Ready N Steady, le disque-fantôme de Billboard

under hot 100

Les classements musicaux sont l’une de mes marottes. En musique, la référence occidentale absolue reste Billboard qui, même s’il reflète un marché américain qui continue d’avoir peu en commun avec le reste du monde, a au moins le don d’éclairer chaque semaine les différentes tendances autour des styles musicaux. De fait, avec les années, les différents classements de Billboard ont évolué et pris en compte un éventail de plus en plus large de genres et de critère : “Pop”, “Rock”, “Adult Contemporary”. “Adult Pop”, “Alternative”, “Hard Rock”, “Folk”, “Dance”, “World”, “New Age” … et des mois avant la France, le “Top Streaming Songs”. Mais le Billboard Hot 100 reste le classement hebdomadaire de base, et de référence, du marché single. Il combine aujourd’hui ventes de singles, diffusions en radio et visionnages sur YouTube sur le territoire américain, et permet parfois de détecter, des semaines avant leur présence dans les charts français, des hits qui n’ont pas forcément eu les honneurs d’une sortie mondiale dès leur lancement (même si, peu à peu, le phénomène apparaît aussi dans l’autre sens, et des hits européens traversent l’Atlantique et atteignent le Billboard Hot 100 des semaines après).

 

ready n steady

 

Et puis il y a les bizarreries. En 1959, Billboard a créé un classement « annexe », le « Bubbling Under 100 », qui détaillait les 15 titres qui auraient dû, si le Billboard Hot 100 n’avait pas compté que 100 places, occuper les places 101 à 115. Ou les quinze titres qui « bourgeonnent » sous le Top 100, qui commencent à générer des ventes et des diffusions dans des stations locales, mais qui n’ont pas encore assez percé pour être des hits. Pour certains ça vient, pour d’autres ça ne viendra jamais, et certains titres tiennent de tristes records de longévité dans le « Bubbling Under ». Et comme ce ne sont pas vraiment des tubes, avec le temps, vraiment plus personne ne les connaît. Genre ça :

Depuis 1992, ce classement a 25 entrées.

 

Mais le Bubbling Under 100 a une légende urbaine, un mythe, une chimère : un titre-fantôme. Le 26 juin 1979, est apparu dans le classement un single, intitulé Ready N Steady et interprété par un groupe (ou un artiste solo, pour ce qu’on en sait…) nommé D.A., sous le label Rascal Records. Il a pointé à la 106ème place, puis à la 103ème la semaine suivante, puis à la 102ème… avant de disparaître définitivement. Un titre a priori sans histoire, sans destin tubesque. Juqu’à ce que quelques passionnés, dont l’historien et collectionneur Joel Whitburn, qui est à travers les années devenu une référence en la matière, ne s’aperçoivent d’un truc : ce single est introuvable. Personne ne semble jamais l’avoir entendu ni possédé, aucun programmateur radio ne s’en souvient, le label n’est traçable nulle part…

readynsteadybillboard

Il n’existe pas d’explication officielle à cela. D’après les enquêtes menées par Joel Whitburn et quelques autres, le label Rascal Records, localisé à Detroit, a fermé sans avoir jamais sorti de titres « chartés », et l’adresse de son siège social correspondait à celle d’un pavillon abandonné de banlieue. Un groupe punk de Chicago s’est apparemment nommé D.A. mais a été dissout en 1982 ; ses membres ont toujours démenti avoir sorti le titre Ready N Steady

 

 

A ce jour, deux théories surnagent : la première consiste à dire que le titre a bien existé mais que le label émanait probablement d’un seul individu, dans son garage, qui aurait réussi à manipuler les classements locaux en payant les magasins de disques et les stations locales pour rapporter à Billboard des ventes et diffusions fictives (à faible échelle, les choses étaient peut-être plus manipulables, moins traçables, à l’époque) dans l’espoir de faire apparaître le single dans le Bubbling Under et de déclencher une étincelle pour son titre en le faisant ainsi remarquer par les professionnels de l’industrie… Cette stratégie aurait tenu trois semaines, et le gars aurait juste disparu et détruit ses archives en fermant son label.

La seconde, plus répandue, estime que le titre n’a jamais existé et que son apparition dans classement n’a été qu’une discrète « private joke » de trois semaines initiée par un journaliste ou un stagiaire de Billboard, dans l’espoir de rendre fous quelques geeks et collectionneurs. Le fait est que, probablement, on ne saura jamais.

 

 

Mais plus mystérieux encore : Ready N Steady était référencé, en 1979, sous la référence « Rascal Records catalog number 102 ». Y a-t-il eu un « number 101 » ? Un titre encore plus mystérieux, encore plus introuvable que Ready N Steady ? Je pense que des journalistes américains se sont déjà penchés sur la question et ont déjà enquêté autant que possible, mais même si Ready N Steady n’est qu’une blague, ou juste un titre insignifiant ayant végété hors du Top 100 américain il y a 35 ans, à l’heure où on trouve TOUT sur Internet, c’est quand même un peu dingue qu’on n’ait toujours pas, à ce jour, trouvé trace du titre, d’un musicien impliqué dans « D.A », d’un gars lié au label… ou du blagueur.

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