Unbreakable Kimmy Schmidt

 

unbreakable kimmy schmidt trailer

Females are strong as Hell. Au départ, il y a cet étrange choix de Tina Fey et Robert Carlock, les têtes pensantes de 30 Rock, de traiter ce sujet plutôt dramatique et douloureux (le retour à la vie d’une ex-séquestrée) par la comédie plutôt que par un bon vieux drama de derrière les fagots. D’ailleurs, Unbreakable Kimmy Schmidt, à la suite de son pilote qui expédie assez vite ses copines d’infortune et met en place les deux centres de sa vie de nouvelle citadine new-yorkaise (sa colocation et son job), ne confronte pas son héroïne (Ellie Kemper), collégienne disparue en classe de quatrième, à ses parents ou à l’enquête de police, par exemple, ce qui peut faire une impression bizarre. Mais sans négliger la comédie (en gros, le décalage entre une jeune femme naïve dont le développement affectif et social s’est arrêté à 14 ans, à la fin des années 90 – avec tous les quiproquos technologiques, sexuels ou sociaux que cela suppose, et dont Unbreakable Kimmy Schmidt ne se prive pas), la série aborde aussi, progressivement et sans la moindre tentation de sombrer dans le pathos, des sujets connexes comme le stress post-traumatique, la peur de l’inadaptabilité, le désir de se conformer,  la tentation du mensonge… Faisant de cette première sitcom made in Netflix l’une des nouveautés les plus réussies de ce début d’année.

Le pitch, selon Allociné :
Kidnappée lorsqu’elle était adolescente, Kimmy a passé 15 ans au sein d’une secte, entourée de quatre autres filles de son âge, en pensant qu’elle était l’une des seules survivantes de l’Apocalypse. Le jour où elle est enfin libérée, c’est un tout nouveau monde qui s’ouvre à elle, rempli d’infinies possibilités. Devant ses yeux innocents et éblouis, New York lui semble gigantesque et c’est là qu’elle est bien décidée à refaire sa vie, même si elle n’a aucune idée de ce qu’elle veut en faire…

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Comme souvent, dans les comédies au format court, c’est pour le moment la dynamique centrale de la série (Kimmy et son coloc’ Titus) qui apporte le meilleur du matériau comique, quand les personnages à la marge (la patronne perchée, sa fille imbuvable, la logeuse toxico) cherchent encore un peu leur place et leur profondeur au gré de sous-intrigues de qualité plus discutable (la partie sur les Amérindiens, notamment, ça passe moyen aux États-Unis).

 

 

unbreakable kimmy schmidt jane krakowski

 

Mais Unbreakable Kimmy Schimdt assume parfaitement son parti pris de comédie, en faisant réfléchir sur la difficulté d’être un outsider (l’homme blanc hétéro cisgenre ne se voit pas vraiment servir la soupe), la détermination à s’en sortir et le refus d’être victime, de se laisser définir par ses « handicaps » et ses obstacles personnels. D’ailleurs, si la confrontation à des éléments réalistes et dramatiques ne survient pas dès le début de la série, elle ne tarde pas non plus. Toujours sous un angle plutôt comique, d’ailleurs ; ce qui n’empêche pas d’y sentir poindre une once de gravité. Et la série de se transformer aussi, subtilement, en une critique de nos rapports aux faits divers spectaculaires. Si les premières minutes de la série ne sont pas sans rappeler Ariel Castro et les séquestrées de Cleveland, ou encore Natascha Kampusch en Europe, la suite, du pilote aux épisodes plus tardifs de cette première saison, renvoie beaucoup à la manière dont on traite ces faits divers et leurs protagonistes, dans les talk-shows, dans la vie quotidienne : spectacularisation, injonctions à se faire aider, curiosité malsaine sur les aspects glauques (sexuels, sanitaires) de la réclusion… Le générique lui-même, une version auto-tunée de l’interview d’un voisin des séquestrées, est une ânerie musicale (assez catchy, d’ailleurs) rappelant furieusement le « Bed Intruder » d’Antoine Dodson : et pour cause, puisqu’il est passé à la moulinette Songify This de The Gregory Brothers :

 

 

Drôle, réussie, tendre avec chaque personnage, avec un vrai potentiel pour la suite, la saison 1 de Unbreakable Kimmy Schmidt est le récit d’une seconde naissance, pour l’héroïne comme pour ses personnages secondaires, refusant de se laisser plomber par le rôle social assigné par leurs origines ou leur passé. Et, au minimum, elle laissera Pinot Noir à la postérité, pour ceux qui auront pris la peine de l’essayer.

 


La saison 2 a déjà été commandée par Netflix.

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