Mommy

 

Director Xavier Dolan, Jury Prize award winner for his film "Mommy", poses during a photocall at the closing ceremony of the 67th Cannes Film Festival in Cannes

 

Oui, Xavier Dolan est agaçant. Il a des tics d’arrogance, une omniprésence médiatique, des contradictions qui, forcément, donnent un peu envie de lui chercher des noises, de ne pas hurler au génie avec la meute médiatique qui lui a servi la soupe pendant deux semaines à Cannes en mai, puis pendant à peu près le même laps de temps à la sortie de Mommy en salles. Mais voilà, cette sollicitude des médias se justifie assez. Il est tellement rare de regarder une carrière de cinéaste qui éclot et devient une star internationale, avec cette précocité, que l’on ne peut pas vraiment le quitter des yeux. On est fascinés qu’il réussisse tout ça : l’esthétique, la grammaire cinématographique, les dialogues, les personnages, à 25 ans et depuis cinq films. Et, à chaque fois, un résultat différent, surprenant, qu’on peut aimer alors qu’on a détesté le précédent, et vice-versa. Alors oui, il y a des tics de cinéma intello, une manière un peu m’as-tu vu de faire le virtuose sur écran, des trucs auxquels on s’attend, mais comment ne pas être intéressé par l’expérience d’un nouveau film de Xavier Dolan ?

 

mommy

 

Le pitch de Mommy :
Veuve depuis cinq ans, Diane obtient la garde de Steve, son fils, un adolescent hyperactif et violent. Au centre où il séjourne, on la prévient : les retrouvailles risquent d’être mouvementées. On ne gère pas facilement des personnes psychologiquement instables. Diane, femme forte, indépendante et exubérante, veut faire mentir les médecins de l’hôpital. Elle est la mère de Steve, qui est sa chair et son sang. Elle y arrivera coûte que coûte. Contre toutes attentes, elle parvient à apprivoiser cet enfant imprévisible. Elle peut compter sur l’aide inattendue d’une voisine, Kyla. Ensemble, ils trouvent un certain équilibre. Un équilibre très fragile …

 

 

mommy antoine olivier pilon

 

 

En 2015, une loi spéciale permet aux parents incapables de gérer leurs enfants trop turbulents de les faire interner, sans démarches administratives compliquées, sans décision de justice, juste comme ça, en les déposant dans un hôpital. Xavier Dolan voulait situer le film dans un futur proche, 2015, et dans un Canada fictif. Un peu comme Black Mirror, ce n’est pas tout à fait un récit de science-fiction, mais plutôt un récit futuriste sur le monde tel qu’il pourrait être d’un jour à l’autre : ici, un monde plus cruel envers les freaks, les ploucs, les démunis, les prolos qui parlent un peu trop fort, les gars qui revendiquent, qui ont l’air un peu chtarbés, qui pourraient bien être dangereux si ça se trouve. Un monde dans lequel nous vivons déjà ? Un monde où sortir du conformisme se paie cher, en tout cas. Dès lors, Mommy est peut-être le film le moins queer de Xavier Dolan à ce jour, mais il est aussi celui qui élargit sa rhétorique habituelle au-delà des thématiques LGBT qui ont traversé ses films : homophobie, coming out, peur du rejet, transphobie, acceptation de soi… Pour mieux la transcender et nous faire comprendre que les combats contre l’intolérance et l’obscurantisme sont l’affaire de tous, et pas seulement ceux des minorités qui semblent les premières concernées.

 

 

mommy_anne-dorval

 

 

 

Outre son habituel foisonnement (ses films dépassent la plupart du temps les deux heures, avec beaucoup de scènes lentes, voire inutiles, dont il n’a pas eu le cœur de se séparer au montage), Xavier Dolan excelle aussi, une nouvelle fois, dans l’art de créer la tension. Que ce soit dans Les Amours Imaginaires ou dans Tom à la ferme, il y a toujours une tension grandissante, vers ce qu’on imagine être, à un moment ou à un autre, une explosion dramatique, un évènement tragique, une grosse démonstration d’ultra-violence… qui bien souvent ne vient jamais. J’ai franchement passé les deux tiers du film à attendre le moment où Steve (Antoine-Olivier Pilon, parfait en tête-à-claque inaccessible aux conversations durablement rationnelles, hyperactif « opposant-provocant », soûlant à souhait, même dans les moments où il a raison) allait, au beau milieu d’une conversation anodine, planter un stylo dans l’œil de sa mère ou de sa voisine. Et quelque part, le découragement de cette mère-courage, dépassée par cet enfant ingérable qu’elle aime mais qui ne fait qu’accélérer sa dégringolade sociale, je l’ai un peu compris. Je me suis senti cruel, mais je l’ai un peu compris. La mère donne son titre au film, sous la forme d’un surnom qu’elle porte en pendentif mais qu’on n’entend jamais son fils lui donner (quoique, entre les sous-titres et le débit des dialogues en joual, je l’ai peut-être loupé), et ce sont ses goûts musicaux, à elle et à son défunt mari, un peu mainstream, un peu ploucs (Dido, Eiffel 65, Counting Crows, Céline Dion, Andrea Bocelli), qui rythment la bande-son. Normal qu’on finisse par solidariser avec elle qui, malgré sa gouaille et ses mini-jupes cheap, est peut-être la plus rationnelle, la plus terre à terre, la plus réaliste du lot. Et qu’on finisse par se dire tristement que celles qui sont dans sa situation auront peut-être de plus en plus de mal à s’en sortir.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*