Pride

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Après Laurence Anyways en 2012 (prix rejeté depuis par cette diva de Xavier Dolan) et L’Inconnu du Lac en 2013, la Queer Palm 2014 fait place à une proposition de cinéma moins alternative, moins subversive, mais probablement tout aussi efficace pour promouvoir la visibilité des personnages LGBT sur les écrans. Pride, puisque c’est son titre, s’inscrit dans la lignée du cinéma « social » britannique, incarné par Tony Richardson, Ken Loach, Stephen Frears… Et comme ces illustres références bardées de prix internationaux, un équilibre unique entre drame et comédie, mais aussi entre réalisme et fiction pure, s’y déploie, de sorte que le film fait une tranquille unanimité critique et publique, pour qui, journaliste ciné ou non, a la chance de le voir.

 

 

 

Le pitch :
Été 1984 – Alors que Margaret Thatcher est au pouvoir, le Syndicat National des Mineurs vote la grève. Lors de leur marche à Londres, un groupe d’activistes gay et lesbien décide de récolter de l’argent pour venir en aide aux familles des mineurs. Mais l’Union Nationale des Mineurs semble embarrassée de recevoir leur aide. Le groupe d’activistes ne se décourage pas. Après avoir repéré un village minier au fin fond du pays de Galles, ils embarquent à bord d’un minibus pour aller remettre l’argent aux ouvriers en mains propres. Ainsi débute l’histoire extraordinaire de deux communautés que tout oppose qui s’unissent pour défendre la même cause.

 

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Et c’est vrai que l’histoire est assez extraordinaire, puisqu’elle est vraie. Le groupe Lesbians and Gays Support the Miners (LGSM) a réellement existé et, dans la Grande-Bretagne Thatchérienne, a vraiment tenté de soutenir les syndicats de mineurs dans leur mouvement de grève, se voyant opposer un refus pour des questions d’images et, chassés par la porte, est rentré par la fenêtre en passant par une municipalité pour verser ses fonds récoltés aux villageois mineurs. L’essentiel du charme du film venant, comme souvent dans les comédies sociales (Billy Elliott, La Part des Anges) du surgissement d’éléments incongrus et comiques dans un contexte social dépressif.

 

 

 

On n’échappe donc pas aux gros clichés, présentés avec plus ou moins de pertinence et de bonheur : le groupe de gays urbains nécessairement bruyants et flamboyants, les ruraux taiseux et bourrus, le jeune gay subissant la pénible de scène de parents mi-furieux mi-éplorés lorsque son homosexualité est découverte, la boîte gay qui a évidemment une backroom SM, les lesbiennes forcément végétaliennes et vindicatives, le couple séro-discordant, ou encore la vieille campagnarde perchée et complètement attachante par sa propension à proférer des énormités sur le ton le plus candide. Mais le tout se laisse regarder grâce à un rythme enlevé et des comédiens en pleine forme. On sent le plaisir pris à tourner ce film et à transmettre cette histoire, et il est communicatif.

 

 

 

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Plus important encore, en dépit d’aspects probablement lissés pour le public de 2014 (crise sociale et sanitaire des villages de mineurs affamés par la grève et l’hiver, homophobie-réflexe des villageois bien vite apaisée, ravages du sida au beau milieu des années 80…), cette initiative quelque peu étrange prise par une poignée de gays gauchistes de Londres, qu’on ne pouvait pas encore qualifier de bobos (et qui, probablement, ne cocheraient pas toutes les cases de ce vocable, de nos jours), est porteuse d’un message intéressant sur les communautés et les communautarismes, qu’on a souvent tendance à oublier aujourd’hui.

 

 

Le personnage de Mark Ashton (joué par le jeune Ben Schnetzer – que j’ai reconnu d’un vieil épisode de Law & Order, où il jouait un meurtrier gérontophile) (parfois ma mémoire visuelle m’amène à des rapprochements étranges) résume très bien cet aspect des choses lors de l’une de ces conversations avec le personnage de Dai : pourquoi soutenir les gays mais pas les mineurs ? Pourquoi soutenir les mineurs mais pas les femmes ? Pourquoi s’organiser en communautés si ce n’est que pour soutenir sa propre communauté ? Soutenir sa propre communauté quand elle est attaquée, oui. Mais pourquoi ne pas soutenir une autre communauté lorsque celle-ci en a besoin ? Les communautés, ce n’est pas forcément les unes contre les autres qu’elles sont pensées, laisse entendre ce film. Un film qui aura donc, peut-être, le don de faire réfléchir le large public auquel il se destine.

 

 

Et après des Queer Palms un peu moins « universelles », celle-ci pourrait bien donner au pendant cannois du Teddy Award son premier vrai succès populaire, à forte caisse de résonnance pour les lauréats suivants. On pourrait souhaiter pire à la visibilité des LGBT, de leur histoire et de leurs luttes.

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