Dark Places

 

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Gilles Paquet-Brenner fait donc désormais partie des cinéastes français qui ont réussi à se voir confier la réalisation d’un film à Hollywood, avec un joli casting au passage : Charlize Theron, Corey Stoll, Christina Hendricks, Chloë Grace Moretz, Nicholas Hoult… Pourtant, j’ai un peu de mal à voir ce qui prédestinait le réalisateur des Jolies Choses et de Gomez et Tavarès à une traversée de l’Atlantique : il ne se dégage pas de ses premiers films la patte d’un « auteur » à la Jeunet, ou le succès international d’un Luc Besson, ou le souvenir d’un film de prestige façon Olivier Dahan… Mais le voilà donc, à la tête d’un film adapté de Gillian Flynn qui, tourné en 2013, bénéficie opportunément d’une sortie ciné joliment médiatisée six mois après Gone Girl. Dark Places est donc, comme on peut s’y attendre, un thriller avec twists et solution qui n’était pas ce qu’on aurait pu imaginer au début.

 

 

Le pitch selon Allociné :
1985. Libby Day a huit ans lorsqu’elle assiste au meurtre de sa mère et de ses sœurs dans la ferme familiale. Son témoignage accablant désigne son frère Ben, alors âgé de seize ans, comme le meurtrier. 30 ans plus tard, un groupe d’enquêteurs amateurs appelé le Kill Club convainc Libby de se replonger dans le souvenir de cette nuit cauchemardesque. De nouvelles vérités vont émerger, remettant en cause son témoignage clé dans la condamnation de son frère.

 

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Contrairement à Gone Girl, je n’ai pas lu le livre dont était adapté Dark Places, et ne peux donc pas pinailler sur les détails de scénario ou de caractérisation des personnages. Mais force est de constater que n’est pas David Fincher qui veut. Si le scénario est relativement vraisemblable, le réalisateur ne le fait pas vivre de manière hyper captivante sur pellicule : il y a quelques temps morts, et on a du mal à sympathiser avec l’héroïne, ou même à sincèrement comprendre, en dépit de ce qu’on sait d’elle, son tempérament de petit oiseau blessé et blasé de tout. A force de la jouer renfrognée, Charlize Theron campe un personnage qu’on devine émotionnellement anesthésié, mais qui peine sérieusement à déclencher l’empathie. Le jeu des autres acteurs se tient plutôt bien (il y a la moitié des seconds rôles de séries dramatiques de prestige, là-dedans), mais comme on passe l’essentiel du film aux côtés de l’héroïne… Je finis aussi par me demander si Chloë Grace Moretz réussira un jour à sortir des rôles d’adolescentes déglinguées, vicieuses ou névrosées, mais il sera toujours temps de se demander ça quand elle aura dépassé les vingt ans (elle en avait 16 en tournant ce film, en a 18 aujourd’hui, et affiche bientôt 40 films à sa filmo : on attend l’explosion, là, non ?).

 

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Mais le vrai problème, c’est que Dark Places enchaîne les séquences où Libby confronte une ombre de son passé sans qu’il y ait de réel liant entre les scènes, de vraie montée d’adrénaline ou de tension dramatique au fur et à mesure : elle rencontre un suspect après l’autre, qui aurait eu des choses à dire à l’époque de l’enquête bâclée mais ne l’a pas fait pour telle ou telle raison ; on se demande bien pourquoi elle n’a pas été plus curieuse que ça, elle, depuis trente ans (je veux dire, elle le sait, qu’elle a menti au procès, non ? qu’elle n’a pas vraiment vu son frère buter tout le monde ? qu’elle l’aimait bien, en plus ?) (allez, on va dire qu’elle est traumatisée, ça suffira) ; et au final on a l’impression de regarder un épisode de Cold Case en un peu plus long, entre enquête de nos jours et flashbacks sur la conjonction d’événements plus ou moins anodins qui, trois décennies auparavant, menèrent au drame. Même l’idée du Kill Club est à peine exploitée, et sert essentiellement à « déclencher » la contre-enquête, sans réelle implication ultérieure. Nicholas Hoult n’est pas désagréable à regarder, hein, mais il ne sert à peu près à rien dans le film. Enfin, le fait de situer la partie « affreuse » du thriller dans le passé (et donc sans réel enjeu de survie ou de mort pour l’héroïne) flingue un peu le suspense, vu qu’on sait dès le début qui, dans tous ces flashbacks, va mourir.

dark places archives

Bien mais pas top, en somme : on sent chez Gillian Flynn la recette potentiellement répétitive du thriller avec faux suspect et twist, mais c’est comme lire un Harlan Coben à la plage. Jamais désagréable sur le coup, mais à moins de transpositions ciné remarquables, pas vraiment de raisons qu’un opus se distingue clairement des autres une fois qu’on en a bouffé cinq ou six.

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