Walk of Shame

 

Walk-of-Shame-2014

 

 

Encore une victime du titrage français pourri. Walk of shame était pourtant un si sympathique titre, bien plus raccord avec ce qui se passe dans le film, et tout à fait compréhensible pour les 50 spectateurs parisiens qui sont allés le voir aux Halles (maintenant que l’UGC Orient-Express est fermé, ces « petits » films US qui n’intéressent que cinq blogueurs et dix fans de Judd Apatow n’ont plus vraiment leur salle dédiée sur Paris). Mais non, il a fallu nous pondre ce titre pourri et cette affiche rappelant de manière à peine subliminale Very Bad Trip. On a échappé de justesse à American Sexy Morning ou à Very Bad Gueule de Bois, à mon avis…

 

 

blackout total

 

 

Perso, j’aurais conservé le titre original, donc, ou à la limite opté pour Bitch from the News, le surnom charmant dont l’héroïne se voit affublée par des dealers de crack.

 

 

D’autant que le titre Blackout Total véhicule une idée fausse : celle que l’héroïne du film, Meghan Miles (interprétée par la toujours amusante Elizabeth Banks), se réveille avec une gueule de bois carabinée, ne se souvient plus de sa soirée précédente et doit faire face aux conséquences inattendues de ses actions de la veille, exactement à la manière des héros de Very Bad Trip qui passaient un sale lendemain de cuite après avoir ingéré des ecstasys à leur insu… Or, le hangover n’est pas du tout le sujet ici.

 

 

 

 

Le pitch selon Allociné :
Meghan, présentatrice télé d’une trentaine d’années, a passé une sale journée. Non seulement elle vient de se faire larguer par son fiancé, mais elle n’a pas obtenu la promotion qu’elle convoitait… Pour lui remonter le moral, ses copines l’emmènent faire la fête toute la nuit. Mais le lendemain matin, elle se réveille dans le lit d’un parfait inconnu, sans argent, ni téléphone portable. Alors qu’elle parvient tout de même à consulter sa messagerie vocale, elle apprend qu’elle est de nouveau en lice pour décrocher le boulot de ses rêves. Arrivera-t-elle à temps à la chaîne de télé pour passer une audition ? Rien n’est moins sûr…

Le film met vingt grosses minutes à démarrer, malheureusement sur des bases sentant un peu le réchauffé : copines célibataires cagoles (avec la chaudasse et la coconne), cliché de l’héroïne trop sage qui va commettre un impair au plus mauvais moment, dépression et cuite post-largage, etc. C’est en fait dès qu’elle sort de chez son plan cul, n’ayant pas réussi à remettre la main sur son téléphone portable mais armée de ses seules clés de bagnole, que le film démarre vraiment : Meghan claque la porte et se retrouve dans la rue au moment où la fourrière enlève sa voiture. En petite tenue, sans argent ni papiers, elle se lance dans une longue marche en talons hauts à travers les quartiers de Los Angeles, en quête de cet endroit que, sobre ou en pleine gueule de bois, aucun de nous ne sait trouver avant d’avoir eu besoin de le chercher : la fourrière…

 

blackout total hooker scene

On sent confusément, après le pré-générique représentant des reporters de chaînes locales qui se retrouvent confrontés aux imprévus du direct et autres moments de loose dus à l’hostilité générale des environnements sur lesquels ils font des reportages, que l’un des messages du film sera de confronter Meghan, femme-tronc un peu robotique, aux réalités des sujets d’infotainment qu’elle traite depuis sa tour d’ivoire. L’héroïne va, au cours de son périple, rencontrer plein de « vrais gens » et, peut-être, changer un peu de vision sur sa ville et son métier. Meghan Miles est en fait un mix entre Joy McNally de What Happens In Vegas, Becky Fuller de Morning Glory, et Paul Hackett de After Hours. Un archétype du personnage de comédie un peu engoncé dans ses principes, qu’une mésaventure et les impérieuses nécessités qui en résultent vont obliger à mettre de l’eau dans son vin… pour probablement se rendre compte que sa vie ne lui convenait pas du tout jusqu’à présent, le sérieux et la droiture étant bien mal récompensés…

 

 

blackout total velo

 

Le walk of shame de Meghan est donc un récit initiatique assez banal, mais plutôt bien rythmé, introduisant l’objet-culte de la petite robe jaune, qui finit franchement par déclencher l’hilarité à chaque mention, et lui faisant rencontrer des personnages « typiques » de Los Angeles carrément caricaturaux. Mais le film a au moins une vertu : celle de souligner le sexisme et le poids des apparences qui régentent nos rapports aux inconnus, a fortiori dans la rue, espace de méfiance où l’on est sur la défensive dès qu’on est abordé.

 

 

 

 

Parce qu’elle porte ce qu’elle porte (une robe de soirée pour aller faire la wooo girl entre copines, qui s’abime et se salit de plus en plus au fur et à mesure de son périple), Meghan va passer pour une bimbo, une strip-teaseuse, une prostituée, une dealeuse de crack, une toxicomane, etc. auprès d’une multiplicité de gens, dont pratiquement pas un ne va tenter de l’aider ou d’écouter son récit. Parce qu’on ne se croit plus sur parole, qu’on se méfie des inconnus même quand ils n’ont pas l’air dégourdis, et que lorsqu’on voit la tenue d’une femme on en tire spontanément des conclusions qui vont orienter la manière dont on la regarde et dont on lui parle, l’intrigue de Blackout Total, si bancale soit-elle, est malheureusement tout à fait plausible dans son ensemble…

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