La recette huilée de Maroon 5

 

 

C’est marrant, Wikipédia définit Maroon 5 comme un « groupe de rock originaire de Los Angeles ». Ça doit en faire chier plus d’un que ces gugusses, qui sont grosso modo un boys band avec un mec qui joue de la batterie et qui ont plus œuvré pour la pop midinette et la promotion de The Voice que pour la postérité du mouvement musical des Rolling Stones ou des Who, soient qualifiés de « groupe de rock ». Mais bon, le rock est multiple, après tout, et qui s’en revendique est toujours le bienvenu, non ? Cela fait dix ans, cette année, que le groupe d’Adam Levine s’est fait connaître du monde entier avec This Love. Et depuis, même si ça n’a pas pris de la même manière partout (l’album It Won’t Be Soon Before Long, en 2007, a notamment un peu peiné à générer des hits mémorables), force est de constater que Maroon 5 est devenu un incontournable de la scène pop mondiale, du genre qui fait des tournées de stades et qui a installé quelques chansons pour longtemps dans les playlists des radios hits / jeunes / gold.

 

 

 

Aujourd’hui, bien lancés par une spirale de tubes depuis 2010 (Misery –> Moves Like Jagger –> PayPhone –> One More Night –> Love Somebody) et par la belle vitrine que The Voice offre à Adam Levine, les États-Unis n’attendent que leur « retour », annoncé pour le mois de septembre avec l’album V, et le single Maps gagne tranquillement du terrain dans les charts de Billboard. Mais traversera-t-il l’Atlantique ?

 

 

 

Maroon-5-Maps-V-single-2014

 

 

L’une des particularités de Maroon 5, je trouve, est son incapacité, en dépit de ses références et de ses excellents états de services dans les classements mondiaux, à générer du smash hit instantané, notamment en lead single. Je veux dire, Misery et Payphone, les lead singles de leurs précédents albums, ont marqué les esprits (le premier grâce à son clip cartoonesque ultra-violent et aux cheveux gominés d’Adam Levine, le second grâce à son beau parcours international – il a fait un passage dans le top 10 des ventes à peu près partout où il est passé), mais ce ne sont pas des smash hits : ils ne se retrouvent pas automatiquement numéro un des ventes dès la semaine de leur sortie comme un single Mylène Farmer en France, de Justin Timberlake, de Britney ou de Madonna (quoique, dans le cas de ces deux dernières, c’est moins systématique ces dernières années), au risque de chuter rapidement dans les charts.

 

 

 

 

A mon sens, c’est probablement parce que, contrairement à des artistes pop comme les deux donzelles que je viens de citer, le rapport de Maroon 5 à leur fanbase n’est pas le même : les fans du groupe se jettent plutôt sur l’album, quelques semaines après le lead single, et ne font pas la course au hit sur iTunes pour coller le titre à la première place en moins de douze heures. Du coup, le single en question n’est pas numéro un dès sa sortie (et, souvent, ne le devient même pas), mais construit plutôt son succès sur la durée. Maps est ainsi entré à une modeste 14ème place au Billboard Hot 100, mais n’a fait que grimper depuis.

 

maroon-maps-v-2014

 

 

Je ne suis pas un fan de Maroon 5, leurs chansons ne me dérangent pas lorsqu’elles passent à la radio mais leur musique n’a pas une « personnalité » suffisamment intéressante, à mes yeux, pour que je m’attarde à acheter chacun de leurs albums (franchement, à part quand on est très fan, j’ai l’impression que les gens n’achètent plus vraiment les albums qu’ils peuvent écouter en streaming) ou à payer un rein pour me rendre à leurs concerts. C’est un groupe qui fait une pop-rock formatée FM à la recette bien huilée, reposant sur les abdos le charisme de son lead singer et les montées lyrico-dramatiques des refrains pour donner l’impression artificielle que tout cela à de la profondeur et une âme (le tout, appuyé par l’acting du chanteur, généralement occupé à jouer l’amoureux torturé avec un air pénétré dans les clips). En revanche, je dois reconnaître l’efficacité de leur recette dans la mesure où, alors que leurs millions de fans ne se jettent pas sur le lead single dès sa sortie, les ventes de celui-ci grimpent, tranquillement, et quasiment à chaque fois, au fur et à mesure que les semaines s’écoulent : Maroon 5 n’est donc pas un groupe qui vit sur sa fanbase débile, mais bien un groupe pop qui réussit, à chaque retour, à « bâtir » un tube sur le long terme, à séduire à nouveau des acheteurs, au-delà de leur cercle de fans, avec un hit bien huilé, bien construit, et surtout bien promu. Je ne sais pas si Maps deviendra un tube en France avec son clip un peu glauque et sa structure narrative à la Irréversible, mais en tout cas, aux États-Unis, ça en prend le chemin, en grande partie parce que le groupe maîtrise bien sa recette et ne se repose pas sur ses lauriers pour vendre une daube à 10 000 fans en première semaine avant de la voir s’effondrer dans les charts la semaine suivante : écriture, composition, clip, promotion… la démarche pop de Maroon 5 reste pro, même en 2014 où des pontes de l’industrie donnent souvent l’impression de se reposer sur leurs acquis et sur leurs fans gays et ados illuminés et ne font plus la queue d’un effort pour faire des hits, l’essentiel de leurs revenus se jouant de toute façon sur des tournées aux tarifs faramineux.

 

 

 

 

En tant que post-adolescent fossilisé devant ma télévision, je dois avouer que ça me fait plaisir qu’il existe encore quelques groupes qui essayent, à chaque nouvel album, de proposer au moins un tube, si ce n’est plusieurs, en se cassant le cul pour qu’il marche et en ne tapant pas toujours dans le portefeuille des quelques mêmes fans qui achèteront de toute façon (suivez mon regard)…

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