The McCarthys : le gay de la famille

the mccarthys

 

C’est un matériau casse-gueule, sur le papier : le pitch de The McCarthys fleure bon la foire aux clichés sur les gays datant d’il y a quinze ans. A l’écran, ça se ressent dans les blagues et les ignorances manifestes des frères du héros gay, notamment, mais aussi dans les décors vieillots qui auraient été les mêmes en 1997 ou les différentes dynamiques relationnelles de la famille (mère affreuse avec sa seule fille, père bougon avec tout le monde, frères jumeaux en compétition permanente…).

 

 

Le pitch :
Dans la grande famille McCarthy, catholique et originaire d’Irlande, on adore le basketball de génération en génération. Tous les enfants pratiquent ce sport, comme un hobby ou de façon professionnelle, sauf le fils gay, Ronny, dont le plus grand pêché n’est pas sa sexualité mais son envie de passer le moins de temps possible avec ses parents, ses frères et sa sœur. Le jour où il annonce qu’il quitte le domicile familial pour se consacrer enfin à sa vie amoureuse, son père lui propose de devenir le nouveau coach assistant de son équipe, à la surprise générale…

 

The McCarthys funeral

 

 

Et c’est vrai que si on peut craindre les dérapages et les clichés en postant un personnage principal gay au milieu d’une famille religieuse et dysfonctionnelle où personne n’hésite un instant à avoir recours à la culpabilisation, force est de constater que la série s’en sort plutôt bien. On le doit au fait que, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est donc pas l’homosexualité de leur petit frère / dernier né qui pose souci aux McCarthys, mais bien le fait qu’il ne s’intéresse pas aux mêmes choses qu’eux et qu’ils ont donc plus de mal à communiquer avec lui qu’entre eux. Et ces névrosés (une mère obsessionnelle qui tient son fils de 29 ANS en otage de son domicile ET de leurs sessions hebdomadaires de The Good Wife, sérieusement ?) de chercher à tout prix à retenir cet étranger qui, pourtant, les rassemble.

 

 

tyler-ritter-the-mccarthys

 

Le personnage de Ronny (Tyler Ritter), gay impossiblement lisse de sitcom qui n’embrasse jamais son partenaire à l’écran et ne semble pas avoir un carnet de bal très chargé parce que ça arrange tout le monde chez CBS, fait forcément un peu écho chez beaucoup d’homos de ma génération, dans toutes ses contradictions, avec son profil de gamin relativement privilégié qui fait ce qu’il peut pour arrondir les angles avec sa famille (diplomatie et culpabilisation sur sa virilité l’amenant à vouloir contrarier le moins possible), sa supposée nullité en sport, son aspiration à rentrer dans les standards de la virilité sans faire de vagues, et celle, bien naturelle, à vouloir quitter le giron familial pour aller vivre sa vie, si possible dans une autre ville avec une communauté gay où sa famille n’aura, géographiquement, aucune prise sur lui. Mais si son homosexualité est le sujet de vannes vaseuses sur ses parents et ses frères qui ne pigent rien à ce mode de vie « alternatif », elle n’est pas le sujet central, tout en l’étant tacitement. Ce dont parle The McCarthys, ce n’est pas tant l’homosexualité de Ronny que les conséquences que celle-ci a sur sa vie familiale, même de manière indirecte : comment il est le mouton noir de sa famille tout en étant le préféré de tout le monde, pourquoi il ne s’intéresse pas aux mêmes choses qu’eux, pourquoi il voudrait que sa sexualité n’empêche pas sa famille de renvoyer une image idéale, pourquoi ses références culturelles se heurtent à l’ignorance des siens, pourquoi il reste auprès d’eux alors que tout devrait, dans une perspective individualiste, le pousser à fuir ce guêpier de dramédie passive-agressive, probablement pleine d’amour et de bonnes intentions, mais qui a surtout l’air bien fatigante…

 

 

 

 

En fait, le vrai défaut de The McCarthys, c’est que Ronny ne semble pas vraiment, pour le moment, avoir de vie sociale qui lui soit propre : pas de job en dehors de la famille, pas de petit-ami, pas d’amis, pas d’intrigue à lui tout seul et qui ne tourne pas autour de sa sexualité / le rapport de sa famille à sa sexualité et ses corollaires (ses goûts musicaux, sa supposée sophistication, la présentation d’un nouveau petit-ami…). Le thème de la série est peut-être bien la manière dont une famille traditionnelle gère sa relation avec un fils gay, mais ce serait bien que le héros ne soit pas défini que par sa sexualité, et surtout, que ce thème de série évite le déprimant écueil qui le guette : finir par constater que le gay de la famille est toujours en décalage avec les autres, que les hétéros seront toujours condamnés aux quiproquos, aux approximations ou aux boulettes lorsqu’il s’agira de s’intéresser à une personne homosexuelle. On verra bien. Ne serait-ce que pour se faire une idée, et parce que la série est assez bien rythmée et donne l’opportunité de retrouver Joey McIntire, le plus jeune des New Kids On The Block, dans un rôle de nabot grincheux de service.

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