State of Affairs : Katherine Heigl joue la carte Homeland

Étrange carrière que celle de Katherine Heigl. Révélée par Roswell, starisée par Grey’s Anatomy (Emmy Award à la clé), l’actrice est l’exemple-même, aux yeux de beaucoup de ceux qui ont observé sa carrière, de ce qu’il ne faut pas faire quand on y arrive, et notamment du crime de lèse-majesté qui consiste à, justement, se croire arrivé. Katherine Heigl, en 2014, c’est avant tout l’image d’une actrice grillée de partout, réputée tyrannique sur les plateaux, vaniteuse face à la presse, très exclusive avec sa manageuse de maman. Mais n’est pas le clan Beyoncé qui veut. Après avoir fait des pieds et des mains pour se faire sortir de la série qui l’a rendue célèbre (se brouillant définitivement, au passage, avec l’impératrice Shonda Rhimes) (bad move…) et avoir entamé une carrière relativement naze au ciné (bavant au passage sur Judd Apatow et son film En cloque, mode d’emploi, qui lui avait donné ses galons de star de ciné mais qu’elle jugeait « sexiste »), ses bévues en interview et sa réputation d’actrice imbue et imbuvable l’ont rattrapée et, tandis que le bateau Grey’s Anatomy vogue toujours paisiblement sur ABC, on n’a plus vu Heigl dans le moindre projet ciné d’envergure depuis New Year’s Eve, un relatif flop de 2011 dans lequel elle n’était même pas la principale tête d’affiche… Star de ciné déchue, l’heure du comeback arrive donc pour Katherine Heigl à la télévision et, comme dirait l’autre, ça urge.

 

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Complètement grillée à Shondaland, c’est pourtant sur un projet très Shondesque qu’on retrouve l’actrice, sur NBC : State of Affairs, ou une version soap de Homeland. Ou genre.

 

 

Le pitch :
Charleston Whitney Tucker, une agent de la CIA aux méthodes peu orthodoxes, a été recrutée directement par la Présidente des Etats-Unis pour devenir sa conseillère spéciale. Sa mission : prévenir les attaques sur le sol américain et cibler les menaces les plus critiques. De par sa position, elle est au centre du pouvoir. Une position qui créé des tensions au sein même de la Maison Blanche et qui allonge sa déjà longue liste d’ennemis…

 

 

Les comparaisons avec Homeland sont faciles, mais franchement elles sont difficilement évitables. Une jeune femme blonde, la meilleure dans le métier, mais pas facile à appréhender par ses collègues (tendance à contourner le protocole, à tenter de bénéficier de passe-droits face à l’autorité au nom des intérêts supérieurs qu’elle défend en faisant des entorses au règlement), qui cache à ses collègues un mal-être psychologique impalpable qu’elle tente de surmonter par des comportements sexuels irresponsables… Et non, ce n’est pas Carrie Mathison, mais bien Charlie Tucker.

Et comme on est sur un gros network et que l’école Shonda Rhimes a probablement plus marqué Heigl qu’elle n’oserait l’avouer, Charlie partage certaines caractéristiques avec Olivia Pope : figure centrale de son open space, elle est une tueuse reconnue dans son boulot, mais a une vie privée chaotique, qu’elle tente de noyer dans l’alcool ; elle a aussi des collègues dévoués et plein d’ennemis haut-placés qui cherchent à lui mettre des bâtons dans les roues.

 

 

Le boulot de Charlie consiste, grosso modo, à passer la moitié de la nuit (entre trois et huit heures du matin) à préparer le President’s Daily Brief, une « revue de presse » ultra-secrète sur les actualités terroristes et dangers diplomatiques susceptibles d’impacter la politique extérieure des Etats-Unis, notamment au Moyen-Orient. Elle compile donc les infos suffisamment importantes pour être remontées à la Présidente des Etats-Unis (une femme, noire, en POTUS, plus tout à fait de la science-fiction mais presque) et sur lesquelles cette dernière devra donner son feu vert (ou non) pour agir.

 

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Bon, c’est un peu du délire d’imaginer qu’une seule personne décide de ce que le Président des Etats-Unis saura ou ne saura pas de ce qui est diffusé sur Al-Jazeera, mais c’est pour souligner le fait que Charlie est super importante. Certes, elle n’envoie pas de drones sur la gueule des méchants extrémistes mais elle peut téléguider la Présidente, quoi.

 

 

Sauf que ça ne prend pas vraiment, dans ce pilote. D’abord, il y a cet improbable traumatisme de Charlie qui, un an avant le début de la série, se trouvait dans une voiture à Kaboul, prise pour cible par des terroristes, avec à ses côtés son fiancé (qui y est mort) et sa belle-mère, qui n’est autre que la Présidente des Etats-Unis. Genre euh, elle était déjà Présidente un an avant ? Ou alors elle était seulement candidate ? Bon, on en saura sûrement davantage par la suite, mais on a un peu de mal, dans ce premier épisode, à se dépatouiller des raisons pour lesquelles Charlie, son mec qui bossait dans l’humanitaire et sa belle-mère POTUS se trouvaient là, et encore moins de celles pour lesquelles ces deux femmes traumatisées et survivantes se retrouvent un an plus tard seules têtes pensantes à coopérer sur des enjeux aussi sensibles et qui les concernent d’aussi près (l’une de leurs tâches consistant notamment à localiser le terroriste qui a liquidé leur fiancé/fils).

 

 

A la fin du pilote, un twist relance l’intrigue en nous laissant entendre que la revanche de Charlie contre les terroristes ne sera pas si linéaire que ça. Mais à vrai dire, les dégâts de l’épisode, bavard, épileptique et trop chargé en informations, sont déjà faits. Le pilote n’a pas su doser correctement la mise en place de l’intrigue fil rouge, des dynamiques relationnelles et de l’ébauche psychologique du personnage principal, noyé dans un flot de dialogues creux et de caractérisation sommaire (est-elle super cool ? nymphomane ? émotive ? froide et déterminée ? cachottière ? plus compétente que la Terre entière ?… on ne sait plus trop). Il faudra vraisemblablement compter, à l’avenir, sur les collègues de Charlie pour enrichir l’intrigue (Katherine Heigl ayant bien insisté en interview sur le fait que State of Affairs ne serait pas victime d’une taupe dans l’équipe de son héroïne parce que c’est pas Homeland et que les potes de bureaux sont comme les gladiators d’Olivia Pope), mais j’ai pour ma part peiné à les identifier comme à retenir leurs noms, pour l’instant. On a, au final, l’impression d’un mix brouillon entre Scandal, Homeland et Ally McBeal, sans trop savoir si les neuf (!) créateurs de la série savent bien où ils nous emmènent. Et vu que l’audience de ce pilote était correcte sans plus, ils n’ont pas intérêt à semer trop de téléspectateurs dans les épisodes suivants…

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