Maleficent, ou comment Angelina Jolie est devenue totalement mainstream

 

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Il fut un temps où le choix d’Angelina Jolie, au casting d’un film, était assez audacieux, ajoutant une pointe d’épice et de danger dans une distribution hollywoodienne proprette. La faute à un physique plantureux et ravageur auquel on compara plus tard celui de Megan Fox, à une bisexualité un rien épate-bourgeois étalée au grand jour, à un fort caractère qui lui donnait une vague réputation d’actrice trash ingérable, et à une vie amoureuse gloutonne dont restent aujourd’hui quelques légendes urbaines sur sa relation avec son frère et rumeurs sur la taille du pénis de Billy Bob Thornton. Même à l’époque où elle a rejoint la très ouvertement blockbusterisable saga Lara Croft, sa présence au générique avait quelque chose d’un peu subversif et vénéneux, de même que sur Mr & Mrs Smith, qui la vit briser l’un des grands power couples d’Hollywood pour s’y substituer avec brio.

 

 

Et puis quelque chose a changé. Cela tient peut-être, justement, à ce power couple super stable, qu’on avait vaguement espéré trash et spectaculaire au début et qui s’est transformé en entité caritative glamour, qu’elle forme avec Brave Bite depuis désormais presque dix ans. Ou bien à ses choix de films soudainement plus « respectables », alternant blockbusters et rôles cherchant clairement à lui rapporter des nominations aux Golden Globes (elle a dû se rappeler, après avoir voulu devenir une superstar, qu’elle avait quand même déjà un oscar en poche). Ou bien, encore, elle a grandi et mûri, et ses engagements humanitaires, même s’ils existaient depuis longtemps, ont pris le pas, dans son image publique, sur son côté icône sexuelle…

 

 

 

 

Toujours est-il que Maleficent (Maléfique, en français), m’a donné cette même impression, mais en plus brutale, que celle que j’ai en contemplant le chemin d’Angelina Jolie dans la jungle de la notoriété mondiale depuis un peu plus de dix ans : on attendait une Courtney Love, un peu rock’n’roll et sulfureuse, ou une sorcière mystérieuse et dangeureuse, comme Carice Van Houten (la Mélisandre de Game of Thrones), et on se retrouve avec une Sarah Jessica Parker trop maquillée qui arbore des cornes en plastique et des cotons dans les joues. Un truc plus mainstream que flippant, un costume d’Halloween plus risible que gore.

 

 

Car Maléfique, c’est tout de même un mythe pour tout gamin qui a maté La Belle au Bois Dormant de Disney dans son enfance. Une silhouette reconnaissable entre mille, des traits réalistes, un vrai air d’être humain méchant et crédible qu’on aurait pu croiser dans la vraie vie, et cette aura angoissante bien aidée par le fait que, en 1959, Disney ne se sentait pas obligé de mettre un sidekick comique auprès de ses méchants. Et ces yeux, aussi, qui s’allument soudain dans la cheminée et qui, perso, ont nourri certains de mes premiers cauchemars.

 

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Alors certes, Angelina Jolie a évolué, mais bizarrement, à force de teasings et de photos de tournage, je m’étais pris à espérer que sa Maléfique serait bien dark, bien cruelle, limite gore, et qu’elle nous offrirait d’explorer la noirceur d’âme de l’une des méchantes les plus charismatiques de l’histoire du cinéma.

 

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Sauf que non.

 

 

L’écueil principal de Maleficent, c’est d’être produit par Disney. Donc pour le gore, la noirceur d’âme et la cruauté, on repassera. C’est en fait une relecture, comme c’est à la mode ces dernières années (avec Blanche-Neige au ciné, Once Upon a Time à la télévision), du conte, voire du film Disney, que nous connaissons, du point de vue de la »méchante », donc. Et comme on pouvait s’y attendre, la méchante n’est pas méchante à la base, elle a ses raisons… Mais là où, sur un format de série comme Once Upon A Time, par exemple, explorer le parcours personnel et le long chemin semé d’embûches vers la rédemption de la Evil Queen peut avoir beaucoup d’intérêt, c’est un peu moins le cas sur un film.
Maléfique n’est pas une méchante, c’est une personne trahie, bafouée, blessée. Mais en vrai elle est est aimante, protectrice, et pétrie de bonnes intentions, à la limite du cliché maternel (figure symbolique qui pèse une tonne dans la résolution de l’intrigue). Oulala c’est beau, c’est pas du tout facile et rassurant comme choix scénaristique, c’est hyper subversif…

 

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Mais c’est surtout que sur un format de film, ça nous laisse peu de temps pour lui trouver une réelle profondeur psychologique, et que si, en plus, le film n’offre même pas de moments épiques ou d’effets spéciaux qui t’en mettent plein la gueule (la Lande enchantée est très laide), ou encore de seconds rôles marquants (bien tenté le personnage de Diaval, mais nope), bah le résultat final est… mouais.

C’est pas nul, hein, c’est juste pas très marquant. Un peu comme Le Monde Fantastique d’Oz l’année dernière. C’est divertissant, mais c’est une relecture dont la nécessité, l’audace et au final la pertinence restent hautement discutables. Même quand on aime bien Angelina Jolie.

 

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