Lucy : qu’est-ce que c’est que cette merde ?

 

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Oups, un peu violent le titre. Bon, tant pis, c’est mérité, quand même. Luc, Lucy. Le cinéaste demi-dieu du box-office français, adepte des héroïnes en construction (Leeloo, Mathilda, Nikita), porte ici une nouvelle créature à l’écran, sorte de déesse toute puissante poussée au maximum de ses capacités cérébrales (un mythe assez tenace voulant que l’humain n’utilise pas ses neurones et ses synapses à plein régime mais seulement à 10% de leurs capacités) par une drogue de synthèse ingérée par accident (idée concon, un peu comme dans le premier volet La Planète des Singes, mais avec des effets spéciaux bleu turquoise dans les veines de Scarlett Johansson reconstituées numériquement à la truelle, que tu te croirais revenu dans ton jeu de Dr Brain sur ton Compaq à la fin des années 90). Besson, dans sa posture de réalisateur, laisse son héroïne dérouler son destin en mode express (1h30 chrono), sans empathie ni profondeur, se contentant de remplir l’habituel cahier des charges cynique dont Mozinor se moquait il y a déjà quelques années : c’est des chinois en costard qui poursuivent une pute dans une Audi…

 

 

Bon, en vrai c’est pas une Audi, c’est pas une pute et c’est des mafieux coréens de Taiwan (oui oui), mais dans l’idée, c’est ça. Mais c’est surtout une odyssée grotesque dans le WTF, les incohérences scénaristiques, les grands discours de branlette intellectuelle assénés en deux-deux, et les ellipses débiles.

 

 

 

 

Le pitch, avec spoilers :
Lucy est une étudiante américaine neuneu et fêtarde de Taiwan, qui un beau matin suit son plan cul / dealer d’un soir au pied d’un palace, où il lui demande gentiment de déposer une mallette pour lui à la réception, moyennant la somme de 1000 dollars. Le plan qui sent pas du tout le coup fourré. Comme Lucy refuse, elle se voit forcer la main, puis, par un concours de circonstances impliquant un asiatique qui massacre des gens hors écran et un marginal toxico aux dents pourries (des figures caricaturales comme Besson les affectionne), se retrouve à faire la mule pour une organisation mafieuse. Le tout, histoire qu’on comprenne bien ce qui se passe, ponctué de séquences explicatives comparant, avec la subtilité d’un bulldozer, Lucy à une malheureuse antilope aux prises avec des guépards. Ooooooh… Ah bon. Lucy et trois autres mules sont donc chargés, chacun, d’un gros sachet d’une drogue de synthèse dans les intestins, avant d’être transportés à l’aéroport pour emmener la came en Europe. Enfin, en vrai, Lucy n’est pas emmenée à l’aéroport mais dans l’arrière-boutique d’un bouge sordide de Taiwan (pléonasme des clichés asiatiques), mais bon, on saura pas pourquoi. Ça arrangeait Luc Besson. Disons que son avion partait plus tard que celui de ses co-otages, voilà. Et comme elle est une femme, un de ses geôliers tente d’abuser d’elle et, devant son refus d’obtempérer, la tabasse, perçant connement le sac de came dans son intestin. Ensuite, logiquement : overdose risible à l’écran, puis Scarlett / Lucy devient une sorte de super espionne qui démonte tout le monde en deux-deux.

 

 

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Par la suite, on a, pêle-mêle, Lucy qui énerve le chef mafieux coréen de Taiwan et qui l’épargne au lieu de l’achever (parce que bon, elle a beau être maline, si elle tuait l’antagoniste principal, il ne la foutrait pas dans la merde vers la fin du film, et y’aurait plus de film) (bref, ça arrangeait Luc Besson), Morgan Freeman en pilote automatique pour incarner le cliché du scientifique-caution-sérieuse-du-blockbuster qui expose à des étudiants forcément passionnés sa théorie foireuse qui résume parfaitement ce qui arrive à l’héroïne, une course-poursuite comme dans Taxi avec jamais, pas une fois, même en roulant à contre-sens, une bagnole qui bloque celle de l’héroïne, des asiatiques méchants en costards noirs qui rentrent armés dans les hôpitaux sans que personne ne les remarque avant qu’ils ne commencent à tirer, des personnages français qui jouent et parlent comme des pieds (tu le sens, le produit pensé avant tout pour les marchés internationaux ?), un coup de fil surréaliste et larmoyant (très bien joué par Johansson, au demeurant) de Lucy à sa mère, à l’issue duquel celle-ci ne semble pas s’inquiéter une seule seconde, des explications vaseuses sur le potentiel cérébral humain et l’espace-temps (à la limite, ça aurait mérité d’être dilué dans une série), un voyage dans le passé jusqu’à avant la création de l’univers pour que le réalisateur puisse se toucher un coup en se prenant pour Terrence Malick, et un final à la fois plat par son déroulement et grand-guignolesque par sa conclusion sur SMS et le regard entendu que s’échangent les protagonistes…

 

 

 

Lucy Luc Besson

 

 

 

Non mais sérieusement, au secours, quoi ! Avec du plein tarif autour de dix euros au ciné, comment peut-on jeter cette bouillie informe à la face des spectateurs ? Ce qui était à la base un concept plutôt séduisant se noie dans les incohérences scénaristiques et les discours grandiloquents risibles, sans qu’on puisse par ailleurs concevoir le moindre soupçon d’empathie envers l’héroïne du film. Car si Besson filme bien Scarlett, force est de constater qu’il lui a écrit un rôle où, en plus d’être désexualisée par sa mutation, elle est froide, distante, robotisée, comme en pilote automatique, jamais drôle, jamais émouvante (en-dehors, vite fait, de ce coup de fil très mal amené à sa mère). Le rôle de l’étudiante un peu greluche qu’elle est, au début du film, n’est par ailleurs pas du tout développé, malgré une brève apparition de sa colocataire, et on ne comprend donc pas vraiment quelle personnalité, attachante ou non, a été « sacrifiée » par cette histoire. Difficile, dès lors, de s’attacher à elle ou de s’identifier à ses éventuels doutes, peurs et désarroi face à ce qui lui arrive. Au point qu’on se fiche en fait pas mal, justement, de ce qui lui arrive, et qu’on passe le dernier quart d’heure du film, supposé être le climax de l’action et du suspense, à s’en foutre et à se demander quand est-ce que cette daube se finit.

 

 

 

 

A sauver : le charisme de Scarlett Johansson, de tous les plans ou presque, malgré cette partition pauvre en jeu d’actrice, l’idée narrative du compte à rebours au pourcentage (mal exploitée par gros sauts et gros sabots de 10%, mais bon), le principe rafraîchissant de ne pas donner de mentor masculin ou de love interest pour contrebalancer la féminité du film aux yeux d’un public forcément bourrin et sexiste (bravo, Luc !), et toujours cette esthétique aguicheuse de vidéo-clip, probablement le talent de Luc Besson qui passera le plus facilement à la postérité. Ça et sa capacité à mélanger toujours les mêmes ingrédients de flingues, de trafiquants, de flics et de chinois qui poursuivent des putes dans des Audi.

5 réflexions au sujet de « Lucy : qu’est-ce que c’est que cette merde ? »

  1. Comme je suis d’accord! et comme j’aurais aimé lire ton billet hier, j’aurai gagné 5€ (vive les tarifs d’abonnement de ciné de province) et ma soirée!

  2. Une fois n’est pas coutume, je te suis à 100% sur ce film.
    Mon Dieu, quelle merde! J’avais honte en le regardant, vraiment. Que c’est mauvais…

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