The Affair, pousse-au-crime

 

Episode 101

 

Bon, je crois qu’à partir du moment où on a dit qu’on voyait les fesses de Joshua Jackson dès le pilote, y’a pas grand-chose à rajouter, hein, mais s’il faut développer un peu pour te convaincre d’essayer The Affair… La rentrée 2014 a encore livré une flopée de séries dramatique « exceptionnelles » qui, comme pour les rentrées précédentes, seront bien vite annulées ou tout simplement oubliées de ceux qui n’auront pas accroché le wagon dès le début (pour un Game of Thrones ou un The Good Wife dont le buzz se poursuit saison après saison, combien de Boardwalk Empire, de Big Love ou de The Newsroom, dont plus personne ne parle, passé leur saison inaugurale ?).

Le parfum de 2014, pour les drama, aura essentiellement tourné autour de True Detective et The Leftovers au premier semestre, et de How To Get Away With Murder et The Affair à la rentrée. A voir ce que ça va donner au niveau des futurs Golden Globes et Emmys, mais a priori ce sont donc les derniers candidats « respectables » aux plus hautes distinctions. The Affair présentant une particularité qui lui a permis d’obtenir un rapide renouvellement pour une saison 2 (prévue en 2015) : en dépit d’un démarrage modeste à 500 000 téléspectateurs, chaque nouvel épisode de sa première saison a, jusqu’à présent, réuni plus de téléspectateurs que le précédent. L’audience de la série est donc en croissance raisonnable mais certaine, et si on n’en est pas encore aux pics de Homeland ou de Dexter (The Affair reste pour le moment en-dessous du million de téléspectateurs), pour une chaîne câblée comme Showtime ça reste pas mal.

 

 

 

 

Le pitch, selon Allociné :
Un beau jour, au début de l’été, Noah (Dominic West), un homme marié et père dévoué de quatre enfants, fait la rencontre d’Alison (Ruth Wilson), une femme mariée elle aussi, qui pleure la mort récente de son enfant. Dès le premier regard échangé, le coup de cœur est instantané et partagé. Commence alors une relation adultérine qui détruira leurs mariages respectifs et aura des conséquences dramatiques pour chacun des membres de leurs familles…

 

the affair visual
Comment ça, « On dirait un visuel de Newport Beach » ? Ah oui

 

 

Oui, bon, vu comme ça, on dirait un drame sentimental. Mais ce que ne dit pas ce pitch, c’est que la série joue sur l’ambigüité du terme affair, en anglais, qui désigne aussi bien un évènement dans l’actualité qu’une liaison amoureuse ou… une affaire criminelle. Ce que ne dit pas non plus ce pitch, c’est que les deux protagonistes principaux sont les narrateurs.

 

 

 

 

 

Et comme on le découvre assez vite, ils ne racontent pas leur histoire dans le vide, mais à un inspecteur de police, quelques semaines, quelques mois ou quelques années après leur rencontre, on ne le sait pas trop au début. Et s’ils sont interrogés, c’est parce que quelqu’un est mort, d’une mort qui pourrait être accidentelle mais qui pourrait aussi ne pas l’être. Quelqu’un qu’ils ont en commun, donc (on surveille de près les personnages masculins secondaires), et dont le décès est plus ou moins lié au fait que Noah et Alison se connaissent.

 

the affair joshua jackson

 

La série suit donc les récits alternés de Noah et Alison sur leur liaison, maintenant ainsi l’intrigue sentimentale au cœur de l’histoire, et joue aussi bien sur le décalage entre le niveau d’information que les narrateurs ont, dans le futur, par rapport à nous qui suivons le récit depuis le fameux été, que sur les petits mensonges de nos deux héros. A priori, seulement des différences de perceptions. Noah raconte une journée pendant la moitié de l’épisode, et Alison raconte la même journée, de son point de vue, dans la seconde moitié.

 

 

 

Et l’on constate alors de petites divergences, notamment dans la manière dont chacun raconte le comportement de l’autre : en gros, Noah présente Alison comme flirteuse et légère, et Alison décrit Noah comme séducteur et plein d’assurance. La raison la plus évidente, on la perçoit : chacun veut enjoliver son récit, sans vraiment mentir, pour faire implicitement comprendre à l’inspecteur qui l’interroge que c’est l’autre qui a déclenché la liaison. Mais s’il y avait autre chose ?

 

 

 

Le décès dont il est question (on ne sait pas encore qui) est-il si suspect ? Les deux amants éludent-ils des choses, mentent-ils pour se couvrir l’un l’autre ? Pour couvrir un seul des deux ? Mentent-ils parce qu’ils croient chacun, à tort, que l’autre risque des ennuis ?

 

the affair

 

La partie thriller / intrigue policière est celle qui maintient le mieux la tension et le suspense, dans le fil rouge de la série, tandis que la partie sentimentale, si elle génère aussi son lot de tensions, vaut plus par son observation du quotidien des personnages, de leur vie de couple et de famille qui va se disloquer sous nos yeux, de leurs névroses et de leurs aigreurs, qui finiront probablement par engendrer, directement ou indirectement, le drame mortel. Le problème étant qu’on se demande bien comment tout cela va pouvoir durer sur plusieurs saisons, sur un format narratif pareil, sans devenir complètement artificiel. En saison 2, Noah et Alison seront-ils sortis de la salle d’interrogatoire pour aller affronter les conséquences morales et/ou judiciaires de la saison 1, ou continueront-ils leur récit alterné ?

 

 

 

The Affair, si elle n’est pas la série la plus révolutionnaire de l’année, est en tout cas l’une de ses bonnes surprises, et change au moins un peu de tous ces dramas où les héros sont avant tout définis par leur job et par ses incidences sur leur vie personnelle (et, éventuellement, vice-versa), qui constituent l’essentiel des succès notables du genre ces dernières années (Homeland, les séries de Shondaland, The Good Wife, The Closer, Masters of Sex, Damages, Ray Donovan, Mad Men, House of Cards… franchement, à part dans Downton Abbey, les personnages principaux de dramas sont rarement oisifs, et quasi-exclusivement définis par leurs jobs, quand les héros de sitcoms semblent, eux, souvent n’avoir pas de vie professionnelle, ou alors à peine, en arrière-plan – sauf bien sûr quand leurs bureaux servent de décor à la série – The Office, Ground Floor…). En vacances à Montauk, les personnages de The Affair sont plongés dans une vie sociale où leur expertise professionnelle n’entre en jeu nulle part, que ce soit sur la plage ou à une soirée de l’ambassadeur (que veux-tu, c’est les Hamptons, hein) : chacun y est mis face à lui-même, sans prendre pour prétexte la mission de la semaine. C’est peut-être ça, aussi, une série intimiste.

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