Magic in the Moonlight

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Avec sa régularité de métronome, vient le Woody Allen annuel. Chaque année, ces films, pas toujours excellents mais jamais indigents, nous offrent l’une des rares opportunités d’assister, en tant que contemporains, au lent accouchement de ce que nos futurs petits-enfants seront amenés à considérer, à travers des rétrospectives et autres expos intellos, comme l’une des œuvres majeures du cinéma de la fin du XXème siècle : la carrière d’un prolifique acteur-réalisateur, aux contours personnels flous et parfois sulfureux, qui aura consacré la majeure partie de sa vie à livrer, pièce par pièce, une œuvre riche et cohérente sur ses névroses (qui, par bien des aspects, sont aussi celles de son siècle). Peur de la mort, évolution des rapports hommes-femmes, décrépitude de la bourgeoisie, dépression, mystères et faux-semblants de la vie en société : Allen aura été le cinéaste d’un vingtième siècle plein de bouleversements, du moins dans le quotidien des milieux privilégiés et urbains.

 

 

Car évidemment, chez Woody Allen, tout le monde est riche et raisonnablement beau, et il n’est véritablement question d’argent que si celui-ci vient à manquer, et qu’il devient l’un des enjeux majeurs de l’intrigue (Match Point, Small Time Crooks, Blue Jasmine). Mais dans le cru 2014, c’est de magie, dans un milieu bourgeois privilégié, qu’il est question.

 

 

 

La magie a déjà été présente dans le cinéma récent (Midnight In Paris, Scoop, Le Sortilège du scorpion de jade) ou moins récent (La Rose pourpre du Caire) de Woody Allen. Ici, on est dans les années 20, et on se demande bien pourquoi, tant ce contexte historique n’apporte rien à l’affaire : absolument rien de ce qui se passe dans le film n’aurait pas pu arriver, disons, dans les années 50. Peut-être les années 20 permettent-elles de marquer, culturellement, que nous sommes dans des milieux hautement friqués de la french riviera, utilisant téléphones, voitures personnelles et observatoire astronomique. Et parlant exclusivement anglais, hein, mais bon, c’est pas grave. Ou alors, Woody Allen avait juste envie de jouer avec des jolis costumes années folles et du jazz. On attend de voir Lady Mary Crawley surgir au détour d’un plan, en vain. Bref.

 

 

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Et donc, la magie : Magic in the Moonlight suit Stanley Crawford (Colin Firth), un illusionniste britannique qui se produit, sur scène, sous les traits de Wei Ling Soo, et qui se voit proposer pour mission, par un ami illusionniste, de démasquer Sophie Baker (Emma Stone, qui, entre le Allen, le Iñárritu et le deuxième Spider-Man, aura eu une grosse année 2014), une jeune américaine qui s’est fait une jolie place au sein d’une riche famille grâce à des dons de medium. A-t-elle réellement un don, ou n’est-elle qu’une intrigante qui fait des tours de passe-passe et dit aux gens ce qu’ils ont envie ou besoin d’entendre ?

 

 

 

Le film explore donc ce mystère et la question de la foi (qu’est-ce que croire ? au nom de quoi croit-on ? est-ce que croire en quelque chose peut nous soulager du lourd fardeau de la médiocrité de l’existence ?), faisant écho à la célèbre dépression nihiliste de Woody Allen (= croire ou pas, on s’en fout, de toute façon à la fin on va tous mourir), tout en ne négligeant pas la comédie romantique. Rien de neuf, côté romance, avec des contraires qui s’attirent et une héroïne qui a la moitié de l’âge du héros (sérieux, Emma Stone a l’âge de mon petit frère, et Colin Firth largement l’âge d’être mon père : même si un dialogue laisse entendre que Sophie Baker a assisté à un spectacle de Wei Ling Soo quand elle était enfant – genre il y a cinq ans, quoi – n’y avait-il pas moyen de caster un trentenaire tirant vers la quarantaine, pour lui faire face ? Non pas que Colin Firth soit mauvais ni qu’il n’y ait aucune alchimie entre eux, hein, mais bon, la question de leur différence d’âge n’est jamais frontalement abordée, comme si, socialement et culturellement, leur attirance allait de soi).

 

 

 

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En revanche, le thème de la magie et de la foi est vraiment très bien abordé, à travers le personnage de Stanley, alter ego dépressif et hyper-rationaliste du réalisateur, qui voit ses certitudes vaciller et son cœur, toujours si fiable jusqu’alors, flancher. C’est globalement charmant et oubliable, tout en donnant la sensation de provoquer un début de réflexion sur notre impérieux besoin d’être enchanté. Et si ce n’est par la magie, que ce soit au moins par le tout aussi irrationnel amour. Pas le Woody Allen le plus révolutionnaire, ni le plus drôle (pauvre Hamish Linklater…), mais un divertissement léger et agréable, bien en phase avec les obsessions de son réalisateur : qu’on soit néophyte ou expert en films de Woody Allen, on ne s’y sentira pas trop perdu.

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