Journal d’une femme de chambre

 

 

Cinquante ans après l’adaptation « infidèle » de Luis Buñuel, Le Journal d’une femme de chambre connaît une nouvelle adaptation ciné. Et la presse de s’enthousiasmer pour une oeuvre « atypique », le « meilleur film depuis le début de l’année », une « histoire vénéneuse ». Alors moi, comme un con, je me laisse tenter. C’était oublier que peu de choses disent « classicisme » et « film français bien chiant » mieux que ces deux mots : Benoît Jacquot.

 

journal d une femme de chambre salon

 

Bon, je ne me suis pas ennuyé à mourir, hein : le film est assez ramassé, 1h35 toute tassée. Et il règne dans cette adaptation un certain suspense, une ombre de la mort et de la violence qui plane sur les personnages. Le problème étant que Journal d’une femme de chambre crû 2014 ressemble plus à un exercice de style intello qu’autre chose : une connaissance préalable de l’oeuvre littéraire d’Octave Mirbeau, voire du film de Buñuel. Et c’est chiant. Chiant qu’il soit nécessaire de comprendre l’importance que cette histoire de meurtre d’une jeune fille dans la forêt peut avoir, chiant qu’on nous demande de comprendre instinctivement le rôle du « capitaine » et sa potentielle importance, chiant qu’on nous demande d’instinctivement comprendre la monstruosité qu’il y a à choisir l’homme que choisira l’héroïne.

 

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Pourtant, il y a de bonnes choses : la gracile arrogance de Léa Seydoux, l’envie de s’identifier à elle à certains moments, l’impression de regarder une femme qui ne fait jamais que considérer ses (minces) options, cet échos étrange de l’antisémitisme et de l’affaire Dreyfus de nos jours… Mais bon, c’est classique, sage, raplapla, quoi. Si je comprends au moins le parti-pris narratif (on suit Célestine quand elle commence chez les Lanlaire, on la quitte quand elle cesse d’être femme de chambre), j’ai été frustré par le manque de repères temporels, et surtout par les points d’intrigues abordés puis laissés en plan (la grossesse de la cuisinière, les avances du capitaine, les cancans des voisines, l’ambiance de meurtre). L’étude de mœurs sur les rapports de classe et la bourgeoisie flétrie (épouse acariâtre et autoritaire, mari frustré aux mains baladeuses…) au tournant du siècle, c’est un joli prétexte à faire un film, mais quand il y en a déjà eu deux basés sur le même matériau, l’amertume de l’ascension sociale ne saurait suffire à renouveler l’intérêt de cette histoire, au demeurant joliment costumée.

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