Mom, sur le chemin de la réussite

 

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Je n’étais pas complètement convaincu par Mom, lorsque la sitcom de la très sage CBS a commencé en 2013. D’abord, il y avait ce côté un peu usé de l’aspect (niveau décor et ambiance, ça pourrait facilement dater de 1997) et du fond (mère célibataire débordée et poursuivie par la louze), et ma méfiance naturelle envers Chuck Lorre, créateur de sitcoms moyennes au succès généralement exagéré (Dharma & Greg, Mon Oncle Charlie, The Big Bang Theory). Et puis, quelques petites choses m’ont retenu : quelque chose dans la mine résignée d’Anna Faris, dans les répliques assassines de Bonnie (Allison Janney), dans le boulot comique humble et souvent réussi des guests (Mimi Kennedy, Octavia Spencer, Kevin Pollak, Colin Hanks, Justin Long, Jaime Pressly)…

 

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Aujourd’hui, au bout d’une saison et demi, Mom est une petite machine bien huilée et bien établie, qui vogue tranquillement à un rythme de croisière situé en 8 et 12 millions de téléspectateurs, et dont son diffuseur a toute raison de se réjouir. En dépassant ses postulats de base (les retrouvailles tendues entre une mère et sa fille, toutes deux alcooliques, sur fond de grossesse non désirée) pour les transcender, tout en évacuant de manière douce et crédible les éléments d’intrigue les plus discutables (la liaison de Christy avec son patron, son incapacité à pardonner sa mère, le train de vie de branleur de Baxter…), la série s’est donné le moyens de ne pas répéter en permanence ses gags et ses thèmes les plus lourds, sans pour autant les renier. Le sujet de la rechute dans l’alcoolisme est toujours présent en toile de fond, mais ne sert plus de sujet à chaque intrigue hebdomadaire ; le père lourdaud mais gentil de Roscoe est toujours là, au second plan, mais ne nous sert plus ses gags usés de caravane ; la vie amoureuse de Christy peut prendre de nouveaux virages, sans rester coincé dans ce qui s’annonçait, au départ, comme une boucle d’adultère sans fin…

 

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Bref, Mom a su trouver son thème sans renier son matériau de départ : deux femmes, mère et fille, qui tentent de s’en sortir dans la vie malgré un contexte social et personnel pas évident, et qui souhaitent sincèrement dépasser les griefs qu’elles peuvent entretenir l’une envers l’autre. Oui, elles sont alcooliques, oui, elles sont indignes, oui, elles s’envoient des vacheries à la figure. Mais elles ont déjà fait un bout de chemin vers la stabilité familiale en moins de deux ans, en affrontant ensemble des tuiles, quotidiennes ou exceptionnelles, qui challengent leur sobriété et leur relation : grossesse, adoption, expulsion, maladie, addictions (drogues, alcool, jeu), mort… Plus profonde qu’elle ne peut paraître au premier abord, la série porte notamment la marque des sitcoms qui ont la tranquille assurance de leur qualité et de ce qu’elles ont à dire : elle n’a pas peur, si nécessaire, de terminer un épisode sur un blanc, sans rires enregistrés ni gag supplémentaire pour illustrer son générique de fin. A l’image du final de la saison 1, où sans ressentir le besoin de terminer sur un mot d’esprit, Christy faisait le bilan de l’année écoulée durant une réunion des alcooliques anonymes, ou de cet épisode de la saison 2 se terminant sur l’annonce du départ de sa fille Violet. Confiante en ses talents et en l’histoire qu’elle veut nous raconter, Mom sait toujours rebondir, à l’épisode suivant, sans avoir peur de nous laisser pantois durant une semaine. L’une des bonnes surprises de ces deux dernières saisons, qui mûrit bien et qui, contrairement à 2 Broke Girls, par exemple, ne tourne pas encore complètement à vide en termes d’enjeux narratifs ou de répétitivité des gags. Si tu ne l’as pas encore commencée, il est donc toujours temps de t’y mettre.

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