L’icône de la semaine sur les Internets

 

single cover

 

 

Nicki Minaj poursuit donc son retour flamboyant sur le devant de la scène, espérant glaner quelques hits au passage. Ça n’a pas vraiment pris avec le pourtant sympathique Pills’n’Potions, alors, comme on peut l’interpréter si on est un peu mauvaise langue, elle revient à la provoc’ un peu badass qui a fait sa célébrité avant les club bangers avec David Guetta : la mise en avant de sa liberté / agressivité sexuelle. Ou les racines de Super Bass ou de A$$, qui ont quand même beaucoup capitalisé sur leurs clips respectifs et les hanches de Nicki pour tourner un peu partout…

 

 

Sans surprise, cette pochette (dont l’essentiel de l’existence se jouera sous son format jpeg plutôt que sous ses formats imprimés, ne nous leurrons pas) a fait le tour du web social en environ quarante secondes. Ce qui me semble être précisément la raison pour laquelle elle a été shootée. Et puis, en toute logique, la silhouette est détourée par un petit malin et le truc se transforme en meme.

 

 

google

 

 

 

sponge bob

 

 

 

spiderman

 

 

god

 

cactus

 

 

cène

 

statue of liberty

 

 

lion king

 

poney

 

 

fusée

 

 

 

 

Et là, va comprendre pourquoi, Nicki Minaj semble touchée, un peu vexée voire blessée par ces récupérations, comme elle le fait savoir sur son compte Instagram, où elle commente certains de ces détournements à grands coups de remarques incrédules et des smileys tantôt amusés, tantôt tristes.

instagram marge

Elle va jusqu’à se fendre d’une comparaison avec des mannequins (blancs) en string dans des magazines de type Sports Illustrated :

 

instagram

 

 

instagram cover
Bon, alors là je m’arrête deux secondes et je réfléchis, parce que si une personne est attristée par la manière dont son image est détournée, il faut quand même se demander si on est pas en train de faire une connerie violente, raciste ou sexiste. Ou les trois.

 

 

 

C’est que, le premier réflexe face à ce string et cette paire de fesses balancés à l’objectif, c’est quand même de rire un peu. Pas pour se moquer du physique (Nicki Minaj est, au contraire, superbe) ni pour faire du slut shaming (après tout, le string est entré dans les mœurs, chacun fait ce qu’il veut, et le fait de montrer ses atouts ne devrait pas être source de problèmes pour quelqu’un). En revanche, on est, ici, sur un support commercial, dont la visée (faire le buzz, booster l’intérêt pour le single) paraît plus que claire, par une artiste qui a toujours joué du mythe de la pin-up en version hip-hop. Je ne me suis moi-même pas gêné pour tweeter au bout de quelques secondes ce que j’en pensais, en tant que démarche mercantile / marketing.

 

 

 

Même que moi, à sa place (même si je ne suis pas à sa place), ça m’aurait vachement flatté qu’Internet et que la pop culture se réapproprient si vite mon visuel. Du coup, est-ce que Nicki Minaj est sincère ? Pense-t-elle que ces détournements sont racistes, dûs uniquement à sa couleur de peau ? Je veux dire, loin de moi l’idée de balancer des arguments du type « Elle ne croyait quand même pas que les gens n’allaient rien dire face à un cul pareil ? », qui sonnent un peu trop comme le « Elle n’avait qu’à pas sortir habillée comme ça » qu’on assène à certaines victimes d’agression sexuelle. Mais tout de même, deux remarques. 1/ Le postérieur de Nicki Minaj est un de ses « atouts » marketing depuis longtemps, dont elle use et abuse dans ses apparitions (clip, presse people, cérémonies de récompenses), et c’est bizarre qu’elle semble soudain s’émouvoir de ce que son physique généreux soit ainsi remarqué après plusieurs années à en faire un outil de com’, et 2/ ce n’est pas tant le visuel lui-même que l’opportunisme crasse avec lequel ELLE a décidé de s’en servir elle-même pour promouvoir son single et faire buzzer sa couv’ qui semble plus amuser les internautes qu’autre chose. Ou alors, peut-être devrait-elle développer ce qu’elle pense de ces détournements, de ce qu’ils révèlent de notre mauvaise compréhension de sa démarche personnelle, plutôt que de rester si évasive. Parce que les meufs qui se montrent en string en public, blanches ou noires, sont victimes de slut shaming de toute façon, et indépendamment de ce visuel. Et d’ailleurs, je ne suis même pas sûr que ces visuels « acceptables » qu’elle prend en exemple aient échappé à la critique ou au slut shaming lors de leur parution. Alors que cherche-t-on à démontrer, ici ?

 

 

Si elle vivait mal des parodies d’un cliché de vacances privé ou pris par des paparazzis, je comprendrais, mais là c’est juste un (gentil) backlash sur un visuel qu’elle a clairement voulu pas très subtil pour qu’il tourne le plus vite possible sur le web social et la presse en ligne… Nicki Minaj a le droit de montrer son postérieur rebondi et son string sans être moquée. Elle a le droit de ne pas être élégante ni subtile. Elle a le droit de se servir de son physique pour attirer l’attention. Mais peut-elle réellement, en toute honnêteté intellectuelle, se plaindre de la qualité de l’attention qu’elle suscite ?

 

 

Cela vaut pour ce visuel ou pour d’autres, précédemment. Nicki Minaj est une artiste qui, comme Lady Gaga ou Madonna, a beaucoup joué sur la provocation : le décalage entre sa liberté insolente et une société normative qui n’est pas forcément très tolérante avec sa manière d’être femme. Diviser est au cœur même de sa démarche. Du coup, je ne peux qu’être surpris que, semblant tellement maîtriser la « trashitude » de son image, et si clairement désireuse de lancer des conversations sur le féminisme, le racisme, le corps des femmes, elle s’étonne de ne pas rencontrer que de l’adhésion aveugle. Surtout en balançant un « argument » aussi frontalement subversif et épate-bourgeois. Ce n’est pas une conversation si personne n’est critique vis-à-vis de sa démarche.

 

 

Alors certes, elle peut appeler de ses vœux le jour où une chanteuse pourra poser comme elle l’a fait sur la pochette d’Anaconda sans que cela ne suscite plus le moindre commentaire, détournement ou moquerie (et vu les réactions spontanées, c’est pas gagné), mais ne devrait-elle pas avoir davantage de recul sur le fait que sa démarche n’est pas seulement artistique mais commerciale (quand on vend un truc, on ne peut pas espérer que tout le monde l’achète, ni que tous les acheteurs soient unanimement ébahis), et surtout que, si quelques-uns des détournements sont sexistes, beaucoup sont surtout du lol en barre pour les Internets, en réaction à une pochette tellement grand-guignolesque que leurs auteurs s’imaginaient répondre par le lol à une reine du lol ?… Je m’étonne qu’une célébrité de son calibre, qui a bâti carrière et réputation sur les codes de la pin-up et l’assurance crâne du féminisme face aux préjugés des milieux « masculins » comme celui du rap, s’émeuve ainsi des polémiques qu’elle génère.

 

 

Nicki peut se consoler avec au moins deux choses. La première, c’est que, vexée ou pas, elle a réussi son coup, et tout le monde guettera le single Anaconda le 4 août. La deuxième, c’est qu’elle est sur le prochain single de Jessie J, avec Ariana Grande en guest, et que ça sent le hit.

 

 

 


EDIT 30/07/2014 : un article intéressant sur la dimension raciste de cette polémique sur le Huffington Post : http://www.huffingtonpost.fr/gail-dines/nicki-minaj-grosses-fesses_b_5632740.html

Mais toujours la même question, pour ma part : faut-il dédouaner l’artiste de sa responsabilité dans la conversation qu’elle déclenche elle-même, en usant de ces codes stéréotypés sur un support commercial, dans une veine gangsta-rap-porn-hip-hop ? Et cette « conversation » déclenchée par le visuel, est-elle une manifestation de racisme ou une réflexion sur celui-ci ?

 

Une réflexion au sujet de « L’icône de la semaine sur les Internets »

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