La Pop-Pouffe d’octobre

 

 

Grâce à l’album Beyoncé, de Beyoncé, il y a bientôt un an, les ondes FM se sont un peu ouvertes au R’n’B dit « alternatif », qui a adopté aux États-Unis le doux sobriquet de PBR&B. Pourquoi PBR&B ? Il s’agit en fait d’un nom-valise, mélangeant le terme R’n’B avec le diminutif de Pabst Blue Ribbon, une bière essentiellement connue pour être très prisée… des hipsters. Fini, donc, le R’n’B commercial et fun des années 2000, et place à un R’n’B alternatif, planant et dark ? Pas sûr. En tout cas, porté par quelques artistes ayant réussi à percer à un niveau relativement mainstream tout en revendiquant à fond une identité « indé » (Frank Ocean, The Weeknd, Janelle Monae) et désormais adoubé par la reine Beyoncé (Haunted, Superpower, No Angel), le PBR’n’B tente de se frayer un chemin jusqu’aux playlists NRJ et aux sommets des charts singles. Si Lorde a pu le faire pour la pop, pourquoi Banks ou FKA twigs ne tenteraient-elles pas leur chance, côté R’n’B ?

 

 

fka twigs water me

 

 

Et FKA twigs part avec une petite longueur d’avance. Il y a d’abord cette « tronche », ce physique atypique, ces yeux cartoonesques, cette bouche en cœur qui, bien au-delà de son seul piercing au nez, nous font enregistrer son visage très vite. Cette polémique sur son nom de scène, Twigs, qui était déjà utilisé par un autre artiste, et auquel elle a malicieusement accolé FKA (pour « Formerly Known As »), donnant naissance à un nom de scène encore plus curieux, encore plus marquant pour ceux qui le croisent. Cette manière de se mettre en scène avec, visiblement, une haute conscience de soi et un désir appuyé de se montrer hype et pointue comme Lady Gaga a pu le faire à une certaine époque (mais, ici, sans sous-texte queer ni passion particulièrement affichée pour la mode et les couturiers). Ce background de danseuse dans des vieux clips de Jessie J. Cette peoplisation express depuis que son nom est associé à celui de Robert Pattinson. Et, bien sûr, sa manière, déjà bien maîtrisée, de créer l’évènement via ses contenus vidéos. En deux « clips » livrés ce mois-ci, FKA twigs a ainsi commencé à retenir l’attention des internautes semi-endormis sur leurs PC.

 

 

 

 

Il y a d’abord eu son projet pour Google Glass il y a quelques jours :

 

 

 

Et donc, hier, Video Girl, clip illustrant, sans qu’on comprenne trop où elle veut en venir, les horreurs de la peine capitale. C’est que, s’agitant sur le condamné à mort, on ne sait pas trop ce que la chanteuse illustre : l’horreur de l’incongruité d’une danse joyeuse dans un moment pareil ? Une « apparition » de la victime d’un meurtrier qui vient le chevaucher pour fêter ça ? Bof, on sait pas trop, mais le résultat est creepy à souhait, et pourrait contribuer à faire parler d’elle, dans les prochains mois. Après tout, on approche de l’hiver et des cérémonies de récompenses musicales, et si Charli XCX, Iggy Azalea, Sam Smith ou Tove Lo sont des valeurs sûres ou montantes pour le Grammy Award de la révélation de l’année, n’oublions pas que celui-ci avait un jour échappé à Justin Bieber au profit de l’improbable Esperanza Spalding.

 

 

 

'Esperanza Spalding' Wiki Page Hacked By 'Justin Bieber' Fans

 

 

 

Les artistes underground peuvent toujours créer la surprise, à l’image d’une Lorde qui pouvait sembler condamnée à rester une lubie de blogueurs musique avant que Royals, contre toute attente, ne devienne l’un des tubes de l’année 2013. FKA twigs a toutefois intérêt à se dépêcher, si elle veut percer dans la sphère mainstream tout en sentant le soutien des sphères hipsters dans son dos : le PBR&B, chez les hipsters, c’est déjà so 2012, apparemment.

 

 

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