Jupiter Ascending

Ah, Andy et Lana Wachowski… Le duo culte à l’origine de la trilogie Matrix reste surveillé de près par les amateurs de SF, mais peine cruellement à se reconnecter avec le grand public ces dernières années. Au point que la perspective d’un reboot de Matrix ne devienne leur seul salut crédible pour le cinoche à ce jour. Après le gadin Speed Racer en 2008 et l’ambitieux mais pas très apprécié Cloud Atlas en 2012 (pourtant l’un des films les plus intéressants de cette année-là), les revoici donc avec Jupiter Ascending, rebaptisé chez nous Jupiter, le destin de l’univers, parce que, euh, le verbe to ascend c’est pas assez transparent en français, on va dire.

 

 

jupiter ascending bath

 

Flop au box-office, ce nouveau blockbuster expérimental (osant, une nouvelle fois, d’intéressantes théories sur la vie extra-terrestre, l’origine de l’humanité ou le pouvoir) ne les a pas réconciliés avec le grand public. Pétard mouillé passé, progressivement, de projet A-List à ligne budgétaire un peu encombrante dans l’exercice annuel de Warner Bros., le film n’a pas vraiment bénéficié de ses huit mois de post-production supplémentaire, après des projections-test catastrophiques au printemps 2014. Foutraque, incohérent, daté et kitsch dans ses airs de space opera n’ayant pas l’humour d’un Guardians of the Galaxy, Jupiter Ascending a à peine bénéficié d’une promotion cohérente, les Wachos étant entretemps passés à autre chose (à savoir leur projet de série pour Netflix, Sense8, qui devrait débarquer d’ici cet été).

 

 

Le pitch :
Née sous un ciel étoilé, Jupiter Jones est promise à un destin hors du commun. Devenue adulte, elle a la tête dans les étoiles, mais enchaîne les coups durs et n’a d’autre perspective que de gagner sa vie en nettoyant des toilettes. Ce n’est que lorsque Caine, ancien chasseur militaire génétiquement modifié, débarque sur Terre pour retrouver sa trace que Jupiter commence à entrevoir le destin qui l’attend depuis toujours : grâce à son empreinte génétique, elle doit bénéficier d’un héritage extraordinaire qui pourrait bien bouleverser l’équilibre du cosmos…

 

 

jupiter-ascending

 

Outre le fait que le générique place Channing Tatum avant Mila Kunis alors que c’est clairement elle l’héroïne et le vecteur principal de l’intrigue (et la Jupiter du titre, bordel), le film commence assez mal, avec une héroïne qui fait la voix off pour nous expliquer les circonstances de sa naissance avant… de ne plus le faire du tout, le récit perdant ensuite régulièrement son point de vue pour s’intéresser aux amitiés militaires et complots familiaux dans lesquels elle se retrouve embarquée sans rien y comprendre (nous non plus, d’ailleurs, pendant une bonne première demi-heure). On ne sait pas trop depuis quel endroit et quel moment Jupiter nous raconte sa naissance en voix off (double discours sur la notion d’intruse – immigrée dans son pays, alien sur sa planète), mais il s’avère donc qu’on s’en fout. Bon.

 

 

Jetons donc cette malheureuse princesse qui s’ignore dans son destin : récupérer son titre de « propriétaire de la Terre » (ah bon) face à ses co-héritiers qui sont, grossièrement, ses enfants. Enfin, en gros, hein. Si on adhère à l’idée qu’une séquence ADN entière est reproductible à l’identique, et que Jupiter est donc le clone ADN parfait de la reine-mère des Abrasax, une riche famille d’humains maîtres de l’univers. Bref.

 

jupiter ascending eddie redmayne

 

Les trois « enfants » de Jupiter (dont l’un a sa résidence secondaire sur… Jupiter, mouhahaha, comme c’est drôle) fomentent tous des complots pour l’empêcher de régner, mais à part le très méchant Balem qu’on se garde sous le coude pour la fin, leurs plans sont globalement très cons (si quelqu’un a pigé en quoi consistait le plan de Kalique Abrasax, je suis preneur). Bon, ça tombe bien, Jupiter n’est pas bien finaude, et les failles scénaristiques pleuvent (le summum : un mariage dans un vaisseau spatial interrompu par… un mec en scooter de l’espace qui entre de force dans le vaisseau en défonçant les cloisons, le tout sans passer par un sas ni provoquer une dépressurisation de la cabine, s’il vous plaît). Je n’ai pas compté le nombre de fois où chaque personnage du film a eu une opportunité de tirer une balle dans la tête de Jupiter mais ne l’a pas fait, préférant discuter ou négocier (POURQUOI FAIRE ?), mais il y en a beaucoup. Disons que c’est un poncif classique de thriller, hein.

jupiter ascending mila kunis

Mais comme c’est une héroïne de soap opera basique, un gentil héros, forcément un peu roturier et un peu en-dessous de sa condition de reine (mais c’est pas grave parce qu’en vrai, elle sait ce que c’est que le bas peuple, la pauvre Jupiter qui nettoie les toilettes), vient la sauver. Genre plein de fois. Même quand il n’est plus obligé d’être là et qu’il l’accompagne dans ce qui est supposé être le climax comique du film : la galère administrative et bureaucratique pour récupérer son statut de reine (avec caméo de Terry Gilliam en prime). Une séquence qui, comme beaucoup d’autres, semble un peu déconnectée du reste, dans laquelle on est supposés croire que des êtres ayant accès à tant de technologies ont encore des locaux et des machines en bois qui ont l’air de dater du début du XXème siècle.

 

 

Très référencé (Brazil, donc, avec Terry Gilliam, mais aussi Star Wars, Blade Runner, Le Cinquième Elément, Soleil Vert [comme Cloud Atlas]…) et parfois intéressant dans son propos, Jupiter Ascending manque de cohérence (on efface la mémoire des témoins mais pas les photos sur leurs smartphones, on reconnaît la reine grâce à des abeilles qui, sans ça, l’auraient sans doute tuée – ça c’est de la chance !), de temps pour installer ses personnages (notamment méchants) et, surtout, d’humour. Couple glamour sur le papier, Mila Kunis et Channing Tatum font le minimum syndical en termes d’alchimie à l’écran : leurs statuts de têtes d’affiche / sex symbols les obligeant pratiquement à finir ensemble, on ne se prend même pas la tête à espérer qu’ils vont réussir à vaincre l’adversité pour s’aimer sous la lumière du soleil couchant à la fin ; on le sait déjà.

 

 

Le résultat est, au final, une belle catastrophe ambitieuse et ampoulée, qui se laisse regarder sans déplaisir mais dont on sort en se demandant s’il n’y avait vraiment rien de mieux à faire de 175 millions de dollars.

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