Windell Middlebrooks In Memoriam

On estime rarement assez les seconds rôles de Hollywood. Ces acteurs et actrices qui n’ont ni le physique ni le coup de bol qui permet un jour d’avoir LE rôle qui vous propulse sur le devant de la scène mais qui, patiemment, occupent l’arrière-plan, en bossant bien et en apportant à des personnages de moindre importance la dimension qu’ils méritent. Certains le font en attendant de percer effectivement dans les premiers rôles, tandis que d’autres se satisfont parfaitement de cette vie plus tranquille, moins scrutée, qui combine les avantages du showbiz en en minimisant les inconvénients. Il y a un tas de grands seconds rôles, que ce soit dans le cinéma américain ou français, ou même dans les séries télévisées, qui font de belles carrières sans pour autant devenir des superstars, et qui servent, humblement et avec un soin d’artisan, des partitions de scene stealers, et accèdent même à une certaine gloire auprès de ceux qui prêtent un peu attention aux castings, et de la profession qui multi-récompense la versatilité de leurs talents dans les catégories secondaires des Emmys, oscars, Molière, César, etc. : Chris Cooper, Pamela Reed, Rhea Perlman, Jennifer Coolidge, Michel Vuillermoz, Niels Arestrup, Dominique Blanc, Megan Mullaly, Rob Corddry…

 

Body-of-Proof-6

 

Lorsque, en 2010, Dana Delany a quitté Desperate Housewives (où son personnage de Katherine Mayfair, un peu mystérieux et hautain, était certes intéressant mais n’a jamais réussi à rivaliser avec le comique de ses voisines) pour aller prendre le rôle principal de Body of Proof, sur la même chaîne, j’étais un peu sceptique mais tout à fait ouvert à l’idée d’apprécier ce nouveau legal drama dont les enquêtes basaient l’essentiel de leurs indices sur les autopsies réalisées par la flamboyante Megan Hunt (Delany, donc). Après tout, Dana Delany a eu bien des vies avant Katherine Mayfair, joué dans plusieurs séries et gagné deux Emmys au début des années 90 pour la série China Beach. Actrice aguerrie, on pouvait lui faire confiance pour se lancer dans un projet solide.

 

 

Las, Body of Proof ne dura que trois saisons (dont la dernière vit filer la moitié de son casting principal avant même d’avoir débuté) et s’avéra être un legal drama sympathique mais plutôt random.

 

curtis brumfield

 

 

C’est pourtant là que j’ai fait la connaissance de Windell Middlebrooks / Curtis Brumfield et de son sourcil levé, sa bouche pincée qui semble en permanence à un cheveu de lâcher un tchiiiip et sa capacité, à la fois fabuleusement camp et bizarrement hétéro, à envoyer de la réplique sassy-bitchy à la volée, sans exagération ni sensation de dialogue sur-écrits, qu’on ressent parfois face aux personnages de méchants-marrants dans les séries ces dernières années.

 

 

Middlebrooks était l’un de ces seconds rôles qui officient régulièrement, de séries en séries, dans des rôles souvent hyper variés, où leur physique atypique et leur charisme tranquille fait mouche au détour d’un épisode. Il n’avait que 36 ans lorsqu’il est mort ce lundi, et s’était déjà fait remarquer, en dix ans de carrière, dans de nombreuses apparitions télévisées. On l’a ainsi vu apparaître dans Urgences, Cougar Town, Scrubs, La Vie de croisière de Zack et Cody, It’s Always Sunny in Philadelphia, Parks and Recreation… Lorsque Body of Proof s’est terminée, en catimini, en 2013, j’étais désolé pour Curtis Brumfield, à qui les scénaristes n’ont jamais vraiment pris le temps de donner une utilité autre que professionnelle ou un background personnel, et qui termina donc la série à peu près là où il l’avait commencée. Mais j’espérais bien, au gré de pérégrinations sériesques, recroiser Windell Middlebrooks. Je n’en aurai apparemment guère l’occasion.

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