Le Labyrinthe

le labyrinthe

 

 

Je sais pas trop pourquoi, mais les blockbusters adolescents post-apocalyptiques me divertissent toujours avec succès. Je dois avoir le bon âge, ou être de la bonne génération pour cela. Alors certes, tous ne sont pas hyper réussis, et n’ont pas la profondeur psychologique ni le sens jouissif du Grand-Guignol d’un Battle Royale, mais ce sont toujours d’agréables moments en salles. Le fond de sauce est toujours le même : un héros / une héroïne teenager « spécial », qui va foutre le bordel dans un grand jeu de massacre injuste et tyrannique, imposé par des adultes pour des raisons souvent politiques, et qui va restaurer la justice et la liberté du monde entier à la seule force de son courage, de son ingéniosité et de son amûûûûûr. Il sera question de survie, de choix, de pertes d’êtres aimés, et si possible de communion avec la nature (pour le mode survie et la métaphore écolo), en arborant des fringues aussi intemporelles que possible pour que le stylisme futuriste ne rebute pas trop les téléspectateurs de Netflix en 2025. Et presque à chaque fois, le héros est le seul, de tous ses copains de galère remarquablement archétypaux et placides, à avoir un talent particulier qui va lui sauver les miches à de multiples reprises, ou des flashbacks hyper utiles pour faire avancer l’intrigue, ou une personnalité rebelle refusant la dictature quand tous les autres ont l’air d’avoir baissé les bras. Ou tout ça à la fois. Bon. C’est pas toujours hyper vraisemblable, mais il faut bien que le spectateur se projette dans quelqu’un en particulier, hein.

 

 

Le Labyrinthe (adapté, sans surprise, d’une saga littéraire pour ados, intitulée L’Épreuve, et dont le premier tome s’intitule donc The Maze Runner) (les deux tomes, et probables deux volets suivants, s’intitulant The Scorch Trials – La Terre Brûlée – et The Death Cure – Le Remède Mortel) (y’aura plus trop de labyrinthe dedans) ne déroge pas à ces règles, avec son héros qui, à la seconde où il entre en jeu, met fin à trois années de survie à peu près harmonieuse chez ses co-survivants. Mais bon, comme c’est pour enfin les sortir de ce simulacre de vie pour les ramener vers la liberté, ça va.

 

 

the_maze_runner_2014

 

Le pitch :
Quand Thomas reprend connaissance, il est pris au piège avec un groupe d’autres garçons dans un labyrinthe géant dont le plan est modifié chaque nuit. Il n’a plus aucun souvenir du monde extérieur, à part d’étranges rêves à propos d’une mystérieuse organisation appelée W.C.K.D. En reliant certains fragments de son passé, avec des indices qu’il découvre au sein du labyrinthe, Thomas espère trouver un moyen de s’en échapper.

 

 

 

On a donc ici un des héros de Teen Wolf, une série MTV où tout le monde à des abdos de béton sauf lui, qui s’impose en héros rebelle et charismatique qui, bien que paumé et amnésique comme tous ses copains (j’espère que la fin de la saga amènera une explication plausible sur la manière de jouer avec la mémoire de gens en ne leur laissant que quelques bribes de type prénom, ingéniosité « naturelle » et vocabulaire, tout en effaçant tous leurs souvenirs et en ne provoquant pas de dommages cérébraux) (et surtout, pourquoi), a tellement la curiosité et la soif de liberté chevillées au corps qu’il va défier le système.

le labyrinthe teresa

Y’a une meuf, aussi, histoire de dire qu’il y a une meuf alors que seuls des garçons ont été envoyés au centre du labyrinthe pendant trois ans, parce que bon si y’a pas d’espoir de couple hétérosexuel amoureux et uni marchant vers le coucher de soleil à la fin du dernier volet, pourquoi on regarderait, hein ? Y’a aussi le gamin roux qui était mignon dans Love Actually mais moche dans Game of Thrones, et un méchant qu’on reconnaît immédiatement comme méchant grâce à ses sourcils diaboliques, alors qu’en vrai il a la conviction d’une ampoule et qu’il n’est pas si agressif que ça, presque ambivalent, en fait.

 

 

Sérieusement, quel est le fuck avec ces sourcils ?
Sérieusement, quel est le fuck avec ces sourcils ?

 

Ce qui est bête, c’est que je pensais vraiment qu’il allait être question d’un labyrinthe, avec de longues virées dedans, des héros qui se perdent et des dangers à tous les angles. Mais en fait, pas trop. Le labyrinthe, ici, est plutôt une sorte de bunker / casse-tête géant qui semble avoir été créé (à grands coups de millions de dollars) par une organisation totalitaire, dont on se demande bien comment elle a eu l’idée, le temps, la logistique, l’autorisation et les fonds pour construire un truc pareil. Enfin bref, le truc c’est pas un labyrinthe, c’est juste un rubik’s cube sadique. Donc pas de dédales sans fin ni de vertiges de l’égarement dans ce premier volet. Dommage, c’était mon point d’accroche.

 

The_Maze_Runner

 

Pour le reste, c’est plutôt efficace, avec une structure narrative simple et un rythme assez enlevé. J’ai été globalement frustré par le manque d’explications à tout cela, même si on est un peu plus avancés au début qu’à la fin du film : ce que j’apprécie dans Hunger Games, c’est que, si peu plausible qu’elle soit, on a l’explication politique à la raison pour laquelle des ados sont envoyés à une mort certaine, ou du moins statistiquement hautement probable. Dans Le Labyrinthe, non. On devra attendre. C’est à la fois excitant et furieusement frustrant : le début d’explication en fin de film pourrait très bien n’être qu’un tissu de mensonges, et la « noble » raison invoquée pourrait ne pas du tout exister, et ne servir qu’à couvrir le divertissement sadique d’un public regardant des candidats de télé-réalité tenter de s’échapper d’un loft mortel, pour ce que j’en sais. Ils ont intérêt à être bons sur les deux prochains volets, en somme.

 

 

 

Car si Hunger Games reste, pour le moment, supérieur au Labyrinthe à mes yeux, c’est surtout parce que la dramaturgie de la saga ne m’échappe pas : contexte politique, background des personnages, personnalités à l’œuvre… Le Labyrinthe, lui, distille quelques leçons de vie sur la solidarité et le courage de prendre des risques pour vivre une vie qui en vaille la peine, mais nous laisse surtout entrevoir qu’une saga intitulée L’Épreuve pourrait, au final, n’être qu’un jeu télévisé destiné à dégoter l’ado le plus débrouillard d’un casting de Koh Lanta. Ce serait moche.

2 réflexions au sujet de « Le Labyrinthe »

  1. Bonjour,
    J’ai pas encore vu le film mais juste pour te rassurer ce n’est pas du tout un koh lanta (même si ça peut en avoir l’air). Quand le teaser est sorti je me suis précipitée sur les livres et j’ai beaucoup aimé. La suite devrait éclaircir un certain nombre de choses mais jamais autant que la lecture des livres. L’ignorance des personnages (et donc des spectateurs) fait partie de l’histoire, il faut donc être patient.
    Bonne journée

    1. Merci pour ton commentaire. Cette ignorance est à la fois frustrante et excitante, en somme. Et c’est probablement ça qui, en dépit de mon caractère de râleur, me fera revenir pour les volets suivants. Ils ont intérêt à être éclairants, par contre, sinon je vais ronchonner. 😉

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