Sia – Big Girls Cry

 

 

 

Étrange phénomène, dans la musique mainstream actuelle (n’oublions pas qu’elle a gagné, un peu à la surprise générale, le dernier NRJ Music Award de l’artiste féminine internationale de l’année), que celui de Sia Furler. Ce n’est pas la première fois qu’une auteure-compositrice que tout le monde s’arrache tente de défendre certaines de ses créations par elle-même, mais on peut dire qu’elle n’a pas fait les choses comme les autres. Montant progressivement en puissance depuis une dizaine d’année (de Breathe Me dans le final de Six Feet Under à Some People Have Real Problems, en passant par sa célèbre collab’ avec David Guetta et son premier « vrai » succès single Clap Your Hands en 2010, jusqu’à son explosion en 2014, un peu sans prévenir, avec Chandelier), Sia n’a pas abordé le virage « mégastar » de manière classique.

 

sia big girls cry clip

 

Pas de paparazzades, de mise en scène de sa vie privée, d’interviews perchées ou de déclarations laconiques sur le marché de la musique : à bientôt 40 ans, la chanteuse, qui a percé sur le tard, sait que la presse et les fans de toujours se sont déjà intéressés il y a longtemps à son parcours amoureux, sa santé et sa sexualité, et laissent cela à sa place maintenant qu’elle est une grosse pointure de l’industrie. Elle l’a assuré en défendant farouchement son « anonymat » (un peu artificiellement, sa tête étant déjà apparue maintes fois auparavant) et en mettant en avant sa musique avant tout, et ses interprètes pour « incarner » ses messages : Shia LaBeouf, Kristen Wiig, et bien sûr Maddie Ziegler, alter egos stars qui relèguent Sia au second plan, ne laissant que sa voix nous parvenir lors de ses apparitions dans les talk shows et cérémonies de récompenses. Un choix qui, loin de la positionner (du moins pour l’instant) comme une Mylène Farmer qui surjoue la timidité et use de la rareté comme d’une drogue dure pour ses fans accros, l’ont plutôt mises, inconsciemment, dans la peau d’une réalisatrice, dans l’inconscient collectif. Le génie de l’ombre qui pond de la mélodie efficace au kilomètre mais n’est pas tentée par la célébrité ou le glamour. Bizarre.

 

 

Du coup, ce troisième clip extrait de l’album 1000 Forms of Fear, toujours avec Maddie Ziegler en danseuse contemporaine chelou arborant le carré blond de Sia, enfonce le clou et signe définitivement une « ère » dans la carrière de la chanteuse : chaque chanteuse pop a des « ères » qui correspondent peu ou prou à l’exploitation commerciale d’un album, voire deux ; mais l’ère 1000 Forms of Fear se révèle donc, si ce n’est répétitive et martelée dans ses aspects visuels, d’une cohérence esthétique et thématique rares. L’une des réussites pop de l’année, qu’on reverra, d’ici quatre ou cinq ans, comme un sommet. En attendant, impatiemment, de voir ce que la suite nous réserve.

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