The Theory of Everything

Ah, les biopics. A qui donnerait-on des oscars s’ils n’étaient plus là ? Cette année, l’un des favoris à l’oscar du meilleur acteur est le jeune Eddie Redmayne, vu dans Les Misérables et My Week With Marilyn, pour sa composition de Stephen Hawking, scientifique de génie qui publia notamment en 1988 Une brève histoire du temps, l’un des ouvrages de vulgarisation scientifique les plus vendus du siècle dernier. Hawking est également connu pour son lourd handicap causé par la maladie de Charcot / Lou Gehrig, qui a causé la dégénérescence progressive de ses neurones moteurs jusqu’à le laisser totalement paralysé : toujours vivant aujourd’hui, âgé de 73 ans, il ne peut plus s’exprimer que par le biais d’une machine et ne peut plus vivre de manière autonome depuis de nombreuses années.

 

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Comme souvent dans les films biographiques hollywoodiens, la partie « technique » de la carrière du héros est assez survolée, au profit de sa vie privée : amour, maladie, isolement, dépression… Le matériau personnel de la vie de Stephen Hawking se prêtait remarquablement bien à l’exercice du biopic. On accompagne donc le cosmologiste de son arrivée à Cambridge jusqu’au début des années 90, dans une histoire essentiellement rythmée par les temps fort de son mariage et de sa santé. Et les interprètes sont, il faut l’admettre, très bon dans leur boulot. Felicity Jones incarne à merveille l’épouse aimante souffrant avec son mari et mettant sa propre vie entre parenthèses. Redmayne, de son côté, fait honneur à la dignité d’un personnage dont l’élocution progressivement pénible et la gestuelle de plus en plus empesée auraient pu facilement donner lieu à du grand-guignol à l’écran. Eddie Redmayne campe un Hawking plutôt rayonnant, au regard pétillant de brillance derrière les souffrances.

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Pour le reste, The Theory of Everything est un biopic efficace et classique, de bonne facture malgré quelques défauts (de rythme, de qualité d’image – soit je suis plus myope que je ne le crois, soit il y a par moments des soucis de focale et de flou), et surtout hyper académique. Il est regrettable que le tout soit assez hagiographique, assez visiblement validé par son entourage, quitte à livrer quelques inexactitudes factuelles. On peut notamment penser, quelques mois après le Ice Bucket Challenge, que l’absence d’engagement de Stephen Hawking, pourtant très concerné, en faveur des œuvres caritatives luttant contre la maladie de Charcot. Il a bien évidemment le droit de ne pas militer et de ne pas vouloir être réduit à sa maladie ou d’en être le porte-drapeau, mais son manque d’implication sur le sujet (pourtant central dans le film) a suscité des critiques à travers le temps.

 

 

De même, à la fin (SPOILERS), quand on voit Stephen et Jane rencontrer la Reine d’Angleterre pour qu’il reçoive la distinction de Commandeur de l’ordre de l’Empire britannique, le film sous-entend que cela se passe après leur séparation et que, timidement, ils reconstruisent une relation d’amitié basée sur leur estime mutuelle. Sauf que Stephen Hawking a reçu cette distinction en 1982, près de dix ans avant son divorce. Les rumeurs sur sa seconde épouse, infirmière autoritaire soupçonnée d’avoir pratiqué sur lui des abus physiques dans les années 90, on ne saura rien. Ni sur les circonstances qui ont permis à Jane Hawking de réécrire, en 2007, juste après le second divorce de Stephen, le livre qui a inspiré le film (une première version, publiée en 1999 alors que le scientifique était encore marié, a ainsi été complétée huit ans plus tard). Dommage de ne pas avoir exploré l’histoire personnelle de ce brillant esprit sans avoir tenté d’apercevoir, aussi, ses zones d’ombres. Reste une « ombre », malgré tout, qui m’a donné à réfléchir : celle du courage de la malheureuse Jane.  « En 1963, les médecins te donnaient deux années à vivre. Tu en as vécu tant d’autres… » dit-elle à Stephen lorsqu’ils se séparent, émus et presque soulagés. Et c’est vrai : si beaucoup d’entre nous auraient la force, par amour, d’aimer et de soutenir un proche condamné pendant ses derniers mois de vie, en luttant contre la maladie et en espérant s’en tirer dignement, combien sont réellement prêts à tenir trente ans ? Trente ans à porter son époux à bout de bras, à voir sa vie se poursuivre malgré la maladie et à mettre la sienne en carafe, à force de devoir gérer toutes les contraintes et de lui rendre la vie plus douce. Trente ans à vivre avec la maladie, à ne tout faire et prévoir qu’en fonction d’elle. Trente ans qu’on ne voit passer, à l’écran, qu’au gré des naissances d’enfants et de quelques indices technologiques. Mais trente ans qui constituent une histoire à la fois tragiquement ordinaire et délicieusement unique. Sans regret, mais en fin de compte, aurait-on tenu ?

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