Wild : dépression, ampoules et rédemption

WILD_movie_poster

Le québécois Jean-Marc Vallée est en passe de devenir le réalisateur hollywoodien spécialisé des gros biopics dramatiques destinés principalement à rapporter des nominations aux oscars pour leurs interprètes principaux. Après C.R.A.Z.Y., The Young Victoria et Dallas Buyers Club, voici donc Wild, l’adaptation du récit autobiographique de Cheryl Strayed, avec une Reese Witherspoon très investie (rôle principal et production, on sent qu’elle a cru dans le projet).

Synopsis :
Après plusieurs années d’errance, d’addiction et l’échec de son couple, Cheryl Strayed prend une décision radicale : elle tourne le dos à son passé et, sans aucune expérience, se lance dans un périple en solitaire de 1700 kilomètres, à pied, avec pour seule compagnie le souvenir de sa mère disparue… Cheryl va affronter ses plus grandes peurs, approcher ses limites, frôler la folie et découvrir sa force.

 

wild reese witherspoon pct

 

Et c’est vrai qu’on comprend la nomination aux oscars, rien qu’avec cette première scène d’ongle du gros orteil arraché que Reese traverse sans hurler ni vomir (contrairement à la moitié de la salle). Pour le reste, c’est une intrigue somme toute assez classique, qui correspond à ce qu’on peut attendre d’un récit initiatique passant par une randonnée de 1700 km en pleine nature. Dépassement de soi. Rencontres humaines chaleureuses. Rencontres humaines moins chaleureuses. Dépression. Découragement. Fierté des étapes franchies. Et évidemment, comme c’est la nature sauvage et hostile, il fallait qu’elle croise un serpent, cette cruche.

 

 

Le tout, entrecoupé de flashbacks sur une jeunesse difficile mais adoucie par une mère aimante et idéalisée comme le cinéma aime les montrer : serveuse plouc au grand cœur, ex-femme battue qui s’est échappée de son foyer pour sauver ses enfants, souriante, sympa, pas bégueule, aimante, nourricière, heureuse d’avoir offert à ses enfants les moyens d’aller un peu plus loin qu’elle dans l’échelle CSP… La nomination de Laura Dern (outre le fait qu’elle est ignorée et sous-estimée par le circuit dans les grandes largeurs depuis 20 ans – Inland Empire, We don’t live here anymore, The Master…) se justifie par un personnage solaire qui hante le film de bout en bout malgré peu de présence effective à l’écran, ou même de texte. Cela permet aussi à l’Académie de montrer à l’actrice qu’elle a remarqué ses productives récentes années (Enlightened, The Fault In Our Stars) et de lui offrir la jolie histoire de 87e cérémonie des Oscars : l’actrice underground qu’on oublie presque toujours et qui soudain pique la nomination de Jessica Chastain, et se retrouve nommée un an après son papa Bruce Dern. Bien que standard, ce rôle de mère-courage est effectivement l’un des points forts du film, qui manque parfois de rythme.

wild

Wild parle aussi de la dépression, de la peur de devenir soi et de la préférence, qui relève curieusement d’un réflexe d’auto-préservation, qui consiste à choisir la destruction plutôt que le courage en premier. Et évidemment, de rédemption, car de quoi d’autre peut bien parler un film avec un synopsis pareil ? Émouvante, parfois même drôle, Reese Witherspoon porte presque intégralement sur ses épaules ce film doux et oubliable, qui laissera un souvenir évanescent et triste à ses spectateurs dans les jours suivants, au son mélancolique du El Cóndor Pasa de Simon & Garfunkel.

Pour le reste, ne nous leurrons pas : Julianne Moore ne laissera pas cette petite peste chiper un deuxième oscar sous ses yeux.

Une réflexion au sujet de « Wild : dépression, ampoules et rédemption »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*