Xenia : crise, fratrie et fraternité

 

xenia poster

 

 

Pános H. Koútras était jusqu’à présent surtout connu, dans nos contrées, en tant que réalisateur d’un nanar décalé culte inspiré par les films catastrophe de série B américaine, qui portait le très parlant titre L’attaque de la moussaka géante, et que personnellement je n’ai jamais vu. Xenia n’est pas dans la même veine, si ce n’est qu’il est porteur de la veine queer qui habitait ses précédents essais. Il s’agit de son quatrième film et, sans en faire un sujet central de l’intrigue, l’homosexualité y apparaît tranquillement, en tant qu’enjeu dramatique en partie, mais de manière tout de même anecdotique au regard de l’histoire racontée dans son ensemble. Un peu à la manière d’un François Ozon, le sujet est là, mais il n’est pas nécessairement au centre.

 

 

Le pitch : A la mort de leur mère, Dany et son frère Odysseas, 15 et 18 ans, prennent la route d’Athènes à Thessalonique pour retrouver leur père, un Grec qu’ils n’ont jamais connu. Albanais par leur mère, ils sont étrangers dans leur propre pays et veulent que ce père les reconnaisse pour obtenir la nationalité grecque. Dany s’est aussi promis de faire participer son grand frère à Greek Star, un concours de chant appartenant apparemment à la franchise des Pop Idols. Ce voyage mettra à l’épreuve la force de leurs liens, leur part d’enfance et leur amour des chansons italiennes…

 

 

 

xenia ody danny

 

Portrait d’une Grèce en crise, Xenia est un road movie foutraque et bondissant, passant instantanément d’une scène comique à un moment tragique, d’une escalade de violence à une parenthèse onirique, et dans lequel on a parfois du mal à rester totalement connecté au récit (le film dure plus de deux heures).

 

 

 

 

Embarqués dans une odyssée fauchée et improvisée (en écho direct au prénom du frère aîné et à l’œuvre d’Homère), les deux frères traversent une Grèce minée par la xénophobie, la perte de repères sociaux et économiques, les infrastructures publiques livrées à elles-mêmes et les fossés entre classes sociales. Parce que Dany est gay, il est hors de question pour eux de compter sur l’appui des Albanais, qui méprisent l’homosexualité. Leurs aventures les mènent de la Crète à Thessalonique, et leur font rencontrer des figures de conte de fées vaguement adaptées au contexte moderne : un parrain gay protecteur, une déesse chanteuse, un palace abandonné, un cours d’eau peuplé d’animaux en images de synthèse…

 

 

xenia dany

 

 

 

Au gré d’une (très) longue confrontation finale avec leur géniteur, les frères font, un peu artificiellement, montre du chemin affectif parcouru entre eux. A mon sens le film aurait presque pu se terminer une demi-heure avant sa fin, au moment où les deux adolescents quittent le palace pour, peut-être ou peut-être pas, trouver leur père et participer au concours de chant : on a déjà saisi à ce moment-là que l’important ne sera pas tant la destination que la route faite ensemble.

 

 

 

En dépit de quelques longueurs, on reconnaîtra au film de Koútras la capacité à mettre en place un univers bien singulier à l’écran, en dépit de la noirceur sociale qui pourrait le submerger, et à ses deux acteurs un talent et un charisme certains. Nikos Gelia, dans le rôle d’Odysseas, est très très (très) mignon, et Kostas Nikouli est particulièrement convaincant, car irritant à claquer, en fils de chanteuse de cabaret alcoolique, ado gay névrosé qui s’assume. Il faut bien de la patience pour supporter son impulsivité et ses bêtises, même si l’on est conscient du fait qu’il a des excuses sociologiques, qui nourrissent le récit et le font s’enliser dans une spirale de la galère : égocentrique, hyper-connecté, capricieux, relou, se nourrissant quasi-exclusivement de sucreries, incapable de se contrôler plus de dix secondes et de résister à une pulsion, insouciant des conséquences de ses actes (sexe, violence, crise de drama queen), pouvant apparaître comme trop efféminé et trop affirmé en tant que gay aux yeux d’un public plus âgé (avec ses fringues de coiffeuse de province et sa coloration de Madame Boris)… C’est l’ado hystérique dans toute sa splendeur, mais campé avec bienveillance par son interprète, au-delà des clichés à vocation comique ou iconoclaste. Xenia a des défauts de film d’auteur, mais aussi et surtout, des qualités de film d’auteur, ce qui le sauve et maintient jusqu’au bout l’intérêt des lecteurs de Têtu savamment ciblés par sa campagne marketing.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*