Nightcrawler, c’est vendu comme Drive mais c’est pas Drive

 

nightcrawler

 

Encore un film dont on se demande bien ce qui s’est passé au niveau de la promo française, quand il s’est agi d’en adapter le titre. Je suis toujours circonspect face à cela, notamment parce que je considère les films comme des produits culturels comme les autres : pourquoi, dès lors, se permet-on de les re-titrer une fois arrivés sur le sol français ? Certes, ils sont modifiés, par rapport à leur version originale, par des sous-titres voire une version française jouée par des comédiens francophones par-dessus la bande-son originale. Mais pourquoi changer le titre ? Je sais bien : pour viser plus large, ne pas amener une partie du public à se sentir exclue par une démarche de V.O. élitiste. Et puis, on dit ça pour les films anglo-saxons, mais on serait nombreux à être bien emmerdés si les films japonais, hongrois ou suédois nous arrivaient en format « brut », sans adaptation du titre ni de l’affiche ni rien. Les barrières culturelles sont ce qu’elles sont. Mais remplacer un titre anglais par un autre titre anglais, franchement, je peux comprendre la démarche (en l’occurrence, ici, faire une allusion à peine voilée au titre de Kavinsky qui illustrait la B.O. de Drive, dont on veut nous faire croire que le film de Dan Gilroy s’inscrit dans le même registre – vu que c’est produit par les mêmes mecs), mais c’est bien souvent hyper cheap comme manœuvre, et ça ne rend pas hommage au contenu.

 

night call affiche

 

Nightcrawler, c’était tellement plus parlant, plus poétique, comme titre. Crawler, ce qualificatif anglais pour les rampants, les obséquieux, mais aussi les parasites, les cafards… Le personnage de Louis Bloom n’est pas exactement obséquieux, il est plutôt abrupt et désagréable, même, mais il est une parfaite incarnation du concept de parasite, qui va exploiter la faiblesse des autres pour assurer sa propre ascension.

Le pitch, selon Allociné :
Branché sur les fréquences radios de la police, Lou parcourt Los Angeles la nuit à la recherche d’images choc qu’il vend à prix d’or aux chaînes de TV locales. La course au spectaculaire n’aura aucune limite…

 

nightcrawler_movie

 

Avec un titre comme Night Call, on s’attend un peu à un récit policier nocturne, avec un personnage principal aride et des courses poursuites époustouflantes. On s’attend à Drive, quoi. Et on a un peu de ça, mais on a surtout le portrait glaçant d’un personnage arriviste, moins éthique encore que la figure classique et quasi-comique du paparazzi, au bord de la psychose, prêt à toutes les compromissions pour parvenir à ses fins, quitte à adopter des comportements relativement dépourvus de sens (cette bagnole rouge de frimeur pour faire des filatures discrètes, sérieusement ? et le gars vit à Hollywood et avait pensé au business du recel de ferraille avant celui du showbiz pour se faire du blé ??). Un personnage détestable au possible, pour lequel Jake Gyllenhaal a abandonné son physique et sa parure de beau gosse hollywoodien pour se fondre dans un corps (et son langage) de nerd frustré et gauche issu d’un prolétariat complètement noyé dans l’aura hollywoodienne de Los Angeles, mû par un fort désir de revanche sociale.

Un film sombre, certes, mais loin du climat aérien et léché de Drive et de ses fulgurances d’ultra-violence. Un film qui explore la noirceur de l’âme humaine et, avec pessimisme, celle de nos médias et, par extension, de nos bas instincts. Un pari assez audacieux pour Jake Gyllenhaal, qui vient de se voir récompenser par une nomination au Golden Globe du meilleur acteur dans un drame (il perdra face à Benedict Cumberbatch ou Eddie Redmayne, mais bon)…

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