Connasse, Princesse kamikaze

 

 

Mai 2015. Alors qu’en bientôt 3 ans, Bref n’a toujours pas transformé l’essai ciné (que le final de la série laissait plus ou moins espérer – et, vu l’ampleur du phénomène à l’époque, on voyait mal pourquoi les créateurs de la série s’en priveraient), Connasse, autre shortcom à succès de Canal, a trouvé matière et motivation à remuer ses fesses pour s’étendre à un format d’1h46 en salles. Tant mieux pour Camille Cottin, qui réussit très bien, depuis deux ans, à s’extraire de cette seule pastille pour enchaîner les projets dans le cinéma français, et ce de manière méritée : elle est réellement drôle. Le fait est que, même si le parfum de sous-produit n’est pas totalement absent du film de Noémie Saglio et Eloïse Lang (en gros c’est la même chose que la shortcom de Canal Plus, mais avec plusieurs saynètes au lieu d’une seule, qui s’enchaînent tantôt à la pharmacie, tantôt à Hyde Park, tantôt dans une chambre d’hôtel, etc. – le tout, plus ou moins lié par des explications stratégiques en voix off qui font office de scénario), Cottin maîtrise à la perfection son personnage et l’aplomb, y compris en langue étrangère, qu’il faut avoir pour dire des horreurs à des passants mortifiés qui pourraient mal réagir à tout instant.

 

connasse paris

 

Le pitch de Connasse, Princesse des Cœurs, est simple : lassée de devoir travailler et se mêler au commun des mortels, le personnage de Camille Cottin cherche une solution pour mener la grande vie sans avoir besoin d’un revenu. Cette solution, qui lui sera soufflée par le « duc de Bern », consistera à chercher à épouser le Prince Harry d’Angleterre, bon parti pas encore casé à ce jour. Je me suis demandé si Stéphane Bern était dans la confidence ou s’il avait spontanément suggéré Harry – ce qui oriente tout de même considérablement la suite du film – parce que je ne suis pas sûr que les deux réalisatrices et Camille Cottin seraient allées faire les guignols au Qatar ou au Danemark si l’animateur de RTL le leur avait suggéré : l’Angleterre, Harry, Londres, c’est suffisamment mainstream pour que le grand public s’y retrouve facilement dans les références et les vannes, mais aussi pour bosser en anglais ou encore pour ne pas avoir trop d’ennuis quand on se retrouve embarquée au commissariat à la suite d’un happening un peu trop public. Heureusement que Bern a suggéré ce prince-là, donc. Cela a permis, en outre, à l’équipe du film de tourner dans des conditions où les passants, non Français, ne risquaient pas vraiment de reconnaître Camille Cottin (ce qui doit devenir compliqué à Paris). Et nous voila donc partis, après déjà un bon quart d’heure de film passé entre flashbacks, rêves et recherche du bon filon à suivre, à observer les manigances de la Connasse pour aller à la rencontre de Harry : en ferry, dans sa chambre d’hôtel, chez TopShop, dans la cour de son académie militaire, etc.

 

Connasse-concierge

 

 

Je ne vais pas mentir, même si je ne suis pas fan du concept de caméra cachée et que c’est parfois un peu répétitif, il y a des moments franchement drôles dans cet enchaînement de sketches qu’on devine soigneusement préparés, reliés entre eux par un scénario dont on sent qu’il a été calibré au maximum pour se conformer aux contraintes de tournage (autorisations, nécessité de filmer pendant les dates des Invictus Games, budget gnouf pour les passages au commissariat), et outranciers de bout en bout comme tout bon personnage de caméra cachée doit savoir l’être.

On peut regretter que le film ne soit pas l’occasion, avec par exemple des séquences entières fictives tournées en caméra non cachée, d’explorer davantage la personnalité et la psychologie de la Connasse, avec pourquoi pas une once d’humanisme ou de remise en question ici ou là : on entraperçoit sa supposée enfance (qui laisse entendre qu’elle a toujours été odieuse, que c’est comme ça et puis c’est tout), mais quid du décalage entre son supposé statut social et son inculture crasse, son background de haute bourgeoisie établie et sa personnalité de parvenue ? Pourquoi un personnage qui se vante d’être surhumain et prétend tout réussir ne montre jamais la moindre trace de peur ou d’incertitude face à ses échecs répétés (parce que bon, spoiler : caméra cachée oblige, elle ne réussit pas vraiment à s’introduire dans le moindre lieu stratégique lié à la famille royale, à travers ses multiples démarches, hein). Le format film, plus long que celui de la série, était peut-être l’occasion d’aller plus loin que là où le format shortcom peut aller, entre la météo et la speakerine de Jérôme Niel.

connasse pharmacie

A ce titre, Connasse Princesse, des Cœurs n’est donc bien qu’un sous-produit de la série de Canal Plus, qui contrairement à sa « parente » est donc payante pour ses spectateurs, en apportant exactement la même chose, mais en plus long : c’est bien quand même, et pas trop mal ficelé dans la mesure où la crédibilité ou l’histoire dans son ensemble n’ont pas à être des points forts (spoiler : elle finit exactement au même point qu’au départ, avec le même problème comptable, sans prince et sans réservoir à thunes sans fond, mais on s’en fout). Divertissant et sans autre enjeu que celui de guetter la réplique assassine, en somme. C’était, de toute façon, certainement sa seule ambition, et c’est dans l’ensemble plus réussi que d’autres adaptations ciné de concepts qu’on pensait forts en TV et forcément transposables sur grand écran, mais au final, ce n’est rien de plus.

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