La Pop-Pouffe de mai

 

 

C’était évidemment le clip le plus attendu du mois : en dépit d’une attitude absente même en pleine promo et de ventes en pleine décrépitude depuis au moins deux albums, Britney Spears reste une superstar. Son duo avec Iggy Azalea, Pretty Girls, longtemps annoncé mais jamais vraiment confirmé avant son officialisation il y a quelques semaines, n’est pourtant pas la chanson du siècle : c’est un mélange du Fancy qui propulsa Iggy au firmament il y a un an, et du Hollaback Girl de Gwen Stefani. Le tout, littéralement arraché des mains de ces pauvresses de Little Mix, dont c’était le bébé au départ. Mais rien à faire, la critique reste impuissante face à la curiosité que suscite toujours le clip d’un lead single de Miss Spears.

 

iggy britney

 

Alors bien sûr, c’est fun et coloré. On n’en attend pas moins d’une Britney. Même si je ne comprendrai jamais que Macklemore ou Iggy Azalea se fassent dézinguer pour cause d’appropriation culturelle pendant que Britney, millionnaire depuis ses dix-sept ans, peut jouer les pauvresses gouailleuses du ghetto sans qu’on hurle au mépris de classe. C’est comme ça, la pop fait perdre le recul sur certaines choses. On ne sait pas vraiment résister à cette déferlante de fun et de vulgarité maîtrisée, en hommage aux jolies filles qui n’ont peut-être pas tout pour elles, mais au moins l’attrait physique, la jeunesse, la santé et la joie. Ici, le mélange de couleurs criardes, de jet de sperme d’eau colorée en rose, d’invasion extra-terrestre funky et de cagoles qui se jettent des « guuuuuuurl » et des « totallaaaaaaaay » à la figure suffira à réjouir les fans gays de la star, toujours heureux de trouver chez cette ex-gloire qui n’a pas encore réussi à se transformer en « prêtresse pop » des traces d’auto-dérision et de conscience des failles et atouts de son image publique. Je veux dire, y’a pas le feu, hein, et on peut même considérer que Britney a déjà sorti le fameux « album de la maturité » en 2007 avec Blackout, un bijou dont la postérité fut complètement ruinée par la promo chaotique et la vie privée ravagée qu’elle affichait à l’époque…

 

britney spears iggy

 

 

Mais tout de même, quand Britney évoluera-t-elle réellement ? Au même âge, Madonna, à qui on l’a souvent (quelque peu indûment) comparée, était en pleine polémique Justify My Love et arborait une image tellement plus adulte, tellement moins adolescente délurée. Parce qu’elle est la pionnière de ces popstars acidulées qui surfent de producteur à la mode en DJ du moment, Britney n’a pas encore défini le son qui la caractérisera, n’a pas encore sorti son album « chef d’oeuvre » qui lui permettra d’alterner le fun et une musique plus personnelle, plus habitée aussi, que les power ballads un peu creuses dont elle nous gratifie depuis dix ans (Someday (I Will Understand), Criminal, Perfume…). Vivement l’album pour voir ce qu’il en sera, mais à mesure qu’approchent ses quarante piges, ce numéro de lycéenne rigolarde zonant en décapotable avec ses copines wooo-girls risque de diviser de plus en plus, et d’inquiéter sur sa capacité à devenir une diva « crédible » à la Mariah ou une star « à message » à la Madonna. Car elle n’est pour l’instant ni l’une ni l’autre, et la troisième voie ne se dessine toujours pas clairement. Peut-être cela fait-il partie de la fascination qu’exerce sur nous cette figure unique du paysage pop. De toute façon, on n’est pas pressés : pour la postérité de l’ex-petite fiancée enjouée de l’Amérique, le plus gros du boulot semble déjà fait depuis longtemps.

 

On relèvera tout de même que pour la première fois depuis Womanizer, Britney semble s’amuser dans le clip, limite elle se sent concernée par ce qui se passe ; que les maquilleurs et la post-prod ont fait un super travail pour nous convaincre qu’elle ne ressemble pas à ça ;  et que le timing est impeccable pour que cette sympathique tambouille devienne un tube de l’été et, à l’usure, peut-être un classique de la Spears.

 

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