What You Got A Big Booty

 

 

 

 

 

C’est l’année des gros culs, on aura fini par le remarquer. Si 2013 a rendu la notion de twerk mainstream, avec les exploits médiatiques de Miley Cyrus qui, paradoxalement, n’avait ni les fesses ni la street créd’ d’une ambassadrice du twerk, 2014 aura été, dans la pop, l’année de l’obsession des fesses féminines proéminentes. L’exagération des formes, la performance physique féminine par l’exceptionnel : on avance sans avancer. L’Anaconda de Nicki Minaj qui fait dans le skin shaming (fuck the skinny bitches), l’hymne aux formes voluptueuses de Meghan Trainor, Beyoncé définitivement intronisée plus grande star de la décennie après son clip de vacances et ses prestations live sur Drunk In Love ou ses performances au pole dance dans le clip de Partition, l’explosion d’Iggy Azalea et de son physique savamment moulé dans des shorts et autres combinaisons… Le bas des reins est redevenu le centre de l’attention de la pop : rond, dansant, hédoniste, subversif. Le cul est l’accessoire de l’année. Revoilà donc sur ce créneau, en toute logique, Jennifer Lopez, l’icône fessière du tournant du XXIème siècle, que son big booty a fait élire femme la plus sexy de la planète vers 2000-2001.

 

jlo aka

 

 

C’est qu’il était difficile de résister à ce regain d’intérêt pour son fond de commerce historique, pour une chanteuse qui, clairement, galère désormais à faire parler d’elle pour autre chose que sa vie privée et ses flops musicaux. L’exploitation de l’album A.K.A., sorti en juin dernier dans l’indifférence générale malgré sa pochette affreuse, n’a ainsi pas vraiment fait de vagues dans les charts internationaux : Same Girl, I Luh Ya Papi, First Love, malgré leurs arguments respectifs, n’ont retenu l’attention de personne, et ça commence probablement à devenir chaud pour la gueule de JLo avec son label.

 

jlo booty

 

 

Il faut dire que la chanteuse a commis ce que je percevrai toujours comme une erreur stratégique, délaissant ces dernières années le son pop-latino qui fit son succès en début de carrière, pour se ranger dans la mouvance sans cesse grandissante des chanteuses abandonnant leur semblant d’identité pop pour se vautrer dans une EDM apparemment beaucoup plus rentable. Et vas-y que je te colle du Red One, du Pitbull, du GoonRock (producteur de LMFAO)… C’est sûr, à vouloir plaire aux vingtenaires d’aujourd’hui plutôt qu’à ceux d’il y a quinze ans, Jenny From The Block a tenté un pari un peu audacieux, et dans un sens, ça se comprend et se respecte. Mais bon, elle a 45 balais (eh oui), et même si elle est superbe, elle n’a ni le talent ni l’énergie des jeunettes aux dents longues sur les platebandes desquelles elle prétend marcher. Et du coup, même si sa reprise ignoble de la Lambada en version dance fait partie des vidéos les plus vues sur YouTube, en vrai, plus grand monde n’a vraiment envie de lâcher quinze euros dans un album de JLo, de nos jours.

 

 

jennifer lopez booty

 

 

C’est donc là qu’intervient Iggy Azalea, grosse révélation de l’été aux Etats-Unis, pour sauver le single Booty, l’exploitation de A.K.A., et peut-être la carrière de Jennifer Lopez, qui restera toujours, de toute façon, une icône pop bien établie, capable de vivre de ses royalties, après 15 années de bons et loyaux services (et puis bon, dans cinq ans, elle aura cinquante balais, pas si loin que ça d’une Madonna actuelle, et le public cessera probablement, progressivement, d’être admiratif de son fessier et de son visage impeccable, pour commencer à trouver ça au mieux suspect, au pire d’un jeunisme à pleurer). Car si le gros Pitbull était en featuring sur la version album du titre, une invitée de marque ne pouvait pas faire de mal à la version single. Résultat : le titre, bien que pas spécialement marquant, est répétitif juste ce qu’il faut, et a toutes les chances de marcher en clubs, où le public gay s’en donnera à cœur joie en matière de twerk et de voguing, poussant peut-être même le vice jusqu’à se huiler les cuisses dans un body en lycra… Mais je m’égare. Booty est donc, peut-être, l’ultime chance de Jennifer Lopez de relancer son album à la peine et de marquer les esprits avec un single-signature de son identité sensuelle et latine, auparavant si crânement (mais tellement plus subtilement) (comme quoi…) incarnée par des If You Had My Love, Waiting For Tonight ou Ain’t It Funny et leurs clips mettant en scène, déjà, son postérieur généreux, sans pour autant ressentir le besoin de nous le jeter sur le nez. C’est que les temps ont changé, que la vulgarité d’hier n’est jamais que la subtilité d’aujourd’hui, et que s’il est probable que le clip de Booty aurait fait scandale en 2001 (année dont il a d’ailleurs l’air de dater, avec son compte à rebours so « bug de l’an 2000 » évoquant subtilement un de ses anciens clips), aujourd’hui il ne suscite plus que quelques clics distraits et exclamations charmées : du boule ! N’y manque, hélas, que l’ingrédient qui rend tous ces culs « digestes » depuis 2013 : de l’humour…

 

 

 

 

 

En un sens, c’est une bonne chose, car cela veut dire qu’on ne se limite plus à une simple réaction de slut shaming en voyant des décolletés pigeonnants et des derrières s’agitant gaiement sur un écran dans un but de divertissement hédoniste ; mais par ailleurs, ce nouveau rapport aux fesses, apparemment devenu l’obsession de 2014 en musique pop, nourrit une impression très troublante : l’impression que tout cela est bien nouveau. Genre ça n’existait pas il y a trois ans, la slut wave ? Genre ça n’existait pas il y a quinze ans, des chanteuses qui invitaient chacun et chacune à accepter son corps et ses formes, en affichant fièrement leurs courbes et leurs décolletés affriolants de jeunes femmes prêtes à s’assumer et à croquer joyeusement l’existence ? Bah si, et elles s’appelaient Mariah, Geri, Melanie, T-Boz, Beyoncé… et Jennifer Lopez.

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