My Fair Selfie

 

selfie group serie

 

Emily Kapnek, la créatrice de Suburgatory, n’aura pas mis longtemps à obtenir à nouveau la confiance d’ABC, après l’annulation de sa série en mai dernier : son nouveau projet, Selfie, prendra l’antenne sur la même chaîne dès la fin du mois de septembre. Et au vu du pilote, elle a ses chances de tenir une saison entière. L’argument de départ de la série, s’il semble artificiellement noyé sous le titre bien dans l’air du temps, n’est en fait qu’une variation sur le mythe de Pygmalion, et même, plus précisément, sur celui de l’un des films les plus célèbres de la filmographie d’Audrey Hepburn : My Fair Lady.

 

 

 

Le pitch, selon Allociné :
A la suite d’une rupture humiliante qui a été filmée et qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux, Eliza Dooley, une jeune femme dans la vingtaine totalement obsédée par son image, devient la risée de ses collègues et de tout internet. Elle a tout à coup plus de « followers » qu’elle ne l’aurait jamais imaginé, mais toujours aucun véritable ami pour la réconforter. Néanmoins pleine de ressources, elle demande de l’aide à Henry Higenbottam, l’expert en marketing de sa boîte, pour redorer son image. Mais l’opération s’annonce délicate : Eliza vit littéralement dans un monde parallèle…

 

 

 

selfie instagram

 

 

Eliza Dooley, Henry Higenbottam… Eliza Doolittle, Henry Higgins… L’allusion à My Fair Lady est trop grosse pour qu’on n’en tienne pas compte. Et, du coup, il y a un léger sentiment de malaise qui apparaît, au vu du pilote, dont les relents de misogynie et de paternalisme tiennent pour beaucoup à ce concept même de pygmalion : un homme riche et cultivé mais mal dégrossi, une dinde idiote et superficielle dont il se propose de faire une « femme bien », un rapport de soumission / rébellion qui s’installe très vite entre leurs deux personnalités opposées et, forcément, leur future incapacité, déjà perceptible, à se résister l’un à l’autre (John Cho ayant bien quinze ans de plus que Karen Gillan, même si cette différence ne semble pas encore jouer). Le tout, appuyé par un discours bien moralisateur sur le fait que le web c’est le maaaaaal, que les réseaux sociaux c’est superficieeeeeeel, et que rien ne vaut les solides relations en face à face, bande de jeunes crétins de la génération Z… N’empêche que la situation consistant à dénoncer et résoudre un problème d’amitiés inexistantes en « rebrandant » une personne comme si elle était un déodorant devenu ringard présente comme une torsion philosophique, qu’Emily Kapnek semble vitre perdre de vue. Comme si, noyée dans le contexte qu’elle dénonce, elle perdait vite son recul et cherchait à comprendre un monde superficiel en apparence plutôt que de l’opposer de manière manichéenne à un « vrai monde » où vivent les « vrais gens ». Un peu comme dans Suburgatory, en somme : à se plonger au cœur d’une communauté grotesque par sa traduction extrémiste des valeurs consuméristes, l’auteure laisse entendre que ce microcosme en apparence visible reflète, bien plus qu’il en a l’air, un système de pensée qui a infiltré notre époque bien au-delà des banlieues chic à country clubs ou, ici, des cercles d’influenceurs urbains hyperconnectés.

 

 

 

Ainsi, la série semble vouloir prendre une direction plus modérée que son constat un peu extrême de départ (la première scène, dans l’avion, un peu outrancière quoique drôle) et faire des deux héros de la série deux inadaptés sociaux coincés aux deux extrêmes de la connectivité : un mec refusant tout compromis et toute forme de soumission aux diktats des relations sociales modernes (et qui s’est, du coup, au moins autant isolé que son élève), et une fille tellement braquée sur l’idée d’être célèbre qu’elle ne sait plus trop pourquoi des gens devraient l’aimer (qui s’avère bien seule dès qu’il lui arrive une vraie galère non virtuelle). Mais sans en faire des victimes pour autant : si elle est une quiche égocentrée, elle sait mieux que lui comment se faire apprécier spontanément ; s’il a un balai dans le cul, il sait mieux qu’elle ce qu’on attend de lui en société. Il y a donc fort à parier qu’Eliza devrait autant forger un nouveau Henry qu’Henry formatera une nouvelle Eliza aux codes de relations sociales déconnectées et désintéressées. Reste à savoir si un tel argument peut tenir une saison entière.

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