Jennifer Falls

 

 

jennifer falls poster

 

Signe d’une époque de crise pas encore révolue, les sitcoms US ont, ces dernières années, tenté d’approcher le phénomène de la crise économique et de ses répercussions sur les gens « ordinaires », probablement pour dédramatiser un peu mais aussi, à n’en pas douter, pour s’acheter un semblant de fond. Cela va de l’arc narratif un peu dramatique d’un personnage qui galère à trouver un job ou un logement, à la série entièrement dédiée à ce concept de l’aspirant CSP+ qui doit composer, en attendant et pour les vertus comiques qui en découlent, avec la nécessaire roublardise qui lui permettra de devenir « quelqu’un » : Two Broke Girls, How To Make It in America, Don’t Trust The B*tch In Apartment 23, Mom, How to Live with Your Parents (For the Rest of Your Life)… sont ainsi autant de séries issues de la crise économique, voyant leurs héros (et souvent, héroïnes), justifier leur chemin de croix symbolique par l’envie de réussir, de préférence dans un grande mégalopole genre New York ou San Francisco, face à un contexte nécessairement hostile.

 

 

 

Jennifer Falls parle un peu de cela, mais en minimisant cette justification « sociale » sur la crise économique, justement. Comme dans How To Live With Your Parents (For The Rest Of Your Life), une série qui n’a vécu que quelques épisodes en 2013 sur ABC, Jennifer Falls suit le parcours d’une mère célibataire obligée de revenir vivre chez sa mère. Mais contrairement à sa série-cousine, la série de TV Land (une obscure chaîne du fin fond du câble US surtout connue pour diffuser Hot In Cleveland –> public pas très jeune) ne prend pas prétexte d’un divorce houleux et d’une crise économique rampante pour justifier cela : Jennifer Doyle, dès les premières minutes du pilote, perd son job de vice-présidente d’une multinationale, non pas parce qu’il y a des restrictions budgétaires, mais bien parce qu’elle a une personnalité apparemment imbuvable et agressive (défauts qui, comme elle le souligne très justement, sont pourtant considérés comme des atouts chez un homme occupant de hautes responsabilités managériales). Six mois plus tard, grillée partout (toujours à cause de sa personnalité et de sa sortie pour le moins maladroite lors de sa notification de licenciement), elle n’a toujours pas retrouvé de job et, ne pouvant plus payer son train de vie fastueux, est contrainte de retourner vivre chez sa mère.

 

 

Jennifer Falls- Pressly Kitten

 

 

 

Évidemment, elle retrouve des personnages perdus de vue dans ce milieu d’origine qu’elle avait (forcément) un peu renié lorsqu’elle s’était mise à gagner cent plaques par an, et bien sûr, ils sont hauts en couleur, sinon y’aurait pas de série. On croise donc Jessica Walter (l’inoubliable Lucille Bluth d’Arrested Development) dans un nouveau rôle de mère à côté de la plaque, Missi Pyle (aperçue dans de nombreuses séries) en meilleure amie plouc qui avait été délaissée par l’héroïne, Ethan Suplee (que Jaime Pressly avait déjà côtoyé dans My Name Is Earl) en grand-frère bonne pâte qui offre un job de serveuse à sa frangine le temps qu’elle se refasse, et Nora Kirkpatrick dans le rôle de la belle-sœur tellement caricaturale en castratrice passive-agressive qu’elle sert surtout à se faire détester du public en chœur avec l’héroïne. Rien que des personnages et des motivations plutôt ordinaires dans le genre « rednecks accueillant le retour de l’enfant prodigue avec circonspection, mais qui seront tellement sympas, généreux et moins superficiel que le milieu friqué qui l’a rejetée »…

 

 

jennifer-falls-missi-pyle

 

 

 

Sur ces bases somme toute banales, Jennifer Falls propose donc une variation plutôt réussie autour de cette thématique rebattue du citadin méprisant revenant sous la contrainte à ses origines péri-urbaines et qui va se rendre compte que ce qu’il a perdu en prestige et en clinquant, il va le regagner en valeurs humaines. La série n’a rien de révolutionnaire ni d’extraordinairement drôle pour le moment (seuls quatre épisodes ont été diffusés à ce jour), mais elle a au moins le mérite de mettre en valeur chaque personnage, avec des acteurs bien castés et qui semblent dans leur élément, et le tout, sans afficher de prétentions d’analyse socio-économique des sociétés occidentales actuelles : le personnage de Jennifer est uniquement confrontée à l’état de sa vie et aux conséquences de son seul comportement, et la série ne lui cherche pas d’excuse économique ou sociale.

 

 

 

Ne reste plus qu’à la rendre un peu plus accrocheuse (Jaime Pressly est très drôle et expressive, et a bien transformé ses 36 ans en une petite quarantaine bling-bling, mais ça ne suffit pas forcément), par exemple en donnant davantage de corps à la garce imbuvable qu’elle était supposée être avant toute cette histoire. En effet, comme on suit Jennifer après six mois de dégringolade sociale, elle est, en fait, assez humble et résignée sur ce qui lui arrive (elle accepte, par exemple, le job de serveuse offert par son frère sans vraiment broncher ni se montrer méprisante avec celui-ci) (alors que, à mon sens, une personne renvoyée parce que trop agressive – si le licenciement est seulement justifié – ce dont on peut douter – aurait probablement donné l’impression de se boucher le nez au moment de servir sa première bière à un client plouc). Alors que sa période de biatch autoritaire, puis celle de déni et de chute personnelle, auraient probablement mérité une ébauche plus développée, compte-tenu du titre de la série. Le concept de « chute », ici, me paraît un peu déconnecté de ce qui se passe à l’écran, qui survient en fait des mois après la chute en question et consistera soit à accepter sa situation, soit à remonter l’échelle sociale. Et qui sait, si Jennifer se retrouve face à des opportunités de retrouver son ancienne vie, ses dents pourraient vite se remettre à rayer le plancher…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*