Les nuits d’été

 

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Il y a quelque chose de chabrolien dans le premier film de Mario Fanfani, Queer Lion du dernier Festival de Venise, qui explore la double-vie, résolument bourgeoise, d’un père de famille lorrain à la fin des années 50 (Guillaume de Tonquédec), en pleine Guerre d’Algérie : celle d’un notable de province aspirant à être élu à la chambre de commerce d’un côté, celle d’une femme d’intérieur de l’autre. Si le cadre et les personnages étudiés gravitent autour d’une bourgeoisie de province forcément un peu engoncée et hypocrite, le film va plus loin, à la faveur du contexte historique dans lequel il inscrit son récit.

 

les nuits d'été

 

Metz, 1959.
Michel, un respectable notaire de province et sa femme Hélène, qui partage son temps entre les œuvres caritatives et l’éducation de leur fils, forment un couple exemplaire.
Le tableau serait banal si Michel ne dissimulait un lourd secret : tous les week-ends, il s’absente dans sa résidence secondaire, pour devenir Mylène sous le regard de Flavia, travesti expérimenté et ancien camarade de la drôle de guerre.
Sous son influence, le lieu devient la Villa Mimi, point de ralliement d’une petite communauté d’hommes qui jouent librement à être des femmes…

 

 

A ce pitch « principal » s’ajoutent la femme de Michel, Hélène, (Jeanne Balibar), une bourgeoise désœuvrée mais sensible, qui de son ennui fera naître une conscience politique, et Quéméner, dit Chérubin (Mathieu Spinosi, un faux air de Benoît Magimel), un jeune appelé sous les drapeaux qui songe à déserter. Si l’histoire de Michel / Mylène est déroulée jusqu’à une conclusion à peu près satisfaisante, ce n’est pas le cas de ces deux intrigues « secondaires », un peu laissées de côté, à la manière des copines de la Villa Mimi, dont on ne sait pas trop si leur petite communauté survivra à la fin du film, laissées dans la dernière séquence exactement là où on les avait trouvées au début, dans leur cabaret, comme si de rien n’était, comme si tout le film n’avait été qu’une « opération blanche » pour ses personnages secondaires. De même, le sort du petit soldat nous restera inconnu, même si on peut se douter… Le cheminement de Quéméner est, émotionnellement comme intellectuellement, bizarre, passant du jeune niais aux décharges de virilité frustrée pour finir en angelot un peu déboussolé de l’étrange communauté féminine, avant de décider qu’en fait non. Ah bon.

 

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Bref, un joli film, mais qui tire un peu sur la corde de son argument principal, au risque de ne pas dire grand-chose de plus que son évident message de tolérance, et qui laisse ses intéressantes intrigues secondaires en plan, alors qu’elles apportaient un supplément d’âme très important à cette réflexion sur la virilité, les conventions et la liberté de conscience, dans la guerre ou dans la paix.

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