American Crime

american crime cast

 

On entend parler, depuis quelques semaines, du nouveau drama de ABC, American Crime, devant lequel la critique se prosterne, même si les audiences ne suivent pas trop ; pour ma part, c’est surtout parce que c’est le grand retour de Felicity Huffman dans une série que cette nouvelle « anthologie » (à la manière de American Horror Story ou True Detective, qui ont clairement popularisé ce format ces dernières années, chaque saison devrait raconter une histoire indépendante des autres, malgré une communauté de thèmes) m’a interpellé, personnellement. Elle y tient d’ailleurs, dans un assez large casting présenté dès le pilote, un des rôles-clés, même si on sent bien que c’est une série chorale. Sans surprise, elle est excellente (elle était l’un des meilleurs éléments de Desperate Housewives), et se glisse sans difficulté dans la peau d’une femme divorcée, aigre et coléreuse, à mille lieues de Lynette Scavo.

american crime felicity huffman

Le pitch, selon Allociné :
La petite ville de Modesto en Californie est bouleversée par un crime odieux, soupçonné d’être raciste, qui divise les différentes communautés qui la compose. Tandis que les enquêteurs cherchent la vérité sur ce qui s’est véritablement passé, troublé par les médias qui s’en mêlent, les familles des victimes tentent de faire leur deuil en espérant que justice soit faite. Quant aux familles des accusés, elles veulent comprendre…

 

 

american crime pilot

 

J’ai l’impression que si la critique est au garde-à-vous, c’est pour plusieurs raisons. Déjà, il y a John Ridley, créateur de la série, qui est aussi le scénariste récemment oscarisé de Twelve Years A Slave : même si ce n’est pas la première fois, ces dernières années, qu’un crack du cinéma vient se compromettre à la télé, et que la noblesse du genre séries n’est plus vraiment à démontrer, il y a toujours ce mélange de respect et de crainte de la critique face à cela. Quand David Fincher, Steven Soderbergh ou Kevin Spacey se lance dans une série, à tort ou à raison, c’est vite difficile de considérer ça comme naze. American Crime bénéficie aussi, en dépit de sa diffusion sur la très sage et formatée ABC, de son ambiance très particulière, un peu lourde et jaunâtre comme un drama à filtres dégueu’ du câble, de son sujet plutôt politique et de l’impression, en dépit d’une intrigue assez rapide (l’arrestation des principaux suspects a lieu dès la fin du pilote, au début duquel le crime dont il est question dans le titre était déjà survenu), que tout est lent, contemplatif, peu chargé en dialogues, genre The Leftovers. Bref, on se croirait sur Showtime ou sur AMC, alors qu’on est sur le network de Scandal, de Grey’s Anatomy et de Modern Family : choc des cultures.

 

american crime victim parents

 

Pour ce qui est de l’histoire, American Crime est donc davantage un drama qu’un thriller : le suspense sur l’enquête et la traque du ou des assassin(s) est assez vite expédié, essentiellement hors champ, et on se concentre sur les conséquences du crime. Judiciaires, bien sûr, mais aussi sociales, médiatiques, psychologiques, chez ses acteurs comme chez leur entourage. On rencontre ainsi, dès le premier épisode (où l’on voit à peine les victimes) : le père de l’un des suspects, effondré que l’un de ses enfants soit mêlé à une telle histoire, les parents des victimes (plus ou moins vindicatifs, plus ou moins pétris de préjugés racistes), un couple de junkies vraisemblablement lié au crime à cause de leur addiction, un jeune gangster latino en possession des papiers de l’une des victimes… On occulte presque le sujet (même s’il devrait vite venir) de la peine de mort, la série se déroulant en Californie, l’Etat américain présentant le plus grand nombre d’hommes dans le couloir de la mort.

 

 

On sent tout de même venir, car ce n’est pas très subtil, la grosse parabole sur l’Amérique actuelle, toujours pas en paix avec ses communautés raciales étanches, qui vivent côte à côte mais pas ensemble (mais bon, vu le climat nauséabond en France en ce moment, ne nous croyons pas au-dessus de ça, hein), où une victime blanche n’est pas toujours totalement clean, et un meurtrier latino ou noir pas racialement déterminé mais évidemment influencé par un contexte social où le racisme, l’inégalité des chances et les déterminismes sociaux l’ont écrasé avant même que toute cette histoire n’arrive. Reste à savoir si la série a un discours plus large à déployer sur une, voire plusieurs saisons entières, et si l’intrigue est bien dense et réelle, et non un simple prétexte à fable sociale : y aura-t-il des rebondissements ? des fausses pistes ? de nouveaux suspects ? Ou bien ne verrons-nous que les subtiles évolutions des rapports entre citoyens, entre victimes et bourreaux, entre recherche de justice et recherche de vengeance ?

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