La Pop-Pouffe de janvier

 

 

The wait is over. Edition 2015. C’est vrai qu’elle nous manque, Rihanna. Enfin, c’est pas vraiment comme si elle avait vraiment disparu des radars, hein. Outre les 50 articles par jour pondus par les sites de type Fan2 ou Melty sur son dernier selfie Instagram ou sa dernière tenue arborée sur un tapis rouge quelconque quelque part dans le monde, la barbadienne a continué à exploiter en 2013 son album Unapologetic, a fait un nouveau duo avec Eminem (qui lui a permis d’avoir un nouveau n°1 au Billboard Hot 100 et de devenir, avant ses 26 ans, l’artiste à avoir le plus rapidement classé treize singles N°1 aux Etats-Unis), puis un duo avec Shakira, a continué sa tournée, travaillé sur la B.O. du film de Dreamworks Home (prévu pour le printemps prochain) et fait des siennes sur les réseaux sociaux. Elle n’a pas exactement été « en retrait », en somme.

Mais bon, plus de deux ans sans sortir un album, une compil ou un single en lead artist, ça ne lui était tout simplement jamais arrivé en dix ans de carrière, et les fans s’impatientent. Mais, plus révélateur : le grand public aussi. C’est qu’avec des lead singles imparables comme Umbrella, Only Girl (In The World) ou We Found Love, Rihanna s’est imposée, en quelques années, comme l’un des grands noms de l’industrie. Sa brochette de tubes était tellement régulière, sans réel échec ni traversée du désert jusqu’à présent, que ça fait tout bizarre de ne plus la voir classer son numéro un du trimestre depuis plus de deux ans. L’omniprésence de Rihanna prenait le risque de nous lasser, mais à force de la regarder comme une créature musicale étrange, usine à singles dont une grande partie du public n’a rien à battre des albums tant qu’il reste un titre dans le top 10 des clubs et des playlists radio, on a oublié de la détester comme on a fini par le faire avec Lady Gaga ou même Beyoncé, dont les ambitions à être reines de la pop sautent beaucoup plus aux yeux.

 

 

Rihanna ne semble pas prétendre être Madonna. Sa proximité avec Jay-Z a même éteint l’idée qu’on pouvait réellement la comparer à Beyoncé pour le titre de reine du R’n’B. Rihanna ne veut pas être la nouvelle Diana Ross. Elle fait des hits, les uns après les autres, capte l’air du temps et le producteur star de demain, et ne semble pas véhiculer d’autre message que celui de s’amuser et de prendre son pied sans entrave. Des arguments qui faisaient partie du discours beaucoup plus ample de Madonna il y a 25 ans, mais n’en représentaient qu’une toute petite portion. Si Rihanna aurait probablement été subversive à l’époque, aujourd’hui elle n’est que l’archétype de la pétasse pop hédoniste et adulée, que son ennui palpable hisse au rang de diva.

 

 

 

Et donc ? Donc, comme elle occupe cette position très intéressante dans l’échiquier mondial de la pop, Rihanna fait monter la sauce depuis des mois, certaine qu’elle est, à son niveau de notoriété, qu’elle va casser la baraque avec sa nouvelle livraison. Non pas qu’elle en soit au point où il suffirait qu’elle pète dans un micro pour que cinq millions de fans hurlent au génie et se jettent sur le single, mais elle sait qu’elle peut « disparaître » un peu sans qu’on l’oublie, et qu’elle peut faire de son retour un évènement : contrairement à Lady Gaga, Madonna ou Mylène Farmer (cherchez l’intruse), le fait est que les tubes, impeccablement produits et confectionnés avec soin par les golden boys de la pop anglo-saxonne ou de l’EDM scandinave, seront au rendez-vous. Rihanna brassera au-delà de sa base de fans, comme toujours. Mais si elle joue bien et sort les bons singles, elle pourrait bien vivre son année « impériale », avec le combo singles qui se vendent comme des petits pains + album vendu à 15 millions d’exemplaires, ce qu’elle n’a jamais vraiment réussi jusqu’à présent mais peut légitimement ambitionner : il est temps pour Rihanna d’avoir son Music, son Teenage Dream, son 21, son 1989. Ce truc que tout le monde va se bouffer pendant deux ans et dont la moitié de la tracklist finira en single de passage dans le top 10 mondial. Le timing et la capacité à plaire tout en surprenant par son efficacité tubesque seront les clés de l’année 2015 de Rihanna.

 

 

 

Du coup, c’est une demi-surprise de la voir revenir avec l’étrange FourFiveSeconds, un trio avec Kanye West et Paul McCartney. Pas surprenant parce que cette ballade acoustique fleurant bon le folk sur la plage est exactement dans la tendance du moment « Je prends mes fans à contre-pied en sortant un truc qu’ils n’attendent pas » (Beyoncé, Madonna, Miley, Gaga). Surprenant parce qu’on se serait attendus, pour un comeback single au bout de deux ans, à un titre club (quitte à exploiter ce titre, joli au demeurant, en deuxième ou troisième single), donc, mais aussi et surtout parce qu’avec une puissance de frappe comme celle que Rihanna a sur son seul nom, on se demande pourquoi elle est allée s’incruster dans les projets de Kanye West et Paul McCartney (qui ont bossé ensemble depuis l’automne dernier et sorti un duo en fin d’année 2014). Pour un comeback single, ce n’est pas forcément ce qu’il y a de plus valorisant.

 

 

 

 

Comme prévu, la chanson s’est aussitôt envolée dans les charts iTunes, mais bon, on sait bien que ça peut retomber d’une heure à l’autre : il faudra suivre très vite avec le clip, le single officiel, l’album et la batterie promotionnelle. Reste que FourFiveSeconds, à l’usure de cinq ou six écoutes, se révèle diablement efficace, et qu’elle pourrait rendre très bien en live, valorisant la voix de Rihanna et donnant l’envie (ou la délicieuse frustration) de voir si, vraiment, ce single est une fausse piste ou s’il sera effectivement le lead single du futur album de la superstar des charts.

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