La Planète des Singes : L’Affrontement

 

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Parfois, les blockbusters estivaux bourrins calqués sur ceux des 90’s me manquent un peu. Je n’ai jamais succombé à la franchise Transformers, le dernier gros représentant du genre, mais c’est vrai que ça fait du bien, de temps en temps, un gros film avec Arnold Schwarzenegger, Bruce Willis ou un de leurs héritiers moins vieux, qui sauvent le monde, ou au moins une grosse mégalopole américaine, à grands coups de courses-poursuites, de fusillades dont ils ressortent miraculeusement indemnes, de combats impeccablement maîtrisés et de grosses explosions faisant des millions de dollars de dégâts dans le mobilier urbain, les immeubles et la voirie, et le tout forcément contre des méchants très méchants qui sont terroristes parce qu’ils sont méchants. Ou psychopathes. Ou à la limite, représentants d’une cause nationale très lointaine, mais anti-américaine donc c’est pas grave si on les tue.

 

 

 

Oui, parfois, ça me manque. Il y en a encore régulièrement sur nos écrans, hein, mais moins. Ce qui ne m’empêche pas d’être quand même content que les blockbusters estivaux aient de plus en plus envie d’avoir un cœur, un semblant d’âme, un message philosophique à nous faire passer. Je crois que j’ai vraiment commencé à l’observer en 2002 où, au-delà des gros films d’action SF cyberpunk, les blockbusters ont recommencé à tourner autour de franchises bien particulières : celles des superhéros de comics. Il faut dire que, bien boostées par les progrès des effets spéciaux numériques (qui permettaient d’envisager des résultats à l’écran moins kitsch que ceux des années 70-80, qui commençaient à prendre un coup de vieux) et par le succès du premier volet de Spiderman (qui laissait supposer un regain d’intérêt du public pour ces personnages pourtant assez rebattus de l’imaginaire collectif), les franchises de superhéros avaient tout pour devenir la nouvelle poule aux œufs d’or d’Hollywood : des personnages charismatiques, des méchants suffisamment nombreux pour envisager plusieurs suites, des costumes fun, des aventures visuellement époustouflantes… Comment résister à donner vie, sur écran HD, à des figures cultes comme The Green Lantern, Wonder Woman, Daredevil, Batman ?

 

 

 

Mais avec les superhéros vinrent la mythologie et le discours philosophique autour duquel leurs fans s’étaient rassemblés depuis des décennies : le dépassement de soi, le sens de la responsabilité, le sacrifice, la capacité à faire passer l’autre avant soi… Autant de « profondeurs » psychologiques dont les John Kruger, John McClane ou John Kimble (que de John…) semblaient dépourvus, simplement amenés à se battre contre des méchants très méchants alors qu’eux étaient simplement des gars sympas. Avec l’ère des superhéros au cinéma est arrivée l’ère du héros à la fois mâle alpha et plein de fêlures, rongé par des démons de dépendance ou de vengeance, ambivalent face à son ami-ennemi, sauveur-destructeur, tueur-remède… Et depuis, le public s’est habitué à cela : certes c’est chouette les explosions et les courses-poursuites, mais si en fin de compte on pouvait avoir un peu réfléchi aux raisons de tout ça, on se sentirait un peu mieux en fin de séance, en sortant de la salle en clignant des yeux parce qu’il fait trop jour.

 

 

 

 

Alors même lorsque le héros du blockbusters n’est plus qu’un simple homme mortel sans superpouvoirs, on aime bien qu’il ait des dilemmes et des positions moralement intenables à affronter, histoire que tout cela raconte un peu plus qu’une histoire de gentils et de méchants. Le plus souvent, cela a trait à son rapport au collectif : à sa famille, à son équipe, à la société tout entière ou à la corruption inhérente aux systèmes politiques humains. Ça n’empêche pas les courses-poursuites et les batailles épiques, mais c’est toujours un peu là.

 

 

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Et donc, La Planète des Singes : l’Affrontement (quatre paragraphes pour en venir au fait, quatre !), c’est un peu le comble de ça. Un blockbuster « intelligent », avec une âme et des questionnements philosophiques, qui résonnent bizarrement avec l’actualité au Proche-Orient. Que peuvent deux hommes, même « leaders », seuls face à deux sociétés entières qui n’attendent qu’une étincelle pour en découdre et s’entretuer ? Que peuvent les pacifistes modérés face à la motivation des extrémistes ? Le fait qu’un individu, un représentant d’un peuple « menaçant », soit bon, suffit-il à épargner tous ses congénères ? Le fait qu’une partie bien visible d’un peuple « menaçant » soit des gros cons, suffit-il à exterminer tous leurs congénères, par « précaution » ?…

 

 

Ce sont les vertigineux questionnements auxquels Malcolm (Jason Clarke, le futur John Connor de Terminator : Genesis) et Cesar (Andy Serkis, dont on se demande bien pourquoi son travail d’acteur n’est jamais récompensé au seul motif qu’il n’apparaît jamais à visage découvert) font face durant 2h10, et qui avaient déjà commencé à poindre à l’issue de La Planète des Singes : Les Origines, qui se terminait sur la pandémie de grippe simienne mais laissait déjà entrevoir la bêtise humaine. Celle de l’homme trop imbu de lui-même pour considérer d’autres formes de vie comme aussi valables que la sienne, trop convaincu de sa force pour se retenir d’écraser une autre espèce comme un cafard.

 

 

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Le tort principal des hommes survivants dans ce deuxième volet, c’est de ne pas voir que les singes ne sont plus des « bêtes », de simples animaux juste devenus un peu menaçants, mais que ce sont des « humains » au même titre qu’eux : qui s’aiment, s’instruisent, dialoguent, pensent, font famille et société… De ne pas voir que ces êtres valent autant qu’eux, si menaçants puissent-ils sembler, et que la tentation de les mépriser et de croire avoir droit de vie ou de mort sur eux comme s’ils étaient encore des créatures de zoo ou de laboratoire est une monstrueuse erreur. Le tort des singes, et surtout de Cesar, dans ce deuxième volet, c’est aussi de se croire au-dessus de ses adversaires, au-dessus des bassesses, des bas instincts vengeurs et des tentations du pouvoir, juste parce qu’il sait ce que c’est d’être opprimé. Le film débute et se ferme sur le regard de Cesar, avec une nuance notable au niveau de l’expressivité et de l’humanité qui s’en dégage. Le film aura appris à Cesar ce que cela fait d’être humain, ou si proche de l’être : pas sûr qu’il y gagne en certitudes.

 

 

A la fin, tout ce petit monde aura probablement perdu, d’une manière ou d’une autre. Mais la fin est encore loin. On le saura probablement en 2016 ou après, selon le nombre de suites que la 20th Century Fox va commander.

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