Un homme idéal

 

UN HOMME IDEAL, un film de Yann Gozlan avec Pierre Niney et Ana Girardot

 

J’aurai mis le temps à le voir, celui-là. Je ressens régulièrement à l’égard des films ce que, je crois, la promotion cherche à nous faire ressentir : une forte envie de les voir dans les semaines qui précèdent leur sortie, une urgence à les voir dans les deux-trois jours suivant leur sortie, puis une légère indifférence, passé ce délai, si jamais je n’ai pas réussi à les voir. Le côté so semaine dernière, peut-être, et l’enthousiasme qui se refroidit une fois que la moulinette des critiques a dépecé le film. C’est comme ça, par exemple, que je suis passé à côté de Fifty Shades of Grey, assez indifférent au phénomène littéraire qui le précédait, imperméable à la période de promotion de ce que je percevais comme un Twilight avec des slings à la place des vampires, puis résistant à la pression des premiers jours de sortie, lorsqu’il était impossible de prendre le métro, ouvrir un magazine ou traîner en ligne sans tomber sur un contenu lié au film. Et bah une semaine après, c’est à peine si je me souvenais qu’il était sorti, et mon éventuelle curiosité pour le phénomène culturel avait totalement disparu. Comme quoi, les premières semaines d’exploitation d’un film sont bien les plus cruciales, blockbuster ou pas, envie de le voir ou pas. Mais dans ce cas précis, je me suis accroché, ma curiosité persistait, quitte à le voir trois semaines après sa sortie.

 

 

Un homme idéal, opportunément sorti quelques jours après l’obtention, par Pierre Niney, du César du meilleur acteur, a sans surprise surfé sur le charisme et la baraka actuelle de ce jeune espoir passé dans la cour des grands en moins de trois ans.

 

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Le pitch :
Mathieu, 25 ans, aspire depuis toujours à devenir un auteur reconnu. Un rêve qui lui semble inaccessible car malgré tous ses efforts, il n’a jamais réussi à être édité. En attendant, il gagne sa vie en travaillant chez son oncle qui dirige une société de déménagement…
Son destin bascule le jour où il tombe par hasard sur le manuscrit d’un vieil homme solitaire qui vient de décéder. Mathieu hésite avant finalement de s’en emparer, et de signer le texte de son nom…
Devenu le nouvel espoir le plus en vue de la littérature française, et alors que l’attente autour de son second roman devient chaque jour plus pressante, Mathieu va plonger dans une spirale mensongère et criminelle pour préserver à tout prix son secret…

 

 

De bonne facture, dans le genre thriller de prestige, Un homme idéal n’est pas non plus exempt de défauts, notamment scénaristiques, mais constitue une fable intrigante, au suspense rondement mené, notamment grâce à l’interprétation de Pierre Niney (tantôt fuyant, tantôt glaçant de folie mensongère) et à sa morale finale, assez équilibrée mais marquante dans sa dimension tragique. On retrouve, comme on pouvait à la fois le craindre et l’espérer, tant cela transparaissait dès les bandes-annonces, beaucoup d’éléments de films à suspense ultra connus : Plein Soleil, La Femme Infidèle, Match Point, Le Talentueux Mr Ripley… La bourgeoisie bienveillante de l’un, le cadre méditerranéen solaire de l’autre, le rival, la voiture, l’eau dissimulatrice de crime, l’arbitrage entre vérité et confort matériel, entre amour et raison.

 

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Mathieu voit l’étau de son mensonge se resserrer autour de lui, les conséquences de quelque chose qu’il a lui-même engendré le rattraper. Il emprunte au Chris Wilton de Woody Allen son aspect de garçon propret avide de revanche sociale, mais sans le côté froid et antipathique de son aîné. On hésite, le récit se faisant quasi-exclusivement de son point de vue, entre le prendre en grippe ou en sympathie, le garçon étant finalement un gentil médiocre qui a tenté d’entrer dans une vie hors de sa portée, au prix d’une entourloupe dont il pensait qu’il n’aurait que sa (mauvaise) conscience pour en garder trace. Le suspense fait tout de même son boulot : on a peur qu’il se fasse gauler et on se ronge les ongles en se demandant s’il va s’en tirer et comment. Un peu pataud dans ses détails « policiers » et dans certains effets très « polar des 60s » (cauchemars, mare de sang), Un homme idéal n’en accouche pas moins d’une réflexion troublante sur le génie et le mérite : naissent-ils de nos tourments, de nos vérités ou du plus injuste des hasards ?

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