SMS : aussi marquant qu’un SMS

sms tonquedec

 

Il y a une tristesse, dans la nullité de certains films : ce n’est pas une nullité crasse, atroce et gênante, juste une nullité basique. Et parfois, je me demande ce que je préfère. La nullité crasse et flamboyante de Lucy, vrai gros nanar complètement grotesque, dont le Grand-Guignol et la bêtise absolue génèrent nécessairement une réaction épidermique, fût-elle d’adoration ? Ou bien la nullité douce et tranquille de SMS, qui fleure bon le téléfilm qu’on aura oublié deux jours après ? Je ne suis pas sûr. Le nouveau film de Gabriel Julien-Laferrière, réalisateur du très surcoté Neuilly sa mère !, n’a en tout cas pas grand-chose pour lui à part son interprète principal, qui fait ce qu’il peut.

 

C’est dommage, en tout cas, car Guillaume de Tonquédec, toujours aussi sympathique depuis son César pour Le Prénom et son succès populaire dans Fais pas ci, fais pas ça, porte avec énergie et courage son premier film en tant que tête d’affiche. Ah, il est loin le temps de la pub du Crédit Lyonnais et de Monsieur Bertin (une pub que tout le monde adorait mais que, bien évidemment, je détestais). Mais là, il n’y a rien à faire, c’est bêtement nul. Pas du nul cradingue, hein, juste du nul qui laisse froid et indifférent. Peut-être est-ce pire, donc.

 

 

Le pitch de SMS :
9:00 Laurent reçoit un SMS / 9:01 Il se fait voler son portable
9:30 Son fils disparaît / 10:00 Sa maison brûle / 10:15 Sa femme le quitte
10:30 Son entreprise est liquidée / 11:00 Il est en garde à vue.
Et ce n’est que le début des emmerdes…

 

 

sms tonquedec incendie

 

 

Bon, en vrai, il n’aura pas beaucoup d’autres emmerdes, si ce n’est de se retrouver par inadvertance (mais pas tellement par hasard) au cœur d’une sombre affaire de séquestration en cherchant à retrouver sa femme et son fils. Mais franchement, en plus d’être improbable (mais à la limite, ce n’est pas le problème, au contraire), le concours de circonstances qui fait de la journée de Laurent un best-of de VDM nous laisse indifférent : un seul SMS (celui qui donne son titre au film) a une vague importance dans le film, mais ne déclenche même pas la suite des événements. Tout est amené trop vite, sans drôlerie, sans prendre le temps d’amener les situations, et les maigres clichés mobilisés sont mollement présentés puis balancés sur le bas-côté, sans un regard en arrière du scénariste : l’entrepreneur escroc qui a refait le toit, la banquière acariâtre, la maîtresse bonnasse, l’employée qui abuse un peu des largesses de son patron-pote, l’amant vantard… Tous ces clichés nous sont jetés dans les pattes puis sont évacués presque aussi vite, sans résolution, pour que le personnage principal puisse continuer à avancer dans son improbable suite d’emmerdes. Le pauvre Laurent court dix lièvres à la fois, et à la fin on a l’impression qu’aucun de ses « problèmes » (son frère un peu dingue, son flirt avec son amour de jeunesse, sa boîte qui coule…) n’a trouvé de résolution crédible et/ou satisfaisante à l’écran (la palme revenant à un message vidéo reçu par le héros alors que son interlocuteur ne l’a manifestement pas envoyé avant de lâcher son téléphone), du coup on se demande un peu ce qu’on a fichu là.

 

 

 

L’erreur majeure, mais je serai peut-être le seul à penser cela, aura été de coller Franck Dubosc dans le rôle du frère frappadingue… alors que Tonquédec aurait été bien meilleur en second rôle givré, et Dubosc en papa rigolo mais complètement dépassé (cf. Le Monde Nemo). Car si Tonquédec est assez bon dans le rôle principal, Dubosc n’est ni drôle ni poignant dans le second rôle peu bavard qui lui a été confié. Mais bon, ce n’est que mon avis. N’en reste pas moins un film faiblard, sans grand intérêt dans ses moments comiques comme dans son message social balourd sur l’hyper-connectivité, qu’on n’a même pas envie de détester tant il n’a juste rien de bon ni rien d’horriblement nul à nous offrir : un téléfilm, en somme, rendu vaguement subversif par une Anne Marivin nue et présentée comme une libertine fréquentant plusieurs amants en même temps… Mais franchement ça fait pas lourd.

 

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