire un vague supplément d’âme à la série…

Résultat, pour le moment, on s’ennuie un peu devant ce qui n’est jamais qu’une énième variation sur les poncifs les plus éculés des « rites de passage » à l’âge adulte : premier flirt, premières conneries, premier boyfriend présenté aux parents, première conversation sincère post-crise d’adolescence avec papa… Et malheureusement, sans fou rire ni originalité de ton ou de personnages pour faire passer tout ça. A la rigueur il faudrait que le fils devienne gay, ou que le père soit excessivement de mauvaise foi, ou bien alcoolique, ou ouvertement psychotique, ou un brin dragueur, je sais pas. En tout cas un truc qui permettrait aux « leçons » de chaque épisode d’être un peu plus subversives que « mentir c’est mal », « l’important c’est d’essayer » ou « voler du porno c’est pas bien et tu mérites de t’humilier pour l’avoir tenté ». Mais là, c’est simplement lisse. Dawson avec des prétentions comiques qu’il ne saurait pas tenir, ou Malcolm in the middle sans les éléments de personnalités hors-normes option cinglés dans la famille ou à l’école… Ça va faire peu pour s’accrocher à la série pendant longtemps.

 

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