La tête haute

 

 

 

Vraie claque de ciné du mois, le nouveau film d’Emmanuelle Bercot lui a valu tellement de louanges lors de sa présentation en ouverture du Festival de Cannes que son prix d’interprétation féminine, pour le nettement moins consensuel Mon Roi, ressemble un peu à un lot de consolation, décerné aussi pour son film coup de poing, qui n’a pas eu les honneurs de la compétition officielle. Le pitch de La tête haute :

Le parcours éducatif de Malony, de six à dix-huit ans, qu’une juge des enfants et un éducateur tentent inlassablement de sauver.

 

la tête haute deneuve

 

On retrouve dans ce drame, qui suit le parcours d’un jeune délinquant dans le Nord de la France, des traces d’autres films, aux accents cannois eux aussi : on pense forcément à Steve, l’ado ingérable du Mommy de Xavier Dolan, ou aux fonctionnaires au bord du désespoir de Polisse (dont Bercot était co-scénariste). Et c’est vrai que c’est tentant, de comparer la colère constante du jeune Rod Paradot à la folie inquiétante d’Antoine Olivier Pilon, ou l’acharnement de Deneuve et Magimel à l’opiniâtreté de Karin Viard et JoeyStarr. Deux ados blonds à fleur de peau, la tension de la violence qui peut surgir à tout instant, et cette société qui pourrait si souvent être tentée de baisser les bras face à ces gosses abîmés. La toujours étonnante Sara Forestier semble avoir moins convaincu la critique, avec ses chicots de traviole et son rôle à charge, mais pour ma part je l’ai trouvée très bien. C’est important aussi que tous les personnages ne soient pas complètement équilibrés à l’écran.

 

la tête haute sara forestier

 

La tête haute est l’un des chocs ciné de l’année, dans la veine de ce que le cinéma français fait de mieux, à hauteur de personnage, avec lenteur et humanisme. Sa fin, ouverte et relativement solaire, peut rebuter les spectateurs les plus sceptiques : après tout, on peut aussi s’attendre à ce que les événements de la dernière demi-heure ne soient que les prémisses à des ennuis encore plus graves. Mais c’est probablement un choix délibéré de la réalisatrice, qui a du vouloir fermer le film sur une note positive. Un choix qui se respecte, d’autant que l’empathie envers Malony fonctionne très bien, sans pour autant en faire un angelot entièrement victime de son contexte. Et une projection à tenter, quoi qu’il en soit.

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