Cucumber-Banana-Tofu, série LGBT cross-media

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Russel T. Davies est le créateur de la série télévisée anglaise culte Queer As Folk (que je connais davantage par son remake américain sur Showtime), à qui l’on doit aussi tout ou partie de Doctor Who et Torchwood ces quinze dernières années. On le sait, on le savait, et ça commençait même à faire un moment qu’on se demandait si ces nobles faits d’armes resteraient ses accomplissements les plus connus pour toujours, faute de réel nouveau projet novateur et excitant. Et puis, depuis janvier, à 51 ans, le créateur est revenu sur Channel 4, la chaîne qui l’a fait exploser, avec un nouveau concept de série, à nouveau centrée sur la scène LGBT de Manchester : Cucumber – Banana – Tofu.

 

Un triptyque dont les titres évoquent trois des quatre états d’érection masculine théorisés par une étude scientifique de l’European Association of Urology. Je ne te fais pas un dessin. Ce n’est donc pas une, mais trois séries, diffusées les unes à la suite des autres, sur des formats et des medium différents.

 

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Cucumber, la série-phare de ce concept, est un format 45 minutes, diffusé sur Channel 4, et tourne autour de la vie d’Henry, un assureur gay approchant la cinquantaine, qui vit en couple avec son copain Lance depuis une dizaine d’années.

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Banana, diffusée sur E4, la chaîne « jeunes » de Channel 4 lancée en 2001 (et essentiellement connue, chez nous, pour avoir diffusé Skins et Misfits), est un spin-off direct de Cucumber, qui se passe au même moment mais dans un milieu différent : celui des jeunes gays et lesbiennes de Manchester. On y suit donc, dans le premier épisode, Dean, gamin de 19-20 ans, black et gay, qui distribue le courrier dans l’entreprise d’Henry, le héros de Cucumber, et qui apparaît dans les deux séries. On y suit également ses galères, sa vie sexuelle, les vies de personnages secondaires de son âge, également jeunes, représentant un éventail LGBT beaucoup plus large.

 

 

Tofu, enfin, est un format complémentaire, une web-série documentaire découpée en épisodes de dix minutes, et diffusée sur 4oD, le site de VOD de Channel 4. Les acteurs des deux séries Cucumber et Banana, mais aussi des anonymes, y témoignent sur divers aspects de la vie LGBT évoqués dans le programme.

 

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Ce qui est intéressant, au-delà de l’originalité du format, c’est donc cette capacité des trois « branches » de ce triptyque à se compléter, à se répondre entre elles. Si les héros de Banana sont des teenagers (ou à peine plus vieux) dont la question du coming out ne les a pas torturés bien longtemps, ceux de Cucumber sont des quadras vieillissants, rescapés des années sida et du militantisme des années 80-90, dont l’horizon est moins clair.

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Les deux personnages « principaux », Henry et Dean, qui sont surtout des vecteurs pour les autres personnages, ayant par ailleurs, chacun, une contradiction, un jardin secret bien étrange, qui amène à les regarder d’un œil curieux et circonspect, en se demandant si cela va leur exploser au visage à un moment, ou bien si c’est juste « comme ça ». Henry, le quasi-quinquagénaire, dissimule en effet une situation qui, révélée à la fin du premier épisode, nous fait considérer d’un œil complètement neuf (et vaguement agacé) ses déclarations hyper-définitives sur les relations amoureuses et le sexe ; Dean, sous des abords gentils et rigolos, semble surtout mythomane borderline parasite. Du coup, je ne sais pas si je vais tenir longtemps devant les mésaventures de nos héros (que, je le sens venir, ils vont largement provoquer eux-mêmes par lâcheté ou par hypocrisie) : dans le genre « personnages fascinants mais à baffer », j’ai déjà les séries de HBO, merci bien. Les personnages de Queer as Folk étaient remplis de contradiction, mais on trouvait toujours en l’un d’eux la voix de la raison, le cœur « moral » de la série, le point de vue modéré du téléspectateur (Vince dans la version anglaise, Michael ou Emmett dans la version US). Je n’ai pas encore trouvé ça dans Cucumber / Banana.

 

Mais en attendant, l’originalité du concept et le plaisir de voir une série proposant une large variété sociale, ethnique, sexuelle et d’âges de personnages vont me faire rester un peu, avant peut-être que je ne lâche l’affaire devant tant de marasme névrotique. Reste qu’une série anglaise, ça ne ressemble jamais vraiment à rien d’autre.

2 réflexions au sujet de « Cucumber-Banana-Tofu, série LGBT cross-media »

  1. J’ai vu les premiers épisodes de Cucumber. Je trouve les personnages quadras brillament bien écrits !
    Dans le premier épisode, la conversation au restaurant à propos du mariage sonne tout à fait juste, et la déception mal dissimulée de Dean qui se rattrape par la suite en boite me semble aussi tout à fait juste. (D’ailleurs je suis surpris que tu qualifies ce personnage de mytho ?? En quoi il serait particulièrement menteur ?)
    Donc moi j’ai adoré les personnages de quadras, par contre … Par contre les personnages des jeunes sont TERRIBLEMENT mal écrits je trouve !
    Je pense en particulier au blondinet dont le nom m’a échappé, et dont chacune des répliques me donne envie d’éteindre mon écran !
    Je ne me suis pas encore mis à Banana, mais si tous les personnages sont aussi peu réalistes que lui, ça risque de vite m’agacer !

    1. Hello,

      Le personnage que je trouve mytho n’est pas Henry l’assureur quadra, mais Dean le jeune black qui distribue le courrier (qui a notamment tendance à exagérer l’intolérance de ses parents à son égard). Henry n’est pas « mytho », mais il a un jardin secret, un truc qu’il cache essentiellement par convention sociale à mon sens, et qu’on découvre à l’issue de la sortie en boîte du premier épisode. Et c’est la base de plusieurs contradictions chez lui.

      Quant au blondinet coloc de Dean (il s’appelle Freddie), il y a un côté « jeune gay arrogant post-luttes LGBT, conscient de son sex appeal et de son pouvoir sur les hommes », qui le rend forcément peu attachant, mais intéressant si les auteurs le développent bien. Le seul problème, c’est que je le trouve pas terrible physiquement, et que du coup j’ai un peu de mal à comprendre pourquoi tout le monde semble à donf’ dessus dans la série…

      Après, je n’ai vu que deux épisodes de chaque, pour le moment. 🙂

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