Gone Girl – David Fincher

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Qu’on ne se méprenne pas : oui, j’ai bien aimé Gone Girl. J’ai trouvé que le film était rythmé, que les acteurs étaient convaincants, que Rosamund Pike avait la froideur d’une beauté hitchcockienne et qu’elle s’était considérablement améliorée depuis Miranda Frost, que Ben Affleck était, sans surprise, crédible en voisin beau gosse un peu benêt et dépassé par les événements, que la mise en scène de David Fincher était comme souvent d’une grande beauté fluide et technique, que les rebondissements étaient à peu près tous là, et que globalement on passe un super moment…

 

 

Oui mais. J’en viens à me demander si le matériau originel, le livre de Gillian Flynn, était si transposable que cela à l’écran. C’est d’autant plus troublant que Gillian Flynn signe elle-même le scénario de cette adaptation. Mais je trouve qu’il y manque certaines choses et que, du coup, le film n’a pas du tout la même saveur que le livre, abstraction faite de son constat ultra-pessimiste sur un mariage dans lequel on ne resterait que par un certain renoncement (pour les enfants, pour honorer les amants que l’on fût un jour, parce que l’on se tient mutuellement par les couilles…).

 

 

 

Alors certes, ce n’est pas évident de tout recaser, car le livre est dense (environ 600 pages), et le film fait déjà 2h25, sans trop de temps morts : s’il avait tenu à restituer le livre page par page, Fincher aurait considérablement alourdi son film. On laisse donc échapper, ou survole très rapidement, quelques éléments et sous-intrigues qui étaient évitables : la relation complice et progressivement tendue entre Nick et ses beaux-parents face à l’épreuve, le père de Nick, la mère de Nick qui servait notamment de témoin quant à la peur-panique du sang d’Amy, la détestation qu’Amy nourrit secrètement envers ses parents, la nuit de contrebande de Jeff et Amy, la mère de Desi Collings, les distances progressives prises entre les deux époux lorsqu’ils perdent leurs jobs à New York (période floue au cours de laquelle leurs récits respectifs divergent, notamment cette fameuse soirée arrosée avec les copains licenciés, lors de laquelle Nick pose un lapin à Amy et qui nourrira une partie de la fameuse diatribe sur la « cool girl »), la complicité entre les deux sur la notion de « singe savant »…

 

 

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Mais bon, ça, à la limite, ce n’est pas grave : ça nourrit l’économie du récit filmé, garantit une partie du rythme.

 

 

Non, ce qui m’a le plus gêné, en revanche, c’est que le film semble beaucoup plus binaire que le livre. C’est peut-être dû au rythme de lecture, qui est forcément différent de celui d’un film de 2h25, qui se consume beaucoup plus vite (l’audio book du roman dure dix-neuf heures). A la lecture du roman, ce qui m’avait frappé, en me plongeant dans le journal d’Amy, c’est que je la trouvais plutôt sympathique et que je trouvais Nick très limite, arrogant, s’appuyant sans vergogne sur l’aisance financière de sa femme pour s’éviter les nuisances de l’existence, tandis qu’à la lecture du récit de Nick, dans les jours suivant la disparition de sa femme, on le découvrait colérique, immature, pleutre, misogyne comme son père, prompt à ne pas assumer ses faiblesses et à les rejeter sur les femmes en général et sa femme en particulier, et ça transparaissait davantage que dans un simple « Tss, women… » murmuré par Ben Aflleck devant sa télé… Bref, Nick ne sortait grandi d’aucun des deux « récits » de la première partie, et c’est dans la deuxième que les choses se rééquilibraient et qu’on se rendait compte qu’il n’était pas tant que ça à blâmer.

 

 

 

 

Or, dans le film, le sentiment général est différent, presque masculiniste : Nick est juste un type simple, pas très malin mais cool, qui subit l’affreuse machination d’une épouse siphonnée et l’acharnement de harpies télévisuelles qui hurlent au sang de mâle hétérosexuel blanc. C’est du moins ce que j’en ai perçu. Lui et son avocat (dont l’épouse a, elle aussi, disparu entre le roman et le script du film) jouent presque le rôle de « comic relief », dans leurs échanges, pour détourner un peu la tension du thriller, rigolant en causant fric et femmes cinglées. Le personnage de Tanner Bolt, qui paraît moralement ambigu, assez présent, et décisif dans le livre, semble ici n’avoir que dix pauvres répliques. Du coup on a l’impression que Nick est très très seul face à des femmes revêches assoiffées de vengeance et d’émasculation face à son inoffensif numéro de gentil playboy… Bah non, pardon, mais l’idée du livre c’était quand même de montrer que Nick n’était pas pour rien dans ce qui lui arrivait (même si, le pauvre, il n’avait pas vu venir que sa femme était une psychopathe), et que dans le fond, Amy et Nick se méritent un peu l’un l’autre… On n’était pas si désolé pour Nick à la fin du livre qu’on ne l’est à la fin du film, qui fait de lui un mec sympa et placide dont les conséquences de sa fortuite infidélité lui ont totalement échappé, alors qu’il était bien plus que ça dans le roman. J’aurais, je crois, vraiment aimé découvrir le film sans avoir lu le livre, le twist du milieu du récit étant forcément gâché pour moi, et les nuances entre roman et film ayant fini par polluer mon regard sur le travail de David Fincher.

 

 

 

 

La vraie consolation, c’est le rôle de la fliquette, Rhonda Boney, admirablement campée par Kim Dickens, et qui incarne à merveille le point de vue à peu près équilibré (ni trop à charge, ni trop crédule) du spectateur qui découvre toute l’histoire au fur et à mesure et a le même niveau d’information que nous. La seconde partie, qui suit le twist du milieu du film, est également très bien, rythmée et tendue : on se surprend à espérer qu’Amy va s’en tirer, la fameuse scène de sexe avec Desi apporte un véritable plus par rapport à celle que décrivait le livre, le déroulement se fait assez bien. Mais cela semble encore plus invraisemblable que dans le livre : le rythme auquel cela va, la sensation progressive d’être prisonnière, les caméras de surveillance qui la filment consentante mais qu’elle encourage les policiers à retrouver pour une malheureuse scène où elle feint grossièrement la panique derrière une vitre, l’interrogatoire de police qui coupe très très vite court en dépit des questions pertinentes de Boney… Bref, faute de temps à l’écran, Amy Dunne a l’air beaucoup moins préparée, beaucoup moins prête à toute éventualité, beaucoup moins « machine de guerre avec cinquante coups d’avance sur son mari » que la jeune femme réfléchie et très exigeante qu’elle est dans le roman. Elle est juste une version adulte, calme et bafouée d’Emily Thorne. Ce qui est déjà pas mal, me diras-tu. Et n’enlève rien aux qualités d’interprète de Rosamund Pike, donc. C’est juste que tout cela rend moins bien, moins clair, en images qu’en mots.

 

 

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Where the fuck is Victoria Grayson ?

 

La fin du film perd également l’occasion d’aller un peu plus loin que le livre : comme dans le roman, on s’arrête sur Nick et Amy, réunis, ce dernier se « forçant » à rester auprès d’une psychopathe pour le bien de son enfant à naître, et accessoirement pour ne pas que sa femme se retourne contre lui dans les médias. Il est dommage de ne pas explorer plus avant, histoire de conclure le film différemment, les conséquences que ce revirement de Nick va avoir sur sa vie future : ses relations avec ses beaux-parents, avec sa sœur, la personnalité de son enfant, la manière dont les deux parents vont le manipuler, la manière dont il va guetter le moindre instant où Amy baissera sa garde… Mais non, on reste sur la même fin (alors que la romancière / scénariste s’est amusée, la vilaine, à teaser dans les médias une fin différente de celle du livre), et le film perd une nouvelle opportunité d’apporter un supplément, une valeur ajoutée à ce que racontait le roman.

 

 

Dernier point négatif, et non des moindres : on nous promet la bite de Ben Affleck en full frontal, et nada, que pouic, c’est tellement subliminal qu’à moins de faire arrêt sur image sur le Blu-Ray, jamais tu sauras si Jennifer Garner chausse vraiment du 22cm. Le seum.

 

 

En résumé, Gone Girl, c’est pas mal. Mais, sans snobisme aucun, préférez le livre.

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