Before I Go To Sleep

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Nicole Kidman n’est plus une actrice à la mode. Si son heure de gloire est probablement à situer du côté de 2001 (avec les sorties de Moulin Rouge! et Les Autres) ou de 2003 (avec son oscar pour The Hours), l’actrice australienne est depuis passée un peu plus sous le radar. La faute à des films plus discrets (Rabbit Hole, Margot at the Wedding, Birth), à des soupçons de botox qui l’auraient rendue complètement placide et inexpressive, et à quelques spectaculaires plantades commerciales (Australia, Ma Sorcière Bien-Aimée, Grace de Monaco) qui l’ont, peu à peu, coupée de son public, écornant son image de « plus grande actrice d’Hollywood », bankable et au parcours sans faute. Maintenant qu’elle approche la cinquantaine et le douloureux cap de la merylstreepisation de sa carrière d’actrice (que certaines réussissent et d’autres moins), Nicole Kidman peut toutefois compter sur ce qui a fait sa renommée mondiale : les rôles dramatiques de femmes triturées par des évènements douloureux. C’est bien cela qui, plus qu’autre chose, la différencie aux yeux du public d’autres grandes beautés plastiques comme Julia Roberts ou Sandra Bullock, mégastars portant elles aussi impeccablement la robe fourreau sur le tapis rouge des oscars.

 

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Dans Before I Go To Sleep, Nicole joue un rôle qui lui va à merveille : la femme paumée qui ne comprend rien à ce qui lui arrive et lutte pour ne pas succomber à la panique / se sortir de ce mauvais pas. Ici, elle joue Christine Lucas, une femme présentant une forme particulière d’amnésie. La même, à peu près, que celle du personnage de Leonard dans Memento, le film de Christophe Nolan sorti en 2000. A savoir : elle n’a plus de mémoire à court terme, à la suite d’un traumatisme crânien. Ou, pour le dire autrement : chaque matin, quand elle se réveille, elle ne se souvient plus de la veille. Sa mémoire, endommagée, ne remonte désormais pas plus loin qu’aux alentours de ses vingt ans, quand elle était étudiante… alors qu’elle en a maintenant quarante et est mariée.

 

 

 

Christine se lève donc, chaque matin, dans un lit qu’elle ne connaît pas, auprès d’un homme qu’elle ne connaît pas, dans un corps qu’elle ne reconnaît plus. Et chaque matin, son mari Ben doit lui réexpliquer qui il est, qui elle est désormais, et selon les jours elle réagit plus ou moins bien.

 

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Il y a une exploration philosophique intéressante dans le pitch de ce film, adapté d’un roman de S. J. Watson : celle d’un personnage en perpétuelle chute libre, qui ne bénéficie même plus de la reconstruction de sa mémoire, qu’elle doit recommencer chaque matin, et qui est contrainte, sans jamais s’en souvenir, de se méfier en permanence de ce qu’on lui dit.

 

 

 

Mais le film de Rowan Joffé néglige assez vite les pistes contemplatives et oniriques et se concentre, sur un récit ramassé d’1h32, sur l’aspect thriller de tout cela. Ce qui n’empêche guère les acteurs d’être excellents, mais nous fait peut-être passer à côté de ce que Before I Go To Sleep aurait été, sous la patte d’un réalisateur plus soucieux d’explorer la pression et la peur, jusqu’aux confins de la folie, que doit ressentir son héroïne.

 

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Car, on le comprend vite en voyant les tronches des deux acteurs pas tibulaires mais presque qui encadrent Nicole Kidman sur l’affiche (Mark Strong, le méchant du premier Kick-Ass, et Colin « Mark Darcy » Firth), Christine est à la merci des deux hommes qui règnent sur sa vie, vraisemblablement à l’insu l’un de l’autre : son médecin, qui la soigne sans que son mari ne semble au courant, et son mari, donc, qui semble épuisé de revivre chaque jour une première rencontre avec son épouse et de la laisser livrée à elle-même dans une maison qu’elle ne connaît pas. Les deux lui mentent, mais pour des raisons qu’ils réussissent à justifier, à lui présenter comme nobles : ne pas la perturber, ne pas la faire souffrir inutilement en lui avouant un truc qu’elle aura oublié le lendemain, ne pas revivre une scène douloureuse déjà vécue trop de fois, ne pas entraver ses progrès alors qu’elle commence à se rappeler de certaines choses… Mais l’un des deux lui ment un peu plus que l’autre, et probablement pour une raison très grave. Lequel ?

 

 

Le film se limite un peu à ce suspense-là, et si l’on savoure la première demi-heure, durant laquelle nous avons à peu près le même niveau d’information que Christine, on est un peu gêné, après le twist final, par la conclusion un peu kitsch. Before I Go To Sleep est au final un thriller correct qui semble avoir renoncé, en route, à être un peu plus que ça. Restent Nicole Kidman, impeccable de bout en bout, et ses deux acolytes principaux qui rivalisent d’ambivalence. Ce qui est déjà pas mal, pour un thriller.

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