Birdman : showbiz, méta et plan séquence

 

 

Comment rester équilibré quand on n’est plus que la description que les autres font de nous ? Riggan Thomson n’est plus personne. S’il a été une star de la fin des années 80 et du début des 90’s grâce à une célèbre franchise d’adaptations ciné des aventures de Birdman (avec un interprète comme Michael Keaton, l’allusion est un peu grossière, mais bon), il est aujourd’hui essentiellement le ringard que les autres voient en lui. Pour ne rien arranger, il a été un père, un époux, un amant et un professionnel lamentable. C’est de ce matériau de loser vieillissant mais farouchement décidé à se rattraper, plus par égo que par mauvaise conscience, que Alejandro González Iñárritu fait le cœur de son film, récompensé de l’oscar du meilleur réalisateur (un peu usurpé à Wes Anderson mais évidemment mérité par son impressionnant gimmick de mise en scène en plan séquence) et celui du meilleur film (pour le coup, complètement volé à Boyhood).

 

 

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Le pitch, selon Allociné :
À l’époque où il incarnait un célèbre super-héros, Riggan Thomson était mondialement connu. Mais de cette célébrité il ne reste plus grand-chose, et il tente aujourd’hui de monter une pièce de théâtre à Broadway dans l’espoir de renouer avec sa gloire perdue. Durant les quelques jours qui précèdent la première, il va devoir tout affronter : sa famille et ses proches, son passé, ses rêves et son ego…
S’il s’en sort, le rideau a une chance de s’ouvrir…

 

 

 

La montée en puissance de Birdman a été un peu surprenante lors de la saison des récompenses ciné, après des Golden Globes qui n’avaient récompensé que son scénario et Michael Keaton, mais semble finalement assez logique, couronnant un réalisateur chouchou des critiques pour son projet peut-être à la fois le plus ambitieux et le plus grand public. Mais après l’avoir vu, je n’en démords pas : les oscars ont loupé une bonne occasion de montrer leur pertinence et leur sens de la postérité en récompensant plutôt le film de Linklater.

 

 

De fait, Birdman n’est pas désagréable du tout, et réussit cette combinaison rare de mixer harmonieusement concept fort, mise en scène remarquable et numéros d’acteurs marquants. Car outre Keaton, Emma Stone et Edward Norton crèvent l’écran, par le look comme par l’attitude, tandis que Zach Galifianakis, Naomi Watts et Andrea Riseborough, sans grosse scène à tirade comique ou dramatique, sans « truc à oscar », réussissent à tirer leur épingle du jeu. Vraiment, c’est un film très équilibré, visuellement intéressant, perché, onirique, conceptuel. Bref, exactement le genre de film qui donne l’impression de casser le cadre, de redéfinir des choses, d’être subversif.

 

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Sauf que tout cela se prend diablement au sérieux, et qu’au détour de métaphores absconses sur la schizophrénie du personnage principal et d’une intrigue plus convenue sur la difficulté du comeback, le film ose le bon gros flingage du principe-même de la critique, paralysant un peu ceux qui oseraient écrire une saloperie sur ce travail dans lequel de braves artistes mettent leurs tripes tout en risquant leur crédibilité, et donc leur carrière future et leur hypothèque. Après ça, va leur dire que leur pièce ou leur film est nul à ch’.

 

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De même, la promo du film appuie beaucoup sur la dualité Riggan / Birdman, qui ne se manifeste pourtant guère et ne semble pas hyper décisive (elle sert surtout à manifester la folie du héros qui, elle, aura un rôle essentiel dans les évènements du dernier quart d’heure) ou sur ce plan splendide dans lequel on voit Emma Stone regarder quelque chose, en l’air, avec un regard émerveillé… et qui est en fait le dernier plan du film. Rien de grave, mais cela donne une impression légèrement faussée du film. Dommage que promos et bande-annonce passent autant sous silence les rôles d’Edward Norton et de Naomi Watts, inégalement creusés mais incontestablement autant, si ce n’est plus intéressants, que Riggan Thomson dans cette faune de théâtreux angoissés par l’échec.

 

 

Birdman est un film intéressant, ample, ambitieux, et plein de qualités, vraiment. On y trouve de nombreuses réflexions sur le succès, la rédemption, la famille, l’échec, la médiatisation ou le showbiz, et c’est savoureusement méta par moments (quoique pas nécessairement subtil). N’empêche qu’il a volé au moins un oscar à Boyhood.

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