Le Prix à payer

 

 

Actuellement en salles, le film documentaire canadien Le Prix à payer, d’Harold Crooks, basé sur l’ouvrage La crise fiscale qui vient, de Brigitte Alepin, a quelques défauts de forme : il est un peu longuet, il a un petit côté cheap avec ses transitions en animations Powerpoint et en tempête apocalyptique en images de synthèse. Mais il n’en est pas moins un documentaire efficace et percutant, pour qui n’est pas très au fait de ce que sont le offshore et l’évasion fiscale.

 

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Édifiant par certains de ces constats (non, les milliards ne dorment pas vraiment dans un coffre aux Îles Caïman, ils n’y sont même pas physiquement présents : ils y sont juste « domiciliés » – le fric est en fait bien présent dans les pays dont il « fuit » la fiscalité), Le Prix à payer est avant tout l’occasion de se rendre compte des conséquences politiques et sociales au long cours de l’évasion fiscale, et plus largement de la confiscation de la richesse à des fins de stockage, de thésaurisation, d’actionnariat déconnecté de la réalité économique. Pas illégale mais rendue possible par des flous juridiques, ce que l’on nomme benoitement « l’optimisation » fiscale contribue à rompre le contrat social des États démocratiques avec leurs peuples et, comme on le constate de plus en plus face à nos gouvernements impuissants à agir sur la croissance, limite considérablement leurs moyens d’action.

 

 

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Les pistes de résolution soulevées par le film, à base notamment de coopération européenne et internationale sur leurs régimes fiscaux, semblent à la fois simples et hors de portée, tant les intérêts en jeux divergent, notamment pour les pays les plus « avantageux » en termes de droits. On crée une nouvelle noblesse, qui ne paie rien ou presque au regard de ce qu’elle gagne et qu’elle devrait partiellement redistribuer, qui pense avant tout à préserver son train de vie sur trois siècles plutôt qu’à son rôle social, tandis que la majorité la moins aisée de la population portera l’effort collectif, comme les serfs. Et comme apparemment, les jeunes espérant que le nouveau vivier d’emplois (ou le modèle économique qui saura fonctionner solidairement sans le plein emploi) n’émerge ne sont que des feignasses qui ne « se bougent » pas, on peut même plus compter sur la bienveillance des Enfoirés. On va tous mourir, quoi.  Et même Zaz ne nous sauvera pas.

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