Homeland saison 4 : reset ?

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homeland carrie frannie

Les auteurs de Homeland sont taquins. Vu de 2014, Corey Stoll était, sur le papier, une belle prise pour une série de prestige sur le câble, tout auréolé du second rôle qui le fit connaître dans House of Cards, et du rôle principal de The Strain. Un solide acteur, à même de compenser l’absence de Damian Lewis, à défaut de le remplacer, aux yeux des critiques. Peut-être pas dans un premier rôle (le monsieur est très occupé, il tourne beaucoup pour le cinéma dernièrement), mais dans un second rôle intéressant, en chef de station de la CIA à Islamabad, travaillant avec Carrie mais ayant, comme elle, tendance à jouer les loups solitaires et à faire cavalier seul dans ses opérations.

 

 

 

Et puis, voilà que le personnage de Corey Stoll, Sandy Bachman, meurt dès le premier épisode. Alors, certes, sa mort va générer l’enquête qui animera toute la saison 4 dans la foulée (Qui était la source de Sandy ? Pourquoi a-t-il été trahi et balancé aux médias pakistanais ? Quels étaient les termes de son partenariat avec sa source ?…), mais tout de même, il fallait oser. Ce n’en est pas moins une excellente idée de la part des auteurs de Homeland : il y a l’effet de surprise, bien sûr, qui va un peu à l’encontre de ce à quoi on pouvait s’attendre pour un « guest » de cette envergure, mais il y a aussi une certaine science du casting. Il fallait un excellent acteur, mais aussi, si possible, un visage relativement familier, pour que le public s’attache vite au personnage de Sandy, et en ait quelque chose à foutre de l’enquête sur sa mort, par la suite. En trois ou quatre scènes, relativement peu bavardes, Corey Stoll a mis en place un personnage suffisamment intéressant et mystérieux pour qu’on ait envie d’en savoir plus, qu’on se demande comment allaient se passer ses interactions avec l’héroïne de la série… et donc pour qu’on n’en ait pas rien à battre de sa mort. Les quelques minutes qui précèdent son tabassage à mort en pleine rue sont d’ailleurs dans la veine des meilleurs moments de Homeland, depuis ses débuts : des scènes où les notions d’espionnage et de risque prennent corps, avec une course contre la montre et un individu à peu près seul face à une mort quasi-certaine, nerveuses, tendues, bourrées de suspense… C’est Carrie enfermée dans l’entrepôt d’Abu Nazir, Brody s’échappant du siège du Corps des Gardiens de la révolution islamique après avoir tué Abkari, Dana tentant de joindre son père au moment où il s’enferme dans le bunker avec la moitié des hauts-gradés américains pour les faire sauter… On ne sait pas ce que les scénaristes vont oser à partir de là, mais on a un affreux doute (qui se concrétise ou non, par la suite) (l’important n’étant pas là) (quoique).

 

 

corey stoll

 

Outre cette surprise autour de Corey Stoll, la saison 4 de Homeland « redémarre » la série sans pour autant nier ses trois premières saisons. Frannie, le bébé de l’amour interdit de Carrie et Brody (cliché s’il en est) rappelle le traumatisme qu’a été toute cette histoire, jusqu’à présent, pour l’héroïne de la série. Mais elle n’est pas au centre de l’intrigue, loin de là. On sent qu’on n’en a pas encore tout à fait fini avec Brody, mais ce ne sera plus l’obsession de Carrie : le réhabiliter n’est pas à l’ordre du jour, et on est gentiment priés d’oublier la famille Brody, dont les scénaristes ne savaient de toute façon plus quoi faire en saison 3. N’empêche que Homeland recommence à explorer, ailleurs et autrement, les mêmes thèmes : la conciliation privé / public, la gestion des émotions et de la mauvaise conscience, l’obsession américaine de maîtriser les dangers extérieurs, l’envie de se faire respecter de la hiérarchie sans pour autant se sentir soumis…

 

 

Homeland-Drone_Queen-Aayan_Ibrahim-Suraj_Sharm

 

 

 

Mieux encore, Homeland saison 4 semble orienter son intrigue autour d’un nouveau personnage, central mais hors giron de la CIA, qui représente, lui aussi, le potentiel de naissance d’un terroriste, d’un « gentil » qui pourrait avoir été « retourné » par les circonstances : Aayan, un jeune pakistanais qui, comme Brody, a assisté au massacre injuste d’innocents, dans une attaque de drone pilotée à distance par une armée américaine un peu trop déconnectée des conséquences humanitaires de sa guerre contre le terrorisme… Mais Aayan, a priori, ne semble pas du même bois que Brody : poussé à l’extrémisme et aux représailles par son colocataire, il n’a pas vraiment envie de répondre au sang par le sang, sachant trop bien que ce genre de dynamique, une fois lancée, ne s’arrête plus jamais. Toujours est-il que ses interactions avec Carrie, dont il ne sait pas encore qu’elle a validé l’attaque qui a tué sa famille, devraient être intéressantes, dans les prochains épisodes. Un traumatisme similaire pourra-t-il mener à une conclusion différente ?

 

 

 

Ici, Carrie a donc changé de position, mais elle est plus directement responsable du drame qui s’est joué. Même si le seul vrai contradicteur qu’elle a eu jusqu’à présent a été un jeune officier qui l’a traitée de monstre, et même si son enquête sur la mort de Sandy Bachman révélera probablement que le catastrophique ratage du premier épisode était inévitable, elle occupe désormais une position plus déterminante, mais également plus risquée, plus redevable d’explications, dans la guerre américaine contre le terrorisme. Elle ne se contente pas de réparer un marasme diplomatique et ses possibles conséquences terroristes : elle a appuyé sur le bouton qui a provoqué tout cela.

 

 

homeland claire danes

 

Et Claire Danes, je dois le dire, est plus géniale que jamais dans son rôle : Carrie, anesthésiée par ses médicaments, est globalement maîtresse d’elle-même et d’une froideur robotique, mais sa bipolarité n’est pas très loin sous la surface guindée, et son absence de remords verbalisés ne signifie pas que plus rien ne l’atteint, comme on l’entraperçoit au détour des scènes où elle repasse dans la rue ou devant la voiture déglinguée où elle a failli mourir. Plus important encore, sa quête de vérité génère un véritable suspense pour la suite de la série : convaincue, à la suite d’une très troublante scène de bain, qu’elle est un danger pour son enfant, Carrie se sait trop obsédée par sa mission du moment (découvrir la vérité sur Sandy Bachman) pour prendre soin de sa fille sans la négliger. Une fois la vérité trouvée, saura-t-elle revenir vers sa fille ? Ou bien sa passion pour son job sera-t-elle trop forte ? Ou bien, encore, n’est-elle simplement pas faite pour la maternité ?

 

 

On est un peu tristes pour la future psychothérapie de Frannie, mais il est suffisamment rare que la télévision aborde ces questionnements, sans jugement, chez un personnage féminin de premier plan, pour apprécier pleinement la composition de Claire Danes et la profondeur abyssale de l’âme de Carrie Mathison. Je ne sais pas où vont aller toutes ces histoires d’enquête, de relation distendue avec Saul ou de rapprochement amoureux tordu avec Quinn, mais je suis d’ores et déjà convaincu que j’irai au bout de la saison 4 de Homeland. Et sans Brody ni la dynamique relationnelle qui animait la série depuis son pilote, ce n’était pas gagné.

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