Nora Hamzawi au République

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Bon, après le Comte de Bouderbala, Sophia Aram et Sony Chan, je continue de compléter la collec’ des spectacles des humoristes de France Inter. Faut dire que Nora Hamzawi, que j’ai découvert sur le tard (et non, pas grâce à Canal, que je n’ai même plus en clair depuis un an) (et bizarrement, ça ne me manque pas) (ni le Petit Journal, ni les Guignols, ni Michel Denisot, rien) (comment ça, Michel Denisot n’est plus là ??), c’est une de mes marottes de ces derniers mois. C’est en fait par le web que j’ai fini par tomber sur une de ses chroniques sur France Inter. Celle sur les maths, en l’occurrence.

 

 

La jeune femme étant très occupée, elle n’est pas à l’antenne tous les jours, et je n’ai donc pas eu beaucoup de chroniques à rattraper sur YouTube pour assouvir ma soif nouvelle de ce débit étrange, peu exploité chez les humoristes, du crescendo hystérique passant de l’agacement à la quasi-extinction de voix, en énumérant tout un tas d’inconvénients, de défauts ou de sujets d’énervement jusqu’à l’interruption, généralement assez brutale, par le rire. Non pas le rire de Nora Hamzawi, mais bien celui du public, qui reste suspendu à ses lèvres jusqu’à ce que, dans son débit rapide, surgisse la vanne et son silence, aussitôt relayé par l’hilarité du public. Elle est assez forte à cela, c’est même, je pense, la première fois que je vois ce genre de prouesse s’exécuter aussi bien, sur scène comme à la radio.

 

 

 

Il faut dire que son spectacle est bien rythmé et qu’on rit à peu près toutes les quinze secondes. Le truc est hyper écrit, calibré. Si je devais lui reprocher un truc, à la limite, ce serait de succomber, comme tous ceux de sa génération ou presque, à la mode du stand-up. Je comprends pourquoi ce format fonctionne, hein. On dialogue avec le public (même si c’est globalement un monologue), on crée une proximité, une complicité, et si on est bon on se les met dans la poche. N’empêche que je trouve toujours que c’est moins « noble », comme format d’humour, que le sketch. Plus « facile » qu’une situation de cinq minutes à décrire, mettre en place, habiter et rendre drôle entre deux noirs, coincé avec ses contraintes d’écriture et la nécessité de faire adhérer le public en quelques secondes. Le stand-up, à l’inverse, n’est fait que de digressions, de « euh… », de détours, d’hésitations. Certes, c’est un peu comme dans la vie, quand Machine te parle de sa collègue Trucmuche qui vient d’accoucher et qu’elle a donné un prénom trop bizarre à son gamin, et que justement Bidule aussi avait fait une vanne sur les gens qui donnent des prénoms bizarres à leurs enfants l’autre soir à l’apéro dans le bar à vin de Saint-Germain, mais si tu sais, le bar qui fait l’angle de la rue duschmol et la rue truc, et d’ailleurs en parlant de vin cet été Machine veut faire la route des vignobles bordelais avec son mec, ce qui me fait penser tu venais pas de Bordeaux toi ? Et du coup tu sauras jamais comment Trucmuche a prénommé son fils. Bref. Mais justement, j’ai pas forcément envie de payer ma place au théâtre pour assister à une conversation marrante à bâtons rompus que je peux avoir gratos avec mes potes. Du moins pas en permanence. Dans le genre, j’avais bien aimé le spectacle d’Alex Lutz, qui mélangeait des sketchs à personnages et des moments en aparté avec le public. Tout comme je préférerais toujours les sketchs de Muriel Robin datant des années 1990 à ses spectacles récents. Mais le stand-up, à mes yeux, c’est une proximité un peu fake qui prend en otage l’opinion du public sur le spectacle en le forçant à « bien aimer » l’humoriste, et une espèce de filet de sécurité narratif, aussi, qui permet de zapper une vanne sur laquelle on a un trou de mémoire en enchaînant direct sur la vanne suivante par le biais d’une transition improvisée. Ce qui est rarement possible dans un sketch de cinq minutes où tous les évènements narrés sont susceptibles d’avoir une importance.

 

 

 

 

Bref, dommage que ce soit du stand-up, quoi. Mais cela reste très bien, car le spectacle est bien découpé en petites thématiques sur la vie d’une quasi-trentenaire (c’est la première fois, me semble-t-il, que je vais voir une humoriste qui a précisément mon âge, mes références générationnelles, etc.), entre cuites au rosé, vie conjugale, sexe, crottes de nez et galères professionnelles. Il y a également un passage très drôle sur le racisme ordinaire vécu par une arabe qui ne ressemble pas à une arabe et un autre, improvisé ou non (je n’en étais pas sûr, honnêtement) sur les postillons, qui était vraiment tordant. J’ai eu la bonne surprise de constater qu’elle ne recyclait quasiment pas le contenu de ses chroniques de France Inter (ou vice-versa) contrairement à Sony Chan, et que si tu l’aimes à la radio, tu découvres uniquement de la vanne inédite sur scène.

 

 

 

Un très chouette spectacle, donc, d’une humoriste en pleine percée (outre France Inter et Canal Plus, on l’a aperçue cette année dans L’ex de ma vie, un film très nul avec Géraldine Nakache) (mais bon, c’est pas sa faute), qui je l’espère deviendra une grande de la scène française.

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