Edge of Tomorrow : le Débarquement de la Marmotte

 

edge-of-tomorrow

 

 

L’un de mes films préférés, que j’ai vu une bonne vingtaine de fois depuis l’enfance, est incontestablement Un Jour Sans Fin (Groundhog Day), dans lequel le malheureux Phil Connors (Bill Murray), présentateur météo d’une chaîne d’info locale qui se croit au-dessus de tous ceux qu’il côtoie, se retrouve coincé dans la journée du 2 février à Punxsutawney, en Pennsylvanie, pour le Jour de la Marmotte : vivant cette journée sans cesse à l’identique, il commence par se croire fou, puis proteste bruyamment sans que personne ne comprenne rien, avant de se permettre de faire tout et n’importe quoi (y compris se suicider), s’apercevant que, quoi qu’il fasse, il se réveillera toujours le lendemain matin au même endroit, le même matin ; et cela lui prend bien évidemment un temps fou de profiter de cette opportunité pour essayer de devenir une personne meilleure.

 

 

Edge of Tomorrow part d’un principe assez similaire, mais sur fond de guerre post-apocalyptique contre des aliens vicieux qui ont conquis l’Europe. Et c’est donc un débarquement des forces humaines alliées en Normandie (les clins d’oeils aux deux Guerres Mondiales ne manquent pas) que le major Bill Cage, notre héros incarné par le toujours fringuant scientologue Tom Cruise, se voit contraint de revivre chaque jour en boucle, avec en sus une explication SF à peu près plausible à cette boucle temporelle.

 

 

edge of tomorrow tom cruise

 

 

 

Enfin, je dis « notre héros », mais bon, en fait, Bill Cage, comme Phil Connors, n’a pas grand-chose d’un héros lorsque débute le film : publicitaire de l’armée bien planqué à l’abri des combats qui ravagent l’humanité, il est en fait envoyé au front contre son gré, fait preuve d’une comique inventivité couarde pour se défiler de cet engagement forcé… et se fait dézinguer en deux minutes sur sa plage normande. Mais comme Phil Connors, dès qu’il meurt, Cage se réveille exactement là où / quand sa fatidique journée a commencé. Le film de Doug Liman (Mr & Mrs Smith, Jumper, The Bourne Identity) reprend alors les deux éléments-clés du film culte de Harold Ramis : le reboot, qui ramène toujours le récit au même réveil, au même point (auquel Bill Cage doit tout reconstruire, tout réexpliquer à ceux qui vont finir par le croire), et l’apprentissage par répétition, qui avait des vertus comiques dans Un Jour Sans Fin et qui en a également dans Edge of Tomorrow : le héros conservant sa mémoire des faits entre chaque journée qu’il revit, il sait à force de tâtonnements qui ne le croira pas quoi qu’il dise, qui coopérera avec lui, à quel moment précis il doit s’éclipser de tel ou tel endroit (quitte à mourir connement pour recommencer aussitôt). Il y a un côté jeu vidéo qui rend ce principe narratif très rythmé et ludique à l’écran, et qui donne une légèreté à l’ensemble du film, en dépit de sa durée de presque deux heures. Trop léger, presque, tant les multiples morts de Bill Cage finissent par devenir un ressort comique, nous faisant (un peu) perdre de vue l’intensité dramatique des enjeux apocalyptiques qui sont ici en question.

 

 

edge of tomorrow cruise blunt

 

 

 

L’autre avantage de cette narration dans un temps distordu, c’est qu’on ne sait parfois plus trop où en est le personnage : est-il déjà allé si loin ? où en sont sa psychologie et ses rapports avec les autres personnages à mesure qu’il les connaît de mieux en mieux (alors qu’eux le rencontrent chaque jour pour la première fois) ? tombe-t-il amoureux ? On retrouve d’ailleurs souvent cela dans les films exploitant cette idée de boucle temporelle (Retour vers le futur, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Looper) : on ne sait plus trop, par moments, si le héros en sait plus que nous ou s’il découvre les nouvelles scènes avec la même méconnaissance que nous, tant il est finalement possible qu’il y soit déjà passé avant, sans que cela ait été intégré au récit. On se laisse alors parfois surprendre et, du même coup, rattraper par une curiosité renouvelée pour le héros et ses motivations en cours d’évolution. Les scènes d’action et l’alchimie entre Tom Cruise et Emily Blunt fonctionnent plutôt bien également, ce qui ne gâche rien.

Au final, rien de plus qu’un honnête blockbuster sous forme de fable apocalyptique donnant à un Tom Cruise plus ou moins sauveur de l’humanité une nouvelle leçon sur ce qui fait qu’on est un être moralement juste, mais avec de jubilatoires moments de drôlerie et de torsions narratives qui en font tout le sel. Il y a franchement pire à voir en salles, à l’entrée de l’été.

Une réflexion au sujet de « Edge of Tomorrow : le Débarquement de la Marmotte »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*