La Pop-Pouffe de novembre

 

 

 

 

Cette fin d’année 2014 aura été placée sous le signe de Taylor Swift, dans l’industrie musicale : son troisième album consécutif classé n°1 du Billboard 200 et dépassant le million d’exemplaires vendus en première semaine, son retrait (très médiatisé et commenté) de Spotify et des autres plateformes de streaming, son amitié so cute affichée avec Lorde… et ce single, Blank Space, qui a fait d’elle la première artiste féminine, en 56 ans d’histoire des charts US, à se succéder à elle-même au sommet du Top Single américain.

 

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Alors certes, on peut contester la légitimité de ce succès, mais au-delà de l’habituelle lapalissade « on aime ou on aime pas », Taylor Swift, ce n’est pas exactement la popstar globale mainstream classique, à la Britney ou Gaga, qui accumule durant quelques années les hits avant de marquer le pas pour cause de burnout ou de lassitude du public : la jeune star est plutôt dans la lignée des Alanis Morissette, des Adele, des Lorde ou des Alicia Keys : tous les singles ne seront pas des hits, mais les fans et les critiques seront désormais suffisamment au garde à vous pour que les albums marchent, et soient de sérieux concurrents aux Grammys. L’image de Taylor Swift, contrairement à beaucoup de ses consœurs pop-pouffes, ne réside pas vraiment dans sa plastique, son sex-appeal, son sourire ultra-bright et l’idée saugrenue que sa vie est fantastique, mais bien dans le personnage d’artiste qu’elle a choisi de dessiner. Si chez Alanis Morissette c’est (ou c’était) celui de la chanteuse pop post-ado en colère contre le système et les types qui ont profité de sa naïveté, chez Taylor c’est celui de la jeune artiste country qui a construit sa notoriété à la sueur de son front et de ses chansons écrites avec son petit cœur, qui est montée dans la grande ville et avec qui les gens ont été méchants. Contrairement à Britney, Xtina, Katy Perry, Jessica Simpson, Mandy Moore, Nicole Scherzinger ou même Beyoncé, Taylor Swift n’a pas cette image d’un pur produit commercial créé de toute pièce par et pour un gros label, qui aurait toujours vécu à New York ou à Los Angeles et qui ne saurait pas ce que c’est que d’être une bouseuse du Midwest qui galère pour se faire repérer et percer. Pourtant, elle est née en Pennsylvanie et elle était un pur produit de la pépinière RCA Records plusieurs années avant la sortie de son premier album, en 2006, alors qu’elle n’avait même pas 17 ans. Taylor Swift est un monstre made in major comme les autres, mais c’est une auteure-compositrice, pas une simple dinde qui susurre « Put your finger where you know » juste parce que Max Martin ou Dr Luke lui ont produit un hit clé en main.

 

 

 

Lady Gaga a bien tenté de surfer sur ce genre d’image artistique, aussi, de la pauvresse arriviste qui a galéré des années dans des cabarets miteux avant de devenir une superstar, mais son omniprésence médiatique et son impeccable brochette de hits de 2009-2010 l’ont propulsée « pouffiasse poule aux œufs d’or de major matraquée sur Fun Radio », la privant partiellement de son aura d’artiste bosseuse. Taylor Swift n’a pas ce problème : elle a toujours été un peu ringarde, un peu pas cool, mais respectée pour sa capacité, dès l’adolescence, à écrire ses chansons et à contribuer à l’essentiel du contenu de ses albums. Elle écrit pour d’autres, vend bien, remplit des stades, ne s’est toujours pas plantée à ce jour : c’est une valeur sûre de l’industrie, elle n’a pas que le soutien des fans gays pour l’aider à se maintenir dans son statut de A-List Star.

 

 

 

Mais comme toutes les artistes pop « respectées », l’image de Taylor Swift finit par pâtir de son succès trop gros pour être vraiment mérité et de ses manières un peu affectées et artificielles : c’est Adele qu’on finit par trouver snob et froide, Alanis Morissette qui geint trop, Norah Jones qui finit par être considérée comme une musicienne d’ascenseur, Madonna qui en fait trop au tournant des années 90 lorsqu’elle veut en permanence rappeler qu’elle est l’artiste féminine qui dépasse les frontières du politiquement correct… Dans le cas de Taylor Swift, cela viendra probablement de son évident manque d’humour et de recul sur elle-même, qui la pousse à organiser une annonce de la sortie de son nouvel album sur Yahoo! en compagnie d’une horde de fans et sans personne pour la contredire ou poser des questions malvenues sur le futur opus, à jouer les goofy girls empotées alors qu’elle est certainement une ambitieuse aux dents longues, ou à écrire une chanson « Merci pour ce moment » à chaque fois qu’elle se fait plaquer.

 

 

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Et la grosse maline le sait. Alors elle propose, avec Blank Space, un clip savoureux dans lequel elle joue les amoureuses ingérables, et un refrain qui vaut son pesant de cacahuètes quand on est réputée pour sa tendance à se soulager en chansons contre ses ex :

 

 

So it’s gonna be forever
Or it’s gonna go down in flames
You can tell me when it’s over
If the high was worth the pain
Got a long list of ex-lovers
They’ll tell you I’m insane
‘Cause you know I love the players
And you love the game

 

‘Cause we’re young and we’re reckless
We’ll take this way too far
It’ll leave you breathless
Or with a nasty scar
Got a long list of ex-lovers
They’ll tell you I’m insane
But I’ve got a blank space, baby
And I’ll write your name

 

 

 

 

Bref, elle fait preuve d’humour, ce qui n’est pas forcément une garantie de succès mais n’est jamais la mauvaise voie à prendre quand on est soupçonné, justement, d’être une impitoyable femme d’affaires aux dents longues et sans second degré. Essayez d’être sympa, il en restera toujours quelque chose. Deux choses sont sûres concernant Taylor Swift : 1/ elle ne vendra peut-être plus jamais autant d’albums qu’aujourd’hui mais sera toujours là dans quinze ans, et 2/ elle sait s’entourer pour construire un storytelling brillant autour d’elle. Cette seconde chose étant probablement la cause de la première.

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