Gone Girl – Gillian Flynn

 

gillian flynn les apparences fauteuil

 

Je n’aurai pas eu la chance de le lire à la plage. Et pour cause, 1) il a fait un temps dégueu’ donc y’a pas trop eu de plage, et 2) énorme ânerie de ma part, j’ai acheté le bouquin une semaine avant de partir… et je l’ai commencé avant mon départ. Résultat des courses : arrivé sur place, je l’avais déjà fini. Les Apparences, sorti en 2012 aux Éditions Sonatine et désormais édité en poche, aura donc brièvement été le thriller de mon été.

 

 

 

 

La quatrième de couverture :

 

 

« À quoi penses-tu ? Comment te sens-tu ? Qui es-tu ? Que nous sommes-nous fait l’un à l’autre ? Qu’est-ce qui nous attend ? Autant de questions qui, je suppose, surplombent tous les mariages, tels des nuages menaçants. »

 

 

Amy, une jolie jeune femme au foyer, et son mari Nick, propriétaire d’un bar, forment, selon toutes apparences, un couple idéal. Ils ont quitté New York deux ans plus tôt pour emménager dans la petite ville des bords du Mississipi où Nick a grandi. Le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, en rentrant du travail, Nick découvre dans leur maison un chaos indescriptible : meubles renversés, cadres aux murs brisés, et aucune trace de sa femme. Quelque chose de grave est arrivé. Après qu’il a appelé les forces de l’ordre pour signaler la disparition d’Amy, la situation prend une tournure inattendue. Chaque petit secret, lâcheté, trahison quotidienne de la vie d’un couple commence en effet à prendre, sous les yeux impitoyables de la police, une importance inattendue et Nick ne tarde pas à devenir un suspect idéal. Alors qu’il essaie désespérément, de son côté, de retrouver Amy, il découvre qu’elle aussi cachait beaucoup de choses à son conjoint, certaines sans gravité et d’autres plus inquiétantes. Si leur mariage n’était pas aussi parfait qu’il le paraissait, Nick est néanmoins encore loin de se douter à quel point leur couple soi-disant idéal n’était qu’une illusion.

 

 

 

 

Il y a deux raisons pour lesquelles j’ai acheté ce roman. La première, c’est que je cherchais un thriller à suspense du type page turner, un de ces livres qu’on n’arrive pas vraiment à reposer une fois qu’on l’a commencé, parce que les rebondissements et les questions s’enchaînent, et qui vous fait coucher à deux heures du matin deux ou trois jours de suite, si comme moi vous avez tendance à vous y remettre en fin de soirée. Le genre de truc que j’adore lire en vacances et qui me donne l’impression flatteuse d’être un « bon » lecteur, de ceux qui finissent un roman en moins de deux jours s’ils le veulent. Et bon, je ne peux pas passer ma vie à lire des Harlan Coben non plus. La seconde, c’est que ce livre, le troisième publié par Gillian Flynn, a été adapté sous son véritable titre, Gone Girl, pour une sortie en salles prévue d’ici la fin de l’année, par David Fincher, avec Ben Affleck et Rosamund Pike dans les rôles principaux, et que même si ça ruine un peu le suspense (quoique, le scénario n’a pas nécessairement à se conformer au roman ou à son dénouement en tous points), c’est toujours intéressant de voir un film après avoir lu le livre dont il est adapté : cela m’arrive en fait assez rarement.

 

 

Gone Girl : Première image de Ben Affleck

 

 

 

On peut dire que j’en ai été parfaitement satisfait, puisque j’ai dévoré les presque 600 pages en quelques jours. Assez intelligemment construit autour de chapitres se déroulant à des moments différents de l’intrigue, de suspicions fluctuantes et de fausses pistes, le roman de Gillian Flynn nous plonge dans un suspense faussement conventionnel, avant de nous retourner la tête à mi-parcours puis de nous plonger dans, presque, un deuxième roman, une deuxième histoire, dont la conclusion laissera les uns cois, les autres scandalisés et les derniers (peut-être pas les plus nombreux) extatiques. Et c’est aussi l’une de ses forces, d’ailleurs : on ne sait pas trop si on est à l’aise avec les constats moraux que fait l’auteur.

 

 

 

Alternant, en partant du jour J du drame (la disparition d’Amy, le jour de son cinquième anniversaire de mariage, dans sa maison du Missouri), les chapitres narrés par Monsieur dans le présent (la découverte de la disparition et l’enquête) et ceux racontés par Madame dans le passé (des extraits de son journal intime depuis sa rencontre avec Nick jusqu’à la date fatidique), on remonte à la genèse d’un mariage en passant par toutes les différences de sensibilités et de points de vue entre les époux, de cet émerveillement et cette admiration de la honeymoon phase jusqu’aux premières brèches, petits mensonges qui préservent l’harmonie des amoureux ou les éloignent inexorablement, évènements de la vie qui dépassent leur contrôle mais impactent tout de même l’intime… Par-delà les allusions et petits détails éludés par la mauvaise foi de chacun, se dressent peu à peu les portraits de deux personnages complexes et passionnants, sur fond d’une Amérique en perte de repères quant à sa supposée perfection. La crise économique permet-elle encore d’être heureux dans un mariage bourgeois tels que le rêvent les WASP ? Le dialogue peut-il sauver un couple ? La pression médiatique peut-elle ruiner une enquête criminelle ? Nick s’était-il lassé de son épouse ? Amy doutait-elle de son mari ? Ont-ils vécu le même mariage ? Se sont-ils caché des choses qui les auront menés à leur perte ? Réjouissant par l’envie irrépressible qu’il suscite, en nous, de tourner les pages, comme par son ambiguïté morale nous laissant pensif des jours après l’avoir terminé, Gone Girl pourrait bien, sous le style sombre et la direction toujours forte de David Fincher, passer de best-seller de l’année 2012 à film noir de l’année 2014. C’est tout le bien que je lui souhaite.

 

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