The Leftovers, ceux qui restent

 

 

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Damon Lindelof crédité en tant que showrunner d’une nouvelle série, ça ne pouvait que susciter de la curiosité. Quand un des talents les plus célébrés de ce début de siècle à la télévision revient, quatre ans après la fin de la série considérée comme l’œuvre de sa vie, avec un nouveau concept, qui plus est en passant par la grande et prestigieuse porte qu’est encore HBO, les sériephiles du monde entier retiennent leur souffle. La fin de Lost a polarisé les opinions, mais l’aura de cette série-culte demeure fort, et son créateur suscite sans peine l’attention des fans de grosses séries dramatiques taillées pour le prestige, les nœuds au cerveau et les Emmy Awards. Entretemps, Lindelof a fait de la production sur Once Upon A Time (qui n’est au final rien de plus qu’un Lost édulcoré – sans morts atroces ou injustices crève-cœur tous les deux épisodes – présentant l’avantage de pouvoir justifier ses incohérences par la magie et les contes de fées) et s’est un peu encanaillé avec le cinéma (Prometheus, World War Z), mais c’est bien la perspective de sa nouvelle série, The Leftovers, qui a suscité rumeurs et attentes depuis quelques mois.

 

 

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La série a démarré dimanche soir sur HBO, et ce pilote a un peu déçu en termes d’audience, ne réunissant que 1,8 million de téléspectateurs, soit bien moins que les démarrages de Game of Thrones (2,2 millions en 2011), Boardwalk Empire (4,8 millions en 2010) ou True Detective (2,3 millions cette année) à leurs débuts. Le signe d’une future annulation précoce pour la série ? Pas forcément, dans la mesure où elle est diffusée en deuxième partie de soirée, dans la foulée d’un True Blood en fin de vie, et que ce chiffre reste une performance honorable pour une chaîne du câble. Mais ce serait probablement pas mal que le bouche-à-oreille soit positif et que les audiences augmentent peu à peu au fur et à mesure de la saison, si on ne veut pas assister à un fiasco à la Flash Forward

 

 

Car The Leftovers s’inscrit dans la droite lignée des grosses séries dramatiques « à concept », genre casse-gueule par excellence dans lequel une annulation imprévue et une résolution d’intrigue bricolée à la va-vite ne pardonnent pas.

 

 

Ledit concept, ici :
Du jour au lendemain, un 14 octobre en apparence ordinaire, 2% de la population disparaît mystérieusement de la surface de la terre. Ces gens, de tout âge, se sont simultanément évanouis dans la nature, sans explication, laissant leurs proches dans l’angoisse, voire le désespoir. Trois ans plus tard, la vie a repris son cours dans la bourgade de Mapleton, une petite ville près de New York, mais rien n’est plus comme avant. Personne n’a oublié ce qui s’est passé, ni ceux qui ont disparu. A l’approche des cérémonies de commémoration, le chef de la police locale, Kevin Garvey, est en état d’alerte maximale : des affrontements dangereux se préparent entre la population et un groupuscule comparable à une secte…
(source : Allociné)

 

 

 

the leftovers pilot

 

Les questions ne s’enchaînent pas trop dans ce pilote, au-delà du mystère de départ, auquel la série semble finalement peu s’intéresser pour l’instant (même s’il plane sur l’épisode) : comment 2% de la population mondiale peut-elle se volatiliser simultanément, et où sont passés tous ces humains (aucun cadavre, aucune preuve de leur mort, rien de concret à quoi se raccrocher) ?

 

 

 

 

The Leftovers prend le parti, seulement pour commencer, espérons-le, de suivre les conséquences du mystère plutôt que l’enquête sur celui-ci. Avec une ellipse de trois ans qui, peut-être, ouvrira la voie à de nouvelles explorations par la suite. Là où Lost enchaînait les questions, The Leftovers n’en rajoute guère, pour le moment, et nous fait suivre une dizaine de personnages dont la vie, trois ans plus tard, reste marquée par ces disparitions à la fois massives et si marginales (2% de la population, c’est finalement très peu). Des disparitions parmi lesquelles on dénombre les pertes de personnalités aussi diverses que Condoleezza Rice, Benoît XVI, Shaquille O’Neal ou Jennifer Lopez (lol)…

 

 

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On suit donc, à un rythme plutôt lent, les errances d’une population anesthésiée par cet évènement inexplicable, qui a frappé aveuglément, sans distinction de genre, de race, de sexe ou de milieu social, et qui y a perdu ses repères moraux. Est-ce que Dieu a rappelé les siens ? Est-ce que seuls les êtres les plus méritants ont été ainsi « rappelés » ? Pourquoi Dieu rappellerait-il Jennifer Lopez et pas des prix Nobel de la Paix ? Les autres, ceux qui restent, sont-ils maudits ? Est-ce que le 14 octobre annonce l’Apocalypse ? Doit-on accepter le mystère, quand aucun début d’explication n’a été trouvé en trois ans ? Comment accepter de vivre sans comprendre, sans savoir ? Comment accepter l’aléatoire ? Peut-on rester athée après un événement pareil ? Et pour croire en quoi ?

 

 

 

 

La famille « centrale » de la série sera vraisemblablement celle du chef de la police Kevin Garvey, avec sa fille ado déboussolée comme tous ses camarades de classe devenus hédonistes et nihilistes (Margaret Qualley, fille d’Andie McDowell, qui ressemble à une jeune Robin Scherbatsky) et son fils plus âgé qui fraye avec un étrange gourou qui prétend guérir les gens de leur douleur… Car face à cette perte de repères, qui n’est pas sans rappeler une Amérique post-11 septembre, la tentation de trouver des boucs émissaires et/ou de se tourner vers une mystique capable de tout expliquer et rassurer est immense. Les sectes opportunistes fleurissent logiquement, inspirant soumission rassurée des uns et rejet brutal des autres.

 

 

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Pour l’instant, la réflexion sur le deuil et la société en quête d’un sens perdu semble donc prendre le pas sur le mystère, vraisemblablement pour donner aux personnages l’opportunité de gagner en profondeur avant de, peut-être, passer à plus d’action. C’est un parti pris intéressant, mais je regrette un peu que cela donne pour l’instant une furieuse impression de se prendre au sérieux. Une première piste « d’enquête », toujours basée sur les conséquences du 14 octobre plutôt que sur ce qui s’est passé lors de ce jour fatidique, semble toutefois pointer au cours du pilote, autour d’un mystérieux habitant de la ville qui abat les chiens sans raison apparente. Vers un début d’explication au grand mystère-concept de The Leftovers ?

 

 

 

 

 

Attention à ne pas s’enliser et à trouver rapidement son ton et son rythme (même si cette proposition initiale d’ambiance est plutôt intéressante), pour ne pas trop semer les téléspectateurs en route et espérer durer un peu plus d’une saison. Parce que le drame, le deuil et la profondeur psychologique, c’est bien, mais assumer son gros mystère de départ et aller vers un semblant de réponse, c’est mieux. Ce ne sont pas les fans de Lost qui me contrediront.

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