Elementary vaut mieux que sa diffusion française

 

 

Alors que la saison 3 vient de débuter sur CBS, je me rends compte que je n’ai jamais pris la peine de parler d’Elementary, qui est pourtant l’un de mes immanquables, chaque semaine, dans mon planning chargé de séries. C’est d’autant plus dommage que, contrairement à ce que le bazardage des épisodes par paquets de cinq sur M6 pourrait laisser croire, c’est plutôt une bonne série, qui ne mérite pas ce triste sort réservé aux mauvais procedural dramas balancés sur les antennes françaises pour meubler de longs prime-times de disette. Enfin, c’est pas non plus la série du siècle, hein, mais c’est loin d’être un truc honteux qui se regarde en secret.

 

 

 

Le pitch de départ :
Une version moderne des aventures de Sherlock Holmes dans le New York contemporain.

Renvoyé de la police de Londres en raison de sa toxicomanie, Sherlock s’installe à Manhattan où son richissime père l’oblige à cohabiter avec son pire cauchemar : une personne sobre chargée de veiller sur lui. Ancienne chirurgienne promise à un bel avenir, Joan Watson a perdu un patient et sa licence trois ans plus tôt. Ce nouvel emploi est pour elle une nouvelle façon d’aider les autres, et surtout une pénitence qu’elle s’impose. Quand Sherlock devient consultant pour la police new-yorkaise, Watson n’a d’autre choix que suivre son irascible « client » lors de ses investigations. Très vite, ils réalisent l’un et l’autre les avantages que peut leur apporter un tel partenariat.

 

Ancient History

 

 

Et c’est vrai que ce partenariat marche bien : l’alchimie entre Jonny Lee Miller et Lucy Liu est excellente, et les scénaristes ont eu le bon goût, en dépit du fait que Watson est ici une femme et que les deux personnages sont hétérosexuels, de faire disparaître toute trace de tension sexuelle et d’enjeu will they/won’t they dans l’intrigue générale de la série. Au bout de deux saisons, et malgré des nœuds dramatiques personnels plus ou moins important qui, en fin de saison 2, ont amené les deux héros à cesser (temporairement, espère-t-on) de collaborer, Sherlock et Joan sont devenus l’un des exemples les plus réussis d’amitié solide et d’estime sincère entre un homme et une femme à la télévision. Mieux, Joan Watson est un personnage principal, à égalité avec Holmes (qui, contrairement à l’adaptation de Steven Moffat avec Benedict Cumberbatch, n’est même pas dans le titre).

 

Elementary-bees

 

 

Car si Elementary est un procedural assez classique, avec son case of the week et ses petites astuces mobilisées ça et là par les deux héros de la série, elle ne manque pas de donner du grain à moudre à ses personnages, en termes de personnalité et de profondeur psychologique, sans pour autant faire de leur histoire la cause de leur talent. Comme dans les romans de Sir Arthur Conan Doyle, l’esprit de déduction de Sherlock Holmes est la clé de bien des résolutions d’énigme ; mais ce n’est pas son seul trait de caractère, et sa personnalité et sa vie ne tournent pas entièrement autour de ça. Là où les drames personnels de Dexter Morgan, de Patrick Jane, Megan Hunt ou Vic Mackey ont beaucoup à voir avec leurs compétences à l’écran, Sherlock Holmes se trouve simplement avoir une personnalité « segmentante », des relations familiales tendues et une addiction à la drogue. Ça peut interférer avec ses enquêtes, mais ce n’en est ni le moteur ni l’origine : Sherlock Holmes est simplement très doué en déductions, et les scénaristes ne passent pas cinq minutes par épisode à nous rappeler pourquoi un drame personnel, une condition médicale particulière ou un superpouvoir contribuent à le rendre trop fort : non, il est comme ça, c’est tout. Non pas qu’il ne faille aucune prédisposition personnelle pour être un bon enquêteur, mais ce n’est simplement pas autour de ça que la série tourne.

The Woman

Du coup, Elementary se donne la possibilité, avec tout ce temps gagné, de développer tranquillement les relations de ses personnages, et notamment de ses deux héros : émulation, concurrence, estime, possessivité… Amis, Joan et Sherlock n’en traversent pas moins des tensions, dont le reste de leurs vies, privées comme professionnelles, subit souvent les impacts. Dommage, malgré quelques opportunités ça et là, que les deux personnages servant de lien avec la police de New York, le capitaine Gregson et l’inspecteur Bell n’aient pas été davantage creusés : leur relation avec Watson et Holmes, quoique sujette à quelques hauts et bas, se limite encore, pour le moment, à leur donner prétexte à se trouver sur une scène de crime.

 

 

 

N’en reste pas moins une série rythmée, qui en dépit de la répétitivité de son schéma hebdomadaire (comme tous les crime dramas), se suit avec plaisir et ne manque ni d’humour ni d’enjeux à suspense. Ce n’est peut-être pas assez prestigieux pour les Emmy Awards ou les Golden Globes, mais ça fait très bien l’affaire pour les larves du samedi après-midi.

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